Les promesses d’APD de Macron jugées insuffisantes

L'éducation sera la priorité du gouvernement Macron pour l'aide publique au développement. [Anton Ivanov/Shutterstock]

Le président français a annoncé « un effort considérable » pour augmenter le budget de l’aide publique au développement d’ici 2022. Mais paradoxalement, les montants de l’aide resteront inchangés en 2018.

Emmanuel Macron a annoncé un nouvel objectif en matière d’aide publique au développement (APD) : 0,55 % d’ici 2022. Une augmentation limitée et encore loin de l’objectif de 0,7 % auquel se sont engagés les États européens, mais aussi la France dans sa loi cadre sur le développement.

En 2016, la France a dédié 0,38 % de son revenu national brut (RNB) à l’APD, un recul net depuis les 0,5 % de 2010. Ce chiffre devrait cependant atteindre 0,4 % pour 2017, selon le gouvernement, et le président français s’est déclaré prêt à faire un « effort budgétaire considérable pour les cinq années à venir » pour gonfler davantage la contribution française.

Cette augmentation devrait s’accompagner d’un changement de méthode, notamment illustré par une collaboration plus étroite entre l’Agence française de développement et d’autres acteurs concernés, comme les ONG, le secteur privé ou les collectivités locale, a assuré Emmanuel Macron.

Les ONG contestent le nouveau consensus sur le développement

A peine adopté par les ministres des Affaires étrangères, le nouveau consensus sur le développement est décrié par les ONG de terrain. La priorité à la sécurité est notamment dénoncée.

La priorité pour ce nouveau quinquennat ? L’éducation, « car il faut donner une alternative au fondamentalisme et à l’obscurantisme », suivi par le rôle des femmes, la lutte contre le changement climatique et l’éradication de maladies comme le sida.

Un soulagement, pour Rémi Rioux, le directeur de l’Agence française de développement, qui se félicite qu’Emmanuel Macron soit « intervenu à de nombreuses reprises sur le rééquilibrage entre sécurité et développement, et migrations et développement ».

L’agence encourage de plus en plus les partenariats entre entreprises privées françaises et le secteur public en Afrique, une politique qui soutient aussi les intérêts français : « les Africains sont en train de développer des technologies, des modèles économiques dans l’énergie et dans bien d’autres secteurs qui intéressent très directement en France » assure le responsable. Pour les ONG, cette approche qui passe principalement par le prêt et non par le don pose problème, puisque certains secteurs entiers y échappent comme l’éducation, la santé ou la nutrition.

L'accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

Nombre de pays utilisent de plus en plus leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés sur leur sol. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2016, selon un rapport de l’ONG ONE.

La France en retard sur l’APD

Les déclarations d’Emmanuel Macron suscitent d’ailleurs les critiques. « Si [Emmanuel Macron] a réitéré son engagement d’augmenter l’APD de la France pour atteindre 0,55% d’ici à 2022, il n’a pas concrétisé cet engagement à quelques semaines de la présentation du Projet de loi de finance », regrette Friederike Röder, directrice France de ONE.  « Sans augmentation dès 2018, l’objectif de 2022 perd toute sa crédibilité. »

De plus, souligne-t-elle, ce nouvel objectif est encore loin des 0,7 % du RNB, chiffre qui constitue l’objectif officiel des États développés depuis les années 1970. Pourtant, « l’influence de la France, chère au Président, en dépend », assure-t-elle. « Le Royaume-Uni l’atteint, l’Allemagne l’atteint – la France ne peut donc pas s’arrêter à 0,55 %, mais doit se fixer les 0,7 % comme cap. »

Même constat pour Clara Jamart, responsable du plaidoyer pour le financement du développement chez Oxfam, citée par RFI.  « Un progrès », estime la militante, mais ce n’est « pas assez, puisque la France s’est engagée il y a maintenant plus de 40 ans à consacrer 0,7 % de son RNB à l’aide publique au développement ».

Surtout que des coupes budgétaires sont prévues à court terme. « On se demande bien comment il va pouvoir tenir cet engagement pour 2022 », s’interroge la représentante d’Oxfam.

L’objectif de 0,7 % a été repris dans les 17 objectifs de développement durable (ODD) pour 2030 adoptés par l’ONU en 2015. En 2016, seuls six pays de l’OCDE avaient atteint ou dépassé cet objectif : l’Allemagne (qui était à seulement 0,35 % en 2010), le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suède.

Les pays européens restent loin de leur promesse d’aide au développement

Les pays européens sont loin d’avoir atteint leur objectif d’aide public au développement (APD). La pression migratoire accentue encore la pression financière sur le budget de développement, dont une partie est rapatriée en Europe pour accueillir les réfugiés.

L’APD, à quelles fins ?

Certains militants s’inquiètent en outre d’une augmentation de l’APD qui pourrait aussi masquer une modification fondamentale des objectifs de celle-ci. Une question qui a été souvent soulevée en Europe dans le contexte de la crise migratoire.

Une tendance dénoncée en 2016 par une série d’ONG européennes, qui s’alarmaient de voir une partie de ces aides dédiées à l’accueil des migrants dans les pays développés, voire aux efforts de fermeture des frontières, l’aide au développement terminant dans la construction de barbelés.

« Faire de l’aide au développement un outil de contrôle des flux migratoires, un outil de diplomatie économique ou un dispositif dicté par des logiques sécuritaires grève le fonctionnement de l’aide », mettait encore en garde Elsa Pietrucci, de l’organisation Action contre la Faim il y a quelques mois.

Les pays européens, champions du détournement de l’aide au développement

La crise migratoire a poussé les pays européens à utiliser une large partie de leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés. Une pratique qui fait gonfler artificiellement la « générosité » de ces  pays sans qu’un centime ne quitte le territoire. Un article de notre partenaire The Guardian.