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25/07/2016

Les zones de conflits deviennent prioritaires pour l’aide de l’UE

Aide au développement

Les zones de conflits deviennent prioritaires pour l’aide de l’UE

Kawrgosk camp de réfugiés syriens à Erbil en Iraq. (IHH Humanitarian Relief Foundation/Creative Commons)

“Le monde est en train de changer” déclare le commissaire au développement Andris Piebalgs, qui estime que stabilité et aide au développement sont les deux faces d’une même pièce.

ÉDITION SPECIALE / La Commission européenne affecte de plus en plus son aide au développement aux États en conflit et fragilisés, selon le commissaire Andris Piebalgs en charge du développement.

Pour la première fois, l’état d’urgence humanitaire de niveau trois, soit la catégorie la plus élevée dans l’échelle de la crise humanitaire, a été décrété par l’ONU pour quatre pays. Il s’agit de l’Irak, du Soudan du Sud, de la Syrie et de la République centrafricaine.

« Le monde est en train de changer », a déclaré Andris Piebalgs à EurActiv. « Un certain nombre de pays font des progrès en matière de développement et réformes démocratiques. D’autres en revanche sombrent dans la violence, la pauvreté et le sous-développement ».

« Notre engagement dans des pays en conflit et fragilisés est en train de devenir la règle et non l’exception », a-t-il expliqué.

Les paroles d’Andris Piebalgs entrent en résonnance avec celles de Kyung-wha Kang qui avait déclaré le 28 août dernier au Conseil de sécurité de l’ONU que  « les violations graves des droits de l’Homme étaient devenues la norme en Syrie ».

Kyung-wha Kang avait alors indiqué que le nombre réel de morts « serait certainement bien plus élevé » que les données officielles de 191 000 victimes. Elle a également affirmé que près d’un million d’individus à Alep n’avaient plus accès à l’eau et qu’un Syrien sur deux était à l’heure actuelle soit réfugié soit une personne déplacée à l’intérieur de son propre pays (PDI).

Le haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré que trois millions de Syriens ont été inscrits comme réfugiés et 6,5 millions sont des PDI. Une situation désespérée qui fait de la Syrie « la plus grande crise humanitaire de notre ère ».

« Nous avons à faire face à une nouvelle forme de crise », a poursuivi pour sa part le commissaire au développement. « L’aide aux réfugiés et aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays doit être apportée de façon rapide et efficace », a-t-il continué. D’après Andris Piebalgs, cette aide doit être prise en considération dans la perspective d’une stratégie à plus long terme de l’aide au développement.

En Syrie, l’action européenne a été mise à mal par les avancées des groupes fondamentalistes de l’État islamique (EI), qui contrôlent de vastes territoires en Syrie et en Irak.

Des exécutions en masse

En Syrie, dans la ville de Deir ez-Zor, l’EI est accusé d’avoir kidnappé et tué près de 700 membres de la tribu arabe des Al Cheitaat, accusés d’apostasie. Certains ont été décapités, d’autres crucifiés. Selon certaines sources, les femmes issues de cette tribu auraient été vendues sur des marchés en Irak.

L’offensive éclaire de l’EI en Irak a retenu l’attention du monde entier et forcé les États-Unis a mené des attaques aériennes contre des positions tenues par des milices autour des monts Sinjar, là où des milliers Yésidis ont été assiégés, et la ville de Mossoul.

Cette situation pose des questions quant au rôle de l’UE. Depuis 2003, l’Union a contribué à hauteur d’un milliard d’euros au redressement et à la reconstruction de l’Irak, et à l’aide humanitaire. Quelque 75 millions d’euros ont été prévus pour la prochaine période budgétaire.

Cependant, les aides de l’UE ont fait l’objet de dévoiement par des groupes sectaires irakiens, et utilisées à des fins de corruption. Ceci aurait pour effet d’avoir renforcé le désarroi ressenti par les sunnites qui soutiendrait en conséquence de plus en plus l’EI, nouvel État qui aliène les chiites et les Kurdes.

Un haut représentant européen a expliqué à EurActiv que dans le futur, « les projets de l’UE cibleront en premier lieu le développement des institutions démocratiques [irakiennes] en conformité avec les principes de l’État de droit et des droits de l’Homme. En outre, ils visent à assurer un accès à un enseignement public au niveau national et à l’énergie pour les couches les plus pauvres et pour les régions les plus éloignées ».

Après les États-Unis, l’UE est le premier partenaire économique de l’Irak, avec des échanges économiques bilatéraux qui s’élèvent à 17,5 milliards d’euros en 2012. L’exportation européenne en machines, en matériel de transport, en produits chimiques, alimentaires et en animaux vivants représentait 4,7 milliards d’euros à la même époque.

L’Irak, un futur grand partenaire énergétique ?

Le pétrole représente près de 99,7 % des 12,8 milliards d’euros d’importation en provenance de l’Irak en 2012. L’Union entrevoit « un potentiel considérable » dans l’Irak, qui pourrait devenir « un partenaire énergétique majeur » à l’avenir.

L’instabilité politique constitue un obstacle pour qu’un tel partenariat ait réellement lieu, mais aussi source de querelles et de crises humanitaires.

Le Conseil européen du 30 août dernier a demandé « instamment à l’ensemble des dirigeants iraquiens de former un gouvernement qui soit réellement sans concession», à la suite de la démission du premier ministre, Nouri Al-Maliki, le mois dernier et dont la succession fut assurée par Haïdar Al-Abadi, avec le soutien des États-Unis.

Les conclusions du Conseil affirment que l’UE est prête « à aider le gouvernement iraquien à mener les réformes nécessaires » et « reste déterminée à apporter une aide humanitaire aux populations touchées » par les groupes de l’EI.

Andris Piebalgs a déclaré :« Il faut trouver une solution politique en Irak [qui sous-tendrait] la formation d’un vrai gouvernement irakien et qui répondrait aux besoins légitimes de tous les Irakiens, sans tomber dans les écueils sectaires, afin d’apporter une solution aux querelles insolubles, de protéger les groupes minoritaires et de créer les conditions nécessaires à la réduction de la pauvreté ».

Des programmes évolutifs selon les circonstances

« L’aide au développement en Irak soutiendra ce processus de réformes en s’attaquant aux racines, qui sont à l’origine des violences actuelles, et en renforçant la stabilité structurelle sur le long terme », a-t-il ajouté.

L’UE a recours maintenant à des programmes qui s’adaptent selon l’évolution des conflits afin de s’assurer que les projets ne finissent pas dans les mains de certains clans, ou de groupes religieux ou ethniques en vue de servir leurs propres intérêts. La DG en charge du développement de l’UE a assigné 1,5 milliard d’euros pour des stratégies de redressement national au Sahel et en Afrique occidentale.

En réponse aux critiques contre l’action européennes rapportées dernièrement par EurActiv selon lesquelles l’Union devrait se concentrer en premier lieu sur la prévention des conflits, Andris Piebalgs a affirmé que la stabilité et l’aide au développement représentaient les deux faces d’une même pièce ».

« Dans un monde idéal, nous nous consacrerions seulement à la prévention des conflits, mais dans le monde réel, nous devons gérer aussi les crises », a-t-il dit. « Le mieux pour assurer la prévention des conflits est de s’attaquer aux racines du conflit, de promouvoir l’aide au développement et le redressement des réseaux politiques et sociaux, ainsi que le relèvement des institutions qui sont sur le terrain ». 

Contexte

L'UE est présente dans toutes les régions secouées par des crises humanitaires à travers le monde, par exemple en Afghanistan, dans la région du Sahel, en Syrie, dans les territoires palestiniens occupés et dans de nombreuses autres régions en Afrique, en Amérique Centrale et du Sud et en Asie du Sud-Est.

Elle apporte aide au développement et humanitaire, et agit tout au long du cycle de la gestion des catastrophes : prévention, préparation, capacité de réaction et redressement. Durant la seule année 2012, l'UE a apporté son aide à 122 millions de personnes dans plus de 90 pays tiers. 

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