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30/09/2016

Le ciel bruxellois se dote d’un « phare pour Lampedusa »

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Le ciel bruxellois se dote d’un « phare pour Lampedusa »

Thomas Kilpper agrémente le Bozar de Bruxelles d'un phare, en hommage aux migrants, traversant la Méditerranée dans des conditions alarmantes.

Un phare éphémère a été érigé à partir des débris de canots de réfugiés à Bruxelles le 19 juin à l’occasion de la Journée mondiale des Réfugiés. L’œuvre, qui restera en Belgique tout l’été, est un appel aux décideurs politiques à répondre aux défis de la crise des migrants.

L’œuvre de l’artiste allemand Thomas Kilpper a été installée sur le toit du Bozar (Musée des Beaux-Arts), au cœur de la capitale belge, à proximité du Palais royal et du palais de justice.

Elle y restera jusqu’en septembre et sera ensuite transférée à Dresde, ville allemande qui est le bastion du mouvement anti-immigrés.

Thomas Killper aimerait construire un véritable phare sur l’île italienne de Lampedusa, située à mi-chemin entre la Sicile et la Tunisie, en mer Méditerranée. A seulement 130 km de distance des côtes africaines, cette île est la première escale des migrants en territoire européen.

L’artiste a expliqué à EurActiv que son œuvre était« un symbole, une ébauche, un modèle. »

Selon lui, ce phare « n’est pas assez grand, pas assez imposant, pas assez lumineux… [mais] l’objectif est d’installer la vraie version en Italie. »

Un appel à la mobilisation

Thomas Kilpper, dont le père était un soldat allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, affirme que son installation est « une invitation envoyée aux citoyens européens pour exercer une pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent fin à l’hécatombe des réfugiés en Méditerranée ».

Les matériaux utilisés pour fabriquer le phare éphémère ont été ramassés par l’artiste et ses assistants sur les côtes de Lampedusa. Il s’agit de bouts de caoutchouc et des poignets des canots sur lesquels les réfugiés et les migrants ont traversé la mer.

L’œuvre a aussi pour but de renvoyer au public l’image de deux autres phares, le phare disparu d’Alexandrie, considéré comme l’une des merveilles de l’Antiquité , ainsi que le phare du cap Grecale à Lampedusa, qui selon Thomas Kilpper « n’est d’aucune utilité pour les réfugiés puisqu’il est tourné vers l’Europe. »

Le phare en plastique et en pneu est une façon « d’aborder la catastrophe », estime Micaela Casalboni, réalisatrice du documentaire Lampedusa Mirrors, qui était présente aux côtés de l’artiste allemand lors de la conférence de presse et dont le film sera projeté au Bozar.

« Tout d’abord, nous devons cesser de traiter [cette crise] comme une ‘urgence’ » explique la réalisatrice, rappelant le chiffre de 10 000 réfugiés morts noyés en Méditerranée.

Les pratiques de l’UE, remises en question

L’UE a été sévèrement critiquée pour sa réaction lente et fragmentée à la crise des migrants l’an dernier. En outre, des réserves morales et politiques ont été émises à l’égard de l’accord UE-Turquie qui consiste à renvoyer des réfugiés en Turquie et à réinstaller ceux qui se trouvent actuellement dans les camps turcs.

>> Lire : L’UE, complice de la maltraitance des réfugiés en Libye?

L’eurodéputée allemande Barbara Lochbilher, également vice-présidente de la commission des droits de l’Homme a déclaré le 20 juin que les politiques européennes actuelles étaient « inhumaines, inacceptables, et devaient absolument être réformées. »

Elle précise que « 65 millions de personnes sont en fuite, et plus de la moitié des demandeurs d’asile sont des enfants. Nous ne leur fournissons pas un accès sécurisé, des secours en mer ou des actions solidaires au sein de l’Europe. Au contraire, nous comptons sur la fermeture des frontières ainsi que sur un accord douteux avec la Turquie et faisons preuve d’une indifférence scandaleuse face au sort des migrants et au droit international. »

Christiane Mennicke-Schwarz du Kunsthaus de Dresde où le phare sera exposé plus tard a déclaré que « l’Europe [pouvait] prendre trois directions ». Une Europe plus orientée vers l’intégration, une Europe divisée ou une ‘coalition des volontaires’, divisant le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.  Je privilégierais la première option. »