EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

19/01/2017

Bruxelles et Modagiscio lancent une nouvelle alliance de lutte contre la faim

Aide au développement

Bruxelles et Modagiscio lancent une nouvelle alliance de lutte contre la faim

En Somalie, 40% de la population survit avec un repas par jour, voire moins.

Le 28 septembre, les eurodéputés ont lancé l’alliance de lutte contre la faim avec la FAO en Somalie, un des pays les plus touchés par la malnutrition.

Des élus européens de tous les groupes politiques et États membres ont participé à l’inauguration de la nouvelle alliance contre la faim au Parlement européen. Cette alliance a pour objectif de réaliser les deux premiers objectifs de développement durable (ODD), établis par les Nations unies :éliminer la pauvreté et la faim.

Richard Trenchard, représentant de la FAO, l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, en Somalie s’est joint à eux via Skype, pour leur parler des progrès de ce pays, l’un des plus pauvres au monde, depuis la fin de la guerre civile.

Production alimentaire en baisse

Quelque 40 % de Somaliens, soit cinq millions de personnes, survivent toujours avec un repas par jour, voire moins, a-t-il indiqué. 10 % de la population de 12 millions de personnes sont toujours déplacés internes. Le pays a en outre reculé sur certains plans. La production alimentaire est en effet deux fois moins importante que durant les années 1980, à cause de la guerre civile qui a déchiré le pays de 1991 à 2006.

Le gouvernement de Mogadiscio a, à présent, lancé un programme national sur trois ans, qui repose largement sur l’eau, le secteur de l’énergie et les 75 % de la population qui sont agriculteurs et éleveurs.

Les choses avancent, assure Richard Trenchard. Alors qu’en 2009 le pays n’exportait aucun bétail, à cause d’une interdiction due aux infections, 3,5 millions de têtes de bétail ont été exportées l’an dernier, grâce à une campagne de vaccination récente.

Le représentant de la FAO s’est surtout concentré sur ce qu’il appelle la « connexion nourriture/paix », selon laquelle les peuples doivent avoir de la nourriture dans l’estomac et de l’argent en poche » si l’on veut éviter les risques d’extrémisme et de conflit. Il a ainsi souligné une série de leçons apprises par la FAO en Somalie : il faut investir dans la production alimentaire et loin du conflit, intervenir rapidement (70 % des Somaliens ont moins de 30 ans, une des populations les plus jeunes au monde) et s’assurer que le plan de développement national est mené par le pays et lui appartient.

« Une paix durable ne peut être construite que sur des estomacs remplis », a-t-il insisté, face aux eurodéputés, aux ONG et aux décideurs politiques. Rene Castro Salazar, assistant directeur-général de la FAO, a également participé à cette première réunion de l’alliance contre la faim.

Le conflit en Somalie, et plus récemment les troubles au Burundi, auraient justement commencé par des crises alimentaires, a renchéri un participant africain à l’événement.

>> Lire : L’UE sabre les financements de la mission de paix en Somalie

Une eurodéputée a souligné la nécessité d’une « cohérence des politiques alimentaires » européennes. Elle a tout particulièrement dénoncé les situations comme celles du Burkina Faso, où le lait en poudre européen coûte trois fois moins cher que le lait local.

La FAO a également profité de l’occasion pour présenter un nouveau rapport sur le Soudan du Sud, où la situation dégénère toujours. Fin juillet 2016, 4,8 millions de personnes y vivaient dans une « insécurité alimentaire grave », et 2,5 millions avaient été obligés de se réfugier dans d’autres zones du pays à cause du conflit armé.

>> Lire : Le Parlement s’inquiète du financement du fonds spécial pour l’Afrique

L’organisation appelle donc à une augmentation de 25 millions d’euros de l’aide, et ce d’ici la fin de l’année, afin de soutenir la population pendant la période sèche et de faire des réserves pour 2017. L’entrepôt central de la FAO à Juba a été récemment victime d’un pillage qui a coûté l’équivalent de 2,7 millions d’euros.

« En 2016, la sécurité alimentaire au Soudan du Sud s’est détériorée et a atteint des niveaux effarants, particulièrement dans les zones jusqu’ici considérées comme sûres », souligne le rapport. « Avec la saison des récoltes, la sécurité alimentaire devrait légèrement s’améliorer. Il n’empêche, la faim n’a jamais été aussi présente et le risque de famine est bien réel pour des milliers de personnes. »

>> Lire : En Éthiopie, une catastrophe humanitaire au ralenti