Londres durcit le ton face aux immigrés clandestins

Des immigrans tentent de monter dans un camion à destination eu Royaume-Uni à Calais. Juillet 2015. [sshaqs2000/Flickr]

Immigrants living in Britain illegally will face abrupt eviction from rental properties under new laws designed to make Britain a tougher place to live in, the government will announce as it redoubles its response to the Calais migrant crisis.

Les immigrants clandestins en Grande-Bretagne pourront être expulsés de biens loués, en vertu de nouvelles lois conçues pour rendre le pays moins attirant, a déclaré le gouvernement après les épisodes de Calais.

La ministre l’Intérieur, Theresa May, avait déjà prévenu que « les rues [du Royaume-Uni] ne sont pas pavées d’or », à présent le gouvernement a décidé de changer la loi pour autoriser les propriétaires à expulser les illégaux sans ordonnance du tribunal.

Les propriétaires qui ne vérifient pas le statut de leurs locataires seront passibles d’amendes, voire de peines de prison allant jusqu’à cinq ans, selon un nouveau délit pénal qui sera inclus à une nouvelle proposition de loi sur l’immigration.

Greg Clark, le ministre britannique au Développement communautaire, annoncera également que cette nouvelle législation prévoit une liste noire des propriétaires et agences qui louent aux clandestins, afin d’aider les autorités locales à diriger leurs efforts efficacement. « Nous sommes décidés à lutter contre les propriétaires sans scrupules », a martelé Greg Clark.

Greg Clark a également évoqué des mesures pour empêcher les propriétaires de louer des biens qui ne sont pas aux normes. Ses déclarations interviennent alors même que Theresa May et Philip Hammond, le ministre des Affaires étrangères, se préparent à présider les réunions de la commission d’urgence mise sur pied par le gouvernement au vu de la situation à Calais.

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David Cameron, qui a annulé la première partie de ses vacances, a assuré que le gouvernement ne ménagerait pas ses efforts face à ce qu’il a appelé « un flot de personnes » qui tentent de passer au Royaume-Uni via Calais. Une nouvelle grille protégeant l’entrée du tunnel sous la Manche au côté français devrait être terminée le 7 août.

Le gouvernement a cependant été accusé d’agir d’une manière « moralement répréhensible » après que le ministère de l’Intérieur a confirmé son intention de priver les familles de leur droit à certaines aides si leur demande d’asile était rejetée.

Le Conseil pour les réfugiés a exprimé de « vives inquiétudes » en entendant James Brokenshire, secrétaire d’État à l’Intérieur, défendre cette idée comme un bon moyen de faire savoir que le Royaume-Uni n’était pas « un pays de cocagne ».

Ces décisions font partie des initiatives du gouvernement de décourager les immigrants à quitter leur pays en montrant que la Grande-Bretagne était un pays rude pour les personnes qui n’obtiennent pas le droit d’asile. La ministre de l’Intérieur a rejoint son homologue français, Bernard Cazeneuve, pour envoyer un signal fort aux immigrants potentiels : ils ne seront pas automatiquement accueillis à bras ouverts en Europe.

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Dans un article commun pour le Sunday Telegraph, les deux ministres ont averti que le monde était aux prises avec une crise de l’immigration. S’ils ont promis d’offrir l’asile aux personnes fuyant les conflits ou les persécutions, ils ont néanmoins souligné qu’il est important de briser le lien supposé entre « la traversée de la Méditerranée et une installation en Europe ».

« À long terme, la réponse à ce problème est de réduire le nombre d’immigrants qui quittent l’Afrique pour l’Europe. Un grand nombre d’entre eux voient l’Europe, et particulièrement le Royaume-Uni, comme un endroit où ils gagneront de l’argent. Ce n’est pas le cas. Nos rues ne sont pas pavées d’or », insistent Theresa May et Bernard Cazeneuve.

Greg Clark soulignera encore ces avertissements en annonçant l’intention du gouvernement de faciliter l’éviction des clandestins de leurs maisons. Conformément au projet de loi étudié, les propriétaires devront expulser les immigrants illégaux après réception d’une lettre du ministère de l’Intérieur les informant que leurs locataires n’ont plus le droit de louer un bien dans le pays. Dans certaines circonstances, les propriétaires pourront même procéder à ces expulsions sans ordonnance de justice.

Un programme permettant aux propriétaires de vérifier le statut de leurs locataires est actuellement à l’essai dans l’ouest des Midlands et sera élargi à l’ensemble du pays. En vertu du droit de louer, les propriétaires seront obligés d’examiner le passeport ou la carte de séjour biométrique de potentiels locataires, afin de s’assurer que ceux-ci ont le droit de vivre au Royaume-Uni avant de pouvoir leur louer un bien.

Un nouveau délit pénal visera les propriétaires et agences qui manqueront à plusieurs reprises de se conformer à ces règles ou d’expulser les immigrants clandestins de leurs propriétés. Ils risqueront des amendes, une peine de prison de cinq ans, ou même des punitions plus sévères, conformément à la loi relative aux produits du crime.

Les nouvelles mesures incluront également des contrôles de sécurité des biens à louer renforcés et des systèmes permettant de réduire les fraudes.

« Nous sommes décidés à lutter contre les propriétaires sans scrupules qui profitent de l’immigration illégale pour faire des profits en exploitant des personnes vulnérables et en affaiblissant notre système d’immigration », a prévenu Greg Clark. « À l’avenir, les propriétaires devront s’assurer que leurs locataires ont le droit d’être dans le pays. Nous les obligerons également à respecter les responsabilités fondamentales de leur statut et n’épargnerons pas les propriétaires qui louent des biens dangereux, sales et surpeuplés. »

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Cet article est initialement paru sur The Guardian.

Contexte

De nouvelles règles européennes définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste, et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne, qui souhaitait appliquer le principe de solidarité, pour que les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants soient redirigés vers d'autres États membres.

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Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum. L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.

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Le nombre d’immigrants tentant de rejoindre l’Europe ne cesse d’augmenter, et les pays sont de plus en plus décidé à les décourager. Outre la Méditerranée, le problème de l’immigration clandestine se cristallise notamment à Calais, où des migrants tentent par tous les moyens possibles de montrer sur les camions à destination du Royaume-Uni.

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Malgré le refus des États membres de mettre en place certaines des mesures proposées cette année par la Commission, Jean-Claude Juncker ne renonce pas à réformer l’accueil des migrants dans l’UE.