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24/01/2017

L’UE remporte son bras de fer commercial face à l’Afrique

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L’UE remporte son bras de fer commercial face à l’Afrique

Marché de Zanzibar

[shutterstock]

Les six pays africains menacés de perdre leur accès au marché unique européen se sont finalement résolus à signer les accords de partenariat économique avec l’UE. Au détriment de l’intégration commerciale de leur région.

Le parlement du Kenya a ratifié le 21 septembre l’accord de partenariat économique avec l’Union européenne. Une ratification qui signe la fin d’un bras de fer engagé entre plusieurs pays africains et la Commission européenne sur l’avenir de leur relation commerciale.

En juillet,  Bruxelles avait en effet mis la pression sur 6 gouvernements africains trainant des pieds dans les négociations commerciales, en prévoyant de suspendre leur accès au marché unique au 1er octobre en cas d’absence de ratification.

Droits de douane

Face à la possibilité de voir leurs exportations vers l’UE taxées, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Botswana, la Namibie, le Swaziland et enfin le Kenya ont accepté de ratifier les accords de partenariat économique (APE), dont les négociations trainent en longueur.

>>Lire : Bruxelles tente d’imposer ses accords commerciaux aux pays africains

Ces accords sont les successeurs des préférences commerciales non réciproques accordées par l’UE à ces pays dans le cadre de l’accord de Cotonou de juin 2000. L’objectif affiché étant de maintenir l’accès préférentiel au marché européen pour les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), en contrepartie de droits de douane réduits appliqués aux  exportations européennes.

Mais l’équilibre de ces accords a été largement critiqué par certains pays africains et par la société civile, qui les juge trop favorable à l’UE. La perte des recettes douanières ainsi que la concurrence des produits européens arrivant sur des marchés encore en développement sont notamment pointées du doigt.

Intégration de l’Afrique de l’Est

A l’issue de la ratification au parlement kenyan, le secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie, Adan Mohamed, avait rappelé qu’en cas de dépassement de la date limite fixée par l’UE, le 1er octobre 2016, les « produits [kenyan] seraient devenus non-compétitifs sur le marché européen puisqu’ils auraient été taxés jusqu’à 22% ».

>Lire : Le partenariat économique entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest se précise

Intégré à la région de l’Afrique de l’Est, le Kenya aurait de plus été le seul pays de la zone commerciale à subir un rétablissement des droits de douane avec l’UE en cas de refus de l’accord. En effet, Le Kenya est le seul pays à ne pas bénéficier du régime « tout sauf les armes ». Réservé aux pays les plus pauvres, ce régime commercial est le plus avantageux et offre un accès sans aucun droit de douane au marché européen.

Les autres membres de la communauté de l’Afrique de l’Est (Tanzanie, Ouganda, Burundi, Rwanda) bénéficient de cet accès, et n’ont donc jamais été menacés de se voir retirer leur accès préférentiel au marché unique.

Tanzanie et Brexit

 « Concernant la Tanzanie, la date butoir n’a jamais été un sujet, puisque le pays fait partie des pays les moins avancés (PMA), et bénéficie donc d’un accès gratuit au marché européen sous les régimes « Tout sauf les armes » confirme un porte-parole de la Commission européenne.

Avec un accès garanti au marché unique, le pays n’a que peu d’intérêt à signer l’accord, qui lui impose l’ouverture progressive de son marché.  « La Tanzanie ne peut pas être obligée à signer puisqu’elle bénéficie du statut de  PMA, tandis que pour le Kenya, l’effet aurait été immédiat » explique Marc Maes chargé des politiques commerciales européennes au sein de la coalition du mouvement Nord-Sud en Flandre.

>>Lire : Les eurodéputés approuvent l’accord commercial avec l’Afrique australe

Le pays refuse pour l’instant de ratifier l’accord, ce qui risque de remettre en cause l’intégration économique de la région, puisque chaque pays d’Afrique de l’Est serait contraint de développer son propre accord avec l’UE, en lieu et place de l’APE régional.

Autre frein évoqué par la Tanzanie, le Brexit. « 75% des exportations de ce pays se font vers le Royaume-Uni, le Brexit remet donc en cause l’intérêt de l’accord » détaille Marc Maes.

 

Contexte

En 2000, l’Union européenne et les UE et les pays d'Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) ont signé les accords de Cotonou prévoyant entre autres la négociation d'accords de partenariat économique (APE) comprenant un libre-échange réciproque à partir de 2008.

Depuis les années 2000 l’Union européenne négocie avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) ces Accords de Partenariat économique (APE) en substitution aux anciens accords de Lomé et de Cotonou. Dans ce cadre, les pays du Sud concernés seraient amenés à ouvrir leurs marchés à la plupart des produits en provenance de l’Union européenne. Seul un accord régional de ce type a été signé à ce jour, en raison des fortes réticences exprimées tant par les sociétés civiles que les États.