Mali : la France attendue au tournant pour rétablir l’autorité de l’Etat

C’est le principal objectif du gouvernement français. Un travail de longue haleine, qui va au-delà de la simple tenue des élections, prévues en juillet 2013.

La décision d’octroyer 3,25 milliards d’euros au Mali, prise par les dirigeants européens à Bruxelles, mercredi 15 mai, pose la question de la sécurisation de l’aide au développement et du rétablissement de l’autorité de l’Etat, dans un pays en guerre où la corruption sévit. 

Et elle s’adresse en particulier à la France, qui, après avoir déclenché l’opération Serval, surveille l’opération « renouveau » du Mali. Présente militairement dans le pays, l’Hexagone orchestre désormais la sortie de crise.

Ne pas dessaisir l’Etat

« Nous voulons absolument éviter un premier écueil : faire comme à Haïti et dessaisir l’Etat », a expliqué le ministre chargé du développement Pascal Canfin devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, mercredi 22 mai. Deux ans après la crise, les services publics sont toujours fournis par des ONG». 

Le second écueil est celui de la désorganisation de l’aide internationale sur le terrain. Elle devra donc être « coordonnée », a précisé M. Canfin.

Dans l’immédiat, la priorité est de rétablir les services de base (eau, électricité, services de santé) pour la population et de réinstaller les plus de 400 000 personnes déplacées par le conflit. 

L’enveloppe française (280 millions d’euros) ira essentiellement à des projets de réhabilitation ainsi qu’aux travaux interrompus en mars 2012.

A l’exception des élections, dont l’organisation sera financée par la France et d’autres bailleurs de fonds, les activités de l’Agence française de développement restent les mêmes, explique Yves Boudot, directeur du département Afrique à l’AFD.

« Pas besoin d’un plan Marshall »

Mais, tous s’accordent à dire que sur le long terme, la solution va au-delà de la simple assistance technique et humanitaire, très dispendieuse et peu efficace.

« Le Mali n’a pas besoin d’un plan Marshall », assure François Grünewald, directeur du groupe Urgence réhabilitation développement (URD) et auteur d’un rapport sur le Mali pour le centre de crise du Quai d’Orsay.

Les conclusions de la conférence des donateurs insistent sur la nécessité d’un « dialogue national ». »De nouvelles fondations seront posées pour initier une réforme globale de la gouvernance, établir une nouvelle politique de décentralisation et créer les conditions pour un développement économique et social durable ».

La balle est surtout dans le camp du Mali. « La conférence n’aurait pu être un succès si elle ne s’était pas appuyée sur une bonne stratégie malienne, qui met l’accent sur l’unité nationale », affirme l’ambassadeur Pierre Duquesne, chargé des questions de reconstruction et de développement.

Dans son plan de relance pour les deux prochaines années, le gouvernement malien expose ses priorités d’action et ses besoins. Il prévoit de mettre 30% de son budget directement à disposition des collectivités territoriales. « Une nouveauté », selon Pierre Duquesne.

Pouvoir de nuisance des élections

Mais pour François Grünewald, rien de nouveau sous le soleil. « Se mettre d’accord sur le diagnostic global n’est pas le plus difficile ». Le calendrier de la mise en oeuvre est décisif.

Or, les élections présidentielles maliennes, fixées au 28 juillet 2013, pourraient être contreproductives. A Paris, on estimait cet engagement du Mali nécessaire pour remobiliser la communauté internationale. Il est devenu une question de « crédibilité de la parole politique », selon Pascal Canfin. 

Mais pour le directeur de l’URD, « ces élections pourraient être contestées. Elles interviendront pendant la campagne agricole et le ramadan », ce qui accroit les risques déjà importants d’abstention. « Le problème n’est pas tant l’illégitimité du gouvernement actuel, que les risques de voir revenir les putschistes au pouvoir ».

Soigner la transition

Cette peine serait donc inutile et porterait atteinte à un gouvernement déjà fragile. « Dans le contexte actuel, le gouvernement de transition constitue la moins mauvaise solution », estime Philippe Mayol, responsable du service Afrique à l’ONG de développement CCFD Terre Solidaire.

Le Mali est actuellement dirigé par Dioncounda Traoré, l’ancien président de l’Assemblée nationale malienne devenu président par intérim en avril 2012, en remplacement d’Amadou Toumani Touré, renversé par le coup d’Etat du général Sanogo, en mars 2012.

Paix contre justice

Organisées à si court terme, les élections n’apporteraient pas de réponse adaptée aux problèmes de la société malienne, ravivés depuis 2011 par la montée en puissance des rebelles et des trafiquants au nord du pays.

« Dans le passé, il y a eu beaucoup de révoltes touareg conclues par des accords dans lesquels le gouvernement malien promettait un développement particulier pour ces régions déshéritées, mais rien ne s’est passé. Ce vide a été comblé par les islamistes », selon Salvatore Saguès, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty international.

Depuis l’intervention française, « un certain nombre d’exactions ont été commises par l’armée malienne contre des populations accusées d’être prodjihadistes, ajoute-t-il. La France devrait exiger des enquêtes, or elle garde le silence ».

Documenter les faits et rétablir le fonctionnement de la justice est pourtant un processus indispensable à la réconciliation, mais il demande temps et apaisement. Pour Damien Helly, expert au Centre européen de recherche sur le développement (ECDPM), « les diplomates optent clairement pour la paix et non pour la justice ».

« Il est difficile d’avancer, si la question des poursuites pénales contre les auteurs n’est pas résolue. La société malienne est inquiète et le sentiment de vengeance est encore présent », conclut Philippe Mayol.