Des eurodéputés dénoncent la militarisation de l’aide au développement

epa05974194 French President Emmanuel Macron (2-L) visits the troops of France's Barkhane counter-terrorism operation in Africa's Sahel region in Gao, northern Mali, 19 May 2017. The French President's visit in Mali is his first trip outside Europe since his inauguration on 14 May 2017. Others are not identified. EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL MAXPPP OUT [Christophe Petit Tesson/EPA]

La commission développement du Parlement européen souhaite séparer l’aide au développement et les enjeux sécuritaires.

Avec un budget de 2,3 milliards d’euros pour la période 2014-2020, l’Instrument contribuant à la stabilité et à la paix (IcSP) est un instrument d’aide extérieure qui permet à l’UE de soutenir des projets visant à empêcher ou à intervenir à des crises actuelles ou émergentes partout dans le monde.

Le 3 juillet, le Parlement s’est exprimé pour la modification de cet instrument. Quatre eurodéputés – Heidi Hautala (Verts/EFA, Finlande), Paavo Väyrynen (ALDE, Finlande), Lola Sánchez-Caldentey (Podemos, Espagne) et Ignazio Corrao (Cinq Étoiles, Italie) – se sont opposés aux amendements. Pour eux, ces derniers ont pour objectif de financer le renforcement de capacités d’acteurs militaires dans des pays partenaires via le budget général de l’UE, y compris avec des fonds de l’aide au développement. Pour eux, il s’agit d’une tentative à peine voilée d’orienter les fonds du développement vers des enjeux de sécurité.

Or, selon les traités européens, les dépenses dans des opérations militaires ou de défense ne peuvent pas provenir du budget européen.

Les quatre eurodéputés estiment que ces amendements sont un premier pas vers la militarisation de la politique de développement européenne, une tendance qui, selon eux, a été encouragée par les États membres et la Commission. Ils demandent qu’une limite claire soit tracée entre la coopération au développement et la politique sécuritaire.

Des critères de développement non ambigus doivent être établis pour les activités poursuivies avec les outils de politique de développement européennes, affirment-ils.

La France fait notamment pression auprès de l’OCDE pour que les dépenses en matière de sécurité et d’opérations de maintien de la paix soient prises en compte dans l’aide publique au développement.

Sécurité et lutte contre le terrorisme veulent s’inviter dans l’aide au développement

Les opérations en Centrafrique et au Mali ont coûté cher à la France qui milite pour que les dépenses de maintien de paix et de sécurité soient prises en compte dans l’aide publique au développement. D’autres pays souhaitent inclure la lutte contre le terrorisme.

La demande des quatre eurodéputés a été rejetée par les deux groupes politiques dominants, les socialistes et démocrates (S&D) et le Parti populaire européen (PPE). Treize membres de la commission développement ont voté en faveur de l’amendement de l’IcSP, huit ont voté contre et une personne s’est abstenue. Le prochain vote se tiendra au sein de la commissaire affaires étrangères le 11 juillet.

Heidi Hautala a déclaré que les quatre eurodéputés représentant différents groupes politiques continueraient de défendre le principe de la politique de développement selon lequel la réduction de la pauvreté est la priorité.

Ils ne s’opposent pas au renforcement des capacités des acteurs militaires à l’étranger, a-t-elle insisté, mais appellent à ce que cela soit fait dans un cadre légal approprié et qu’un fort accent soit placé sur la bonne gouvernance, la responsabilité, le contrôle civile et parlementaire des forces armées, les mécanismes de lutte contre la corruption, une formation approfondie sur les droits de l’Homme et le respect du droit international.

Dans le contexte de la crise des réfugiés, le raisonnement politique européen est de se tourner vers la mise en place de liens plus étroits entre l’aide au développement et la sécurité.

L'aide internationale trop timide face à l’insécurité au Sahel

L’aide au développement internationale doit financer la sécurité dans la région sahélienne. Une dépense indispensable que la communauté internationale rechigne à effectuer, laissant la France isolée sur ce dossier sensible.

Dans le cas du Sahel, la Commission a annoncé le 5 juin qu’elle allait apporter une contribution de 50 millions d’euros pour accroître la sécurité dans la région et accélérer la coopération transfrontalière.

« Garantir la sécurité de la région est un prérequis à son développement », avait déclaré la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à cette occasion.

Des responsables politiques locaux affirment aussi que la lutte contre le terrorisme est la première condition au développement.

Le développement de l'Afrique toujours tributaire du renforcement de la sécurité

Les luttes contre le terrorisme et la corruption sont des prérequis indispensable au développement de l’Afrique, a affirmé Ely Ould Mohamed Vall, ancien Président de la Mauritanie, lors d’une conférence à Bruxelles.