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27/09/2016

Les pays industrialisés hypothèquent les objectifs de développement

Aide au développement

Les pays industrialisés hypothèquent les objectifs de développement

Les pays industrialisés n’ont pas respecté leur engagement de consacrer 0,7 % de leur richesse à l’aide au développement, privant les pays pauvres de 1,8 milliard d’euros de ressources supplémentaires.

Selon les objectifs de développement durable de l’ONU, tout doit être mis en œuvre pour surmonter, d’ici 2030, les obstacles au développement, comme la pauvreté ou la faim, et promouvoir des conditions de vie durables et respectueuses de la planète.

>> Lire : Annick Girardin : « Les ODD sont la réponse aux causes des migrations »

Toutefois, la politique européenne est loin d’avoir fait preuve d’un engagement complet pour lutter contre la pauvreté et favoriser un développement durable, selon le rapport de la Bertelsmann Stiftung et du Sustainable Development Soltutions Network (SDSN).

Même les pays industrialisés les plus riches sont loin d’avoir atteint ces objectifs, en comparaison avec les 149 pays en développement. Dans les pays en développement, la situation est toujours aussi sombre : ils échouent souvent sur des objectifs fondamentaux comme la lutte contre la faim et la pauvreté ou encore la sécurité.

Les pays subsahariens souffrent particulièrement

Tout en bas de la liste se trouvent presque exclusivement des pays en développement africains, comme la République centrafricaine ou le Libéria. « De nombreux pays africains souffrent d’une pauvreté extrême, de la violence et de sous-alimentation, en particulier au sud du Sahara », explique Christian Kroll, l’un des auteurs de l’étude menée par la Bertelsmann Stiftung. Les services gouvernementaux, tels que l’éducation, les infrastructures ou les soins de santé ne sont répandus que de façon rudimentaire.

1,8 milliard d’euros supplémentaires

Les pays industrialisés ont également contribué au retard. L’Allemagne doit par exemple investir 0,7 % de son PIB dans la coopération pour le développement. Or, selon le rapport, elle n’a pour l’heure pas même atteint les 0,5 %. Le 18 juillet, lors de la Conférence sur le commerce et le développement (CNUCED), les Nations Unies ont mis en garde contre les conséquences d’un investissement trop faible.

« Si les pays riches avaient atteint l’objectif de 0,7 %, fixé en 2002, les pays en développement auraient pu bénéficier de plus de 1,8 milliard d’euros supplémentaires », a signalé le secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi. « Cet objectif n’a pas convaincu un certain nombre de gouvernements, mais les lignes directrices fixent des objectifs audacieux qui exigent une réponse tout aussi audacieuse. »

Au sein du gouvernement allemand, les critiques exigent un engagement en conséquence. Klaus Seitz, le dirigeant de la VENRO, l’association allemande des ONG humanitaires et d’aide au développement, a commenté le rapport sur la mise en œuvre de l’agenda de l’ONU en Allemagne. « 62 personnes possèdent autant que la moitié la plus démunie de la population mondiale, soit environ 3,6 milliards de personnes », a-t-il rappelé. Selon lui, il est « absolument nécessaire de colmater les failles du système d’imposition et de fermer les places financières illégales ».

>> Lire : 62 personnes détiennent plus de richesses que 3,5 milliards d’humains

En outre, Jürgen Maier, le directeur du forum allemand sur l’environnement et le développement a détracté la « politique commerciale ratée » de l’Allemagne, au sujet de l’Afrique, qui serait de plus en plus à l’origine de fuites.

« Un tiers des exportations de lait partent en Afrique sous forme de lait en poudre. La concurrence est trop forte pour les agriculteurs locaux, ils n’ont aucune perspective d’avenir », a-t-il détaillé. « Ceux qui pensent que c’est agir en faveur du développement ‘durable’ de ruiner l’agriculture partout dans le monde et dans son propre pays, en donnant le contrôle aux multinationales agricoles, n’a pas compris le concept de durabilité. »

>> Lire : Berlin veut écouler le lait européen en Afrique

Contexte

L’agenda a été approuvé par 193 États en septembre 2015 à New York. Il est valable pour tous les pays. Les objectifs de développement durable ne concernent plus seulement les pays émergents et en développement, contrairement aux autres objectifs milléniaux, mais aussi les pays industrialisés. Il y a 17 objectifs, divisés en 169 points, qui se concentrent sur buts sociaux, économiques et environnementaux.