Un million de sud-soudanais sont réfugiés en Ouganda

Des mineurs non accompagnés ayant fui la guerre civile au Soudan du Sud. [James Akena/Reuters]

Le nombre de réfugiés sud-soudanais entrés en Ouganda a atteint le million. L’UE doit donc agir de manière urgente, selon l’ONG World Vision.

Un total de 1,9 million de réfugiés du Soudan du Sud ont fui le conflit et afflué vers les pays voisins. Un million de ces réfugiés ont migré vers l’Ouganda : 62 % d’entre eux sont des enfants et 86 % des femmes et des enfants.

Malgré les multiples accords de cessez-le-feu, les affrontements persistent dans certaines zones du Soudan du Sud. Les rebelles ont annoncé qu’ils avaient récupéré leur bastion de Pagak, dans le nord-est, moins d’une semaine après avoir été repoussé par les forces du gouvernement.

Les deux parties ont commis de graves crimes, dont des meurtres et des viols, contre les civils, selon les enquêteurs de l’ONU.

Les Nations unies ont officiellement confirmé le 17 août que le nombre de réfugiés sud-soudanais ayant fui en Ouganda avait atteint un million. Les responsables ougandais affirment qu’ils sont dépassés par l’afflux de personnes fuyant la guerre civile du Soudan du Sud, et l’agence de l’ONU pour les réfugiés appelle la communauté internationale à faire plus de dons pour l’aide humanitaire.

L’Ouganda, et en particulier la région du Nil occidental, est depuis longtemps une terre d’accueil des réfugiés fuyant les pays voisins : la République démocratique du Congo (RDC), le Soudan, et le Soudan du Sud. Depuis 2014, l’Ouganda est le témoin d’un afflux continu de réfugiés sud-soudanais fuyant la violence et la destruction. En juin 2017, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dénombrait plus de 950 000 réfugiés sud-soudanais réinstallés dans des colonies dans la campagne ougandaise.

World Vision, une organisation chrétienne de secours, de développement et de défense des intérêts travaillant avec des enfants, des familles et leurs communautés dans le monde, est sur le terrain pour répondre aux besoins des réfugiés dans le nord de l’Ouganda depuis 2014.

L’étude, pour laquelle 1 135 personnes ont été interrogées, révèle que la pénurie alimentaire parmi les réfugiés et les communautés d’accueil tire les prix des denrées alimentaires essentielles à la hausse. Les deux communautés finissent par devoir sauter des repas et se tourner vers les produits alimentaires les moins chers pour faire face à la situation.

La majorité des réfugiés dépendent de l’aide alimentaire pour subsister. Au total, 58 % d’entre eux ne participent à aucune activité économique alors que 24 % des réfugiés sont engagés dans des activités agricoles en louant des terres aux communautés d’accueil.

Les réfugiés s’inquiètent surtout de la baisse dans la distribution des denrées alimentaires par le Programme alimentaire mondial, alors que les communautés d’accueil s’inquiètent de la pénurie de nourriture dans les marchés, qui provoque l’inflation des prix des aliments de base comme la farine de manioc, dont le prix a doublé depuis décembre 2016.

Tant les communautés d’accueil que les réfugiés dépendent principalement du bois pour cuisiner, ce qui créé de la concurrence pour cette ressource partagée.

Justin Byworth, directeur exécutif de World Vision à Bruxelles, estime que l’Ouganda est un « leader mondial » dans l’aide aux réfugiés, tout en rappelant que sans l’aide de l’UE, la situation sera bientôt hors de contrôle.

Bruxelles renforce son aide au Soudan du Sud pour lutter contre la famine

Le 21 février, l’UE a condamné la famine ravageant le Soudan du Sud et aggravée par les affrontements, tout en promettant 82 millions d’euros d’aide d’urgence au pays.

« Ils [l’Ouganda] fournissent aux familles de réfugiés des parcelles de terre pour que les gens puissent construire des maisons et cultiver des potagers. L’UE et ses États membres ne doivent pas attendre que l’Ouganda atteigne un point de rupture pour accélérer leurs efforts et accroître les ressources à long terme pour soutenir les réfugiés et les communautés qui les accueillent », a-t-il déclaré.

Lors d’un sommet de collecte de fonds organisé par l’Ouganda en juin, seule une petite part des 2 milliards de dollars nécessaires selon les responsables ougandais pour venir en aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil a été collectée.

« Sans perspective de résolution du conflit, les réfugiés vont continuer à affluer en Ouganda et la crise humanitaire ne fera que s’aggraver », craint Sarah Jackson, d’Amnesty International, qui appelle la communauté internationale à redoubler d’efforts.