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02/12/2016

Les pays européens, champions du détournement de l’aide au développement

Aide au développement

Les pays européens, champions du détournement de l’aide au développement

Manifestation pro-réfugiés en Allemagne.

La crise migratoire a poussé les pays européens à utiliser une large partie de leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés. Une pratique qui fait gonfler artificiellement la « générosité » de ces  pays sans qu’un centime ne quitte le territoire. Un article de notre partenaire The Guardian.

L’Allemagne fait partie des États critiqués par Concord, une confédération d’ONG européennes, pour avoir inclus les frais de la gestion nationale de la crise des réfugiés dans son aide publique au développement (APD), une pratique qui a gonflé artificiellement ses dépenses de solidarité qui ont atteint 0,56% du PIB,, selon Aidwatch.

>> Lire : Oxfam dénonce la déviation de l’aide au développement vers la sécurité

Selon l’étude, le Danemark sera le principal bénéficiaire des aides danoises en 2016. Selon les prévisions actuelles, Copenhague prévoit en effet de dédier 30% de son aide au développement (soit le double du chiffre pour 2015) à l’accueil des réfugiés sur son territoire. L’Autriche, la Suède et l’Italie sont également devenus les principaux bénéficiaires de leur propre aide au développement, selon les ONG.

En 2015, la Suède a dépensé 22% de son APD à des coûts liés aux réfugiés au sein du pays, soit plus que tous les autres pays riches du monde. Pour 2016, le gouvernement prévoyait que ce budget atteindrait les 50%, mais a dû faire marche arrière face à l’opposition du public.

Selon Concord, les engagements de l’UE diminuent. Les États membres n’ont ainsi pas réussi à atteindre leurs objectifs de 0,7% du PIB au développement. Seuls cinq pays ont atteint ce but : le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni.

>> Lire : L’accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

Seamus Jefferson, directeur de Concord, appelle donc les gouvernements à cesser d’inclure des dépenses consenties au niveau national dans leurs statistiques. « C’est particulièrement valable pour la gestion de la crise des réfugiés. Les États ont le devoir moral de se montrer à la hauteur, mais sans détourner une partie de l’aide au développement », assène-t-il.

L’an dernier, l’aide au développement a été très influencée par la crise des réfugiés, selon Concord. Plus d’un million de personnes ont demandé l’asile dans l’UE en 2015, ce qui a poussé nombre de pays à appliquer une règle de l’OCDE les autorisant à compter certaines dépenses liées aux réfugiés dans leur APD pendant un an après l’arrivée de ceux-ci.

La sortie du Royaume-Uni, un des plus grands donateurs, de l’UE devrait également avoir un impact négatif sur l’efficacité de l’aide britannique, mais aussi européenne. Les forces politiques qui ont fait remporter le « non » à l’Europe pourraient également parvenir à faire baisser le niveau d’aide sous la barre des 0,7%, s’inquiètent les ONG, qui saluent l’engagement du gouvernement à maintenir le niveau des aides, tout en dénonçant une application peu enthousiaste des actions efficaces et un engagement de moins en moins important de la société civile.

La nouvelle stratégie britannique, lancée en 2015, renforce l’aspect des intérêts nationaux, ce qui soulève la question de son efficacité en termes des objectifs principaux de l’aide au développement : réduire la pauvreté et encourager un développement durable.

« Une proportion croissante d’aide britannique sera utilisée par des ministères et départements gouvernementaux autres que le ministère au Développement, ce qui risque de réduire la qualité de l’aide », conclut Concord.

>> Lire : La nouvelle ministre britannique au Développement déjà en mauvaise passe