La baisse du budget européen affecte l’aide au développement

Les États membres de l’UE ont décidé de réduire la proposition de budget de l’UE pour 2018 de 1,2 milliard d’euros. Une partie de cette baisse affecterait l’aide au développement, au grand dam des ONG.  

Le 30 mai dernier, le commissaire au budget, Günther Oettinger, a présenté le budget européen pour 2018 tout en reconnaissant la difficulté de cette tâche.

Le Brexit ralentit la préparation des budgets européens

Le 30 mai, Günther Oettinger a présenté le projet de budget pour 2018. Il a assuré que le prochain budget à long terme devrait être proposé d’ici l’été prochain, afin de tenir compte du Brexit et de l’orientation choisie pour l’avenir de l’UE.

Le Conseil a décidé de réduire la proposition de budget de la Commission de 1,2 milliard d’euros en engagements (- 0,75 %) et de 795,5 millions d’euros en paiements (- 0,55 %). La proposition de la Commission représentait 159,5 milliards d’euros de crédits d’engagements et 144,8 milliards d’euros de crédits de paiements.

Les engagements sont le volume total des promesses de paiements futurs pouvant être versés sur une année donnée. Les paiements sont la somme réelle versée durant une année donnée pour couvrir les engagements. Les engagements doivent être honorés par des paiements, soit dans la même année, ou dans le cas d’un projet sur plusieurs années, dans les années suivantes.

Le rapporteur du Parlement européen pour le budget 2018 de l’UE, le Roumain Siegfried Mureşan (PPE), déplore le fait que les États membres aient décidé d’amputer la proposition de la Commission de 1,2 milliard d’euros.

« La position du Conseil sur le projet de budget 2018 de la Commission est en contradiction avec ses propres engagements politiques. Les États membres proposent une coupe mécanique et sans discernement dans les priorités qu’ils ont eux-mêmes soumises au début de l’année », a déclaré Siegfried Mureşan.

Coupe dans l’aide au développement

Parmi les postes de réduction des coûts, les Etats membres ont récemment réduit le budget dédié à l’aide au développement à hauteur de 90 millions d’euros par rapport à la proposition de budget de la Commission pour 2018. Soit une réduction de 6,5 % par rapport à 2017.

Un choix que les organisations d’aide au développement et d’aide humanitaire Plan International, ONE, Oxfam et Save the Children ont dénoncé.

« L’appel des États membres pour réduire l’aide au développement à un moment où les besoins vont croissants est malavisé et peu clairvoyant. Les défis d’aujourd’hui deviendront les problèmes de demain », a déclaré Valentina Barbagallo, responsable plaidoyer pour ONE.

Natalia Alonso, d’Oxfam International, regrette quant à elle que les États membres « lient de plus en plus l’aide à leurs propres intérêts politiques », au lieu de la réserver aux pays et aux peuples les plus pauvres. « Réduire l’immigration vers l’Europe ne devrait pas être un indicateur du succès de l’aide au développement », a-t-elle martelé.

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Pour Alexandra Makaroff, en charge de l’UE chez Plan International, est d’accord sur le fait que la proposition des États membres « semble plus servir leurs propres intérêts ».

Enfin, Ester Asin, directrice du bureau europen de Save the Children, regrette qu’une part disproportionnée du pot soit dirigée vers les crises dans le voisinage immédiat de l’UE – créant de plus en plus de crises oubliées ailleurs dans le monde.

Le Conseil européen et le Parlement s’accordent ensemble sur un budget final. Un comité de conciliation spécifique est convoqué pour réconcilier les positions des deux institutions.

La commission budget du Parlement européen soumettra sa position sur la proposition de budget de la Commission à un vote les 25 et 28 septembre et le 10 octobre. Le vote plénière aura lieu le 25 octobre.

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