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03/12/2016

Le Parlement renforce le budget de l’aide au développement

Aide au développement

Le Parlement renforce le budget de l’aide au développement

Arne Lietz craint les dangers politiques liés à une absence de vraie solution pour la crise des réfugiés.

Les eurodéputés ont approuvé une augmentation de 500 millions d’euros des dépenses liées aux réfugiés et à la crise migratoire, sans puiser dans l’aide au développement.

La crise des réfugiés entraine des coûts importants. Le parlement européen a décidé que les fonds nécessaires seront disponibles en 2017. Dans une résolution adoptée le 26 octobre, les eurodéputés ont demandé davantage de financement pour aider les États membres à gérer la crise migratoire. « Le budget européen doit correspondre aux engagements politiques et objectifs stratégiques » de l’UE, ont souligné les élus.

Les eurodéputés ont décidé de supprimer toutes les coupes proposées par le Conseil dans le projet de budget pour 2017 et été jusqu’à « se demander » si les fonds prévus pour les projets dans les pays tiers étaient suffisants, surtout dans le contexte de la crise des réfugiés.  Ils proposent donc une augmentation de près d’un milliard d’euros des dépenses externes de l’UE, utilisées pour les programmes de développement et d’immigration.

Une initiative applaudie par les ONG. « Nous appelons le Parlement européen à s’assurer que les fonds additionnels pour l’action extérieure pour 2017 sont en effet dépensés pour remédier aux causes originales de la migration, et non au contrôle des frontières », a indiqué Natalia Alonso, d’Ofxam International.

>> Lire : L’aide européenne se casse les dents sur la crise migratoire

Les eurodéputés sont déterminés à ce que des fonds suffisants soient disponibles pour réaliser les nombreuses initiatives annoncées par la Commission ces 15 derniers mois dans le but d’aider les pays d’origine à gérer la crise migratoire.

Diversification des fonds au développement

Selon les estimations de l’ONG One, l’UE a promis des efforts nécessitant 1,3 milliard d’euros supplémentaires pour 2017. Pour une raison ou une autre, ces financements supplémentaires ne se sont cependant pas matérialisés dans la proposition de budget pour 2017.

« Si nous réglons cette crise sans investir davantage, uniquement en utilisant les marges de flexibilités du budget européen, nous ne serons pas en mesure d’empêcher la prochaine crise », avertit Valentina Barbagallo, responsable politiques chez One.

>> Lire : L’accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

ONG et eurodéputés ont tiré la sonnette d’alarme sur le détournement de l’aide au développement vers la gestion de la crise migratoire. « Je ne peux que prévenir les responsables européens des affaires étrangères et du développement de ne pas se considérer comme appartenant à des sphères politiques cohérentes », indique Arne Lietz, eurodéputée SPD, à EurActiv. « AU SPD, nous sommes opposés au principe de conditionnalité. Nous ne voulons pas donner de l’argent à un pays juste parce qu’il empêche ses citoyens d’émigrer. »

« La Commission européenne a récemment proposé des financements supplémentaires pour ses nouvelles initiatives, comme le plan d’investissement externe », fait remarquer Tamira Gunzburg, directeur de la campagne One à Bruxelles. « Si le Parlement et la Commission montrent clairement que le plafond budgétaire doit être élevé d’urgence, leurs propositions ne couvrent pas encore toutes les initiatives annoncées depuis le début de la crise des réfugiés. »

Responsabilité des États

Lors du débat sur le budget, Arne Lietz a également appelé les États membres à se rapprocher de leur objectif de 0,7% du PIB pour l’aide au développement d’ici 2030.

À l’heure actuelle, seuls quatre États membres ont atteint l’objectif. Le Royaume-Uni est le plus important donateur de l’UE. L’Allemagne n’arrive quant à elle qu’à 0,5%. Le cadre légal de l’OCDE permet en outre d’utiliser les fonds de l’aide au développement pour certains frais liés aux réfugiés, même quand les dépenses se font sur le territoire national.

« J’ai l’impression que l’on ne prête pas attention aux signes de notre temps », regrette l’eurodéputé. « À la lumière de la situation fiscale allemande solide, il est particulièrement pertinent de lancer une discussion sur la distribution des fonds. Je pense que ne pas vouloir atteindre l’objectif de 0,7% immédiatement est un mauvais calcul politique. Au final, les tensions politiques actuelles, exacerbées par la crise des réfugiés, pèseront lourd sur la politique nationale et pourraient mener au nationalisme et au protectionnisme. »

Amendement de la Commission

Avant le vote des parlementaires, l’exécutif européen avait présenté une lettre d’amendement pour sa proposition initiale, suggérant une augmentation d’un milliard d’euros des dépenses extérieures européennes.

L’amendement propose de mobiliser des finances supplémentaires pour de nouvelles initiatives, comme le Fonds européen pour le développement durable. Le Conseil a informé le Parlement que cet amendement ne lui semblait pas acceptable, lançant ainsi la période de conciliation de trois semaines de discussion sur la proposition de la Commission.

>> Lire : Les pays européens, champions du détournement de l’aide au développement

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