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03/12/2016

Réactions mitigées face à la nouvelle stratégie de l’UE pour le développement

Aide au développement

Réactions mitigées face à la nouvelle stratégie de l’UE pour le développement

Un réservoir d’eau fabriqué au Royaume-Uni et à destination des pays en développement, présenté lors du salon commercial AidEx à Bruxelles.

[Matt Tempest/Flickr]

Les ONG ont accueilli avec réserve la refonte totale de la stratégie de l’UE sur le développement.

Lors d’une conférence de presse à Strasbourg, la Commission – représentée par la chef de la diplomatie, Federica Mogherini, le vice-président Frans Timmermans et le commissaire au développement, Neven Mimica – a dévoilé une trilogie de documents sur l’avenir du développement et des dépenses liées à l’aide au développement jusqu’en 2030.

Ils ont pour objectif d’intégrer les nouveaux objectifs pour le développement durable (ODD) de l’ONU dans la stratégie européenne.

>> Lire : Premier bilan annuel en demi-teinte pour les objectifs de développement

Ils devraient par ailleurs établir de nouveaux critères pour la relation du bloc avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) en matière de commerce et de coopération, ainsi que mieux coordonner la politique de développement européenne entre la Commission, les États membres, le Parlement et les politiques nationales en la matière.

Le nouveau et tant attendu consensus sur le développement se penche sur les dépenses, le raisonnement et les priorités de l’aide publique au développement pour la période 2015-2030. Ce traité largement argumenté se concentre principalement sur les ODD, l’éradication de la pauvreté, la jeunesse et l’égalité des genres.

Controverses

Aussi idéalistes soient ces engagements, ils recouvrent aussi des thèmes plus controversés comme le mélange des financements publics et privés, la « sécurisation » de l’aide (travailler avec des militaires dans des circonstances exceptionnelles) et les fonds fiduciaires visant à juguler la « migration illégale ».

Une plus grande participation du secteur privé grâce à un mélange de garanties, de fonds propres et autres « instruments financiers innovants » risque toutefois d’inquiéter ceux qui trouvent déjà que le développement ne peut pas être synonyme de profit.

Même si le document étale une longue liste de promesses et d’engagements plutôt que des actions concrètes, il est important car, comme l’a rappelé Federica Mogherini, l’UE est le plus grand donateur du monde.

« Investir dans les personnes en dehors de nos frontières, c’est investir pour notre propre avenir », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse à Strasbourg. « Ce n’est pas de la charité, ce n’est pas seulement parce que nous sommes ‘bons’ ou que nous voulons nous sentir bien. C’est dans notre intérêt d’investir dans l’avenir des autres. »

Ne serait-ce qu’en raison des actuelles prévisions de croissance, qui estiment que l’Afrique devra créer 18 millions d’emplois supplémentaires chaque année jusqu’en 2035 pour que sa jeune population en hausse ait du travail.

La position de l’UE tranche nettement avec celle de la Chine, et dans une moindre mesure avec celle de la Russie, dont les investissements et intérêts en Afrique ne s’accompagnent pas d’une aide au développement et encore moins d’une réflexion sur les droits de l’Homme.

Neven Mimica a reconnu que les annonces faites au sujet des pays ACP étaient seulement des éléments de base et qu’il y aurait de plus amples discussions avec les États membres de l’UE et le Parlement européen avant de présenter des « propositions concrètes l’année prochaine ».

Lors d’une rencontre ministérielle cette année à Dakar, au Sénégal, les désaccords étaient déjà profonds entre l’UE et les pays ACP. L’enjeu est l’avenir de l’accord de Cotonou, signé en 2005, qui est en vigueur jusqu’en 2020 et réglemente principalement les subventions, les droits de douane, les préférences commerciales et du marché avec ces économies émergentes.

À l’inverse, les ODD sont une série de 17 critères adoptés par l’ONU en septembre 2015 pour remplacer les objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Cet éventail d’engagements aborde le changement climatique, l’égalité des genres, l’éradication de la pauvreté et les opportunités économiques pour les jeunes.

« C’est un mélange complet et intégré de développement et de politique étrangère et nous devons le mener à bien dans tous les domaines », a déclaré Frans Timmermans.

Largement applaudi, malgré quelques sceptiques

Le pot-pourri de propositions a largement été salué par la communauté des ONG, qui a toutefois rappelé que certaines choses manquaient au document.

« Le point positif est que la Commission propose aux États membres de travailler plus étroitement avec l’UE sur des analyses partagées, des stratégies communes, des programmes conjoints, etc. Il est grand temps d’avoir une politique de développement européenne harmonisée plutôt que 28 contre un », a déclaré la porte-parole des Verts au Parlement européen, Maria Heubuch. « Le point négatif est que le projet de consensus reflète l’actuel changement de paradigme : le développement n’est plus synonyme de partenariat, mais d’intérêts propres et les principes comme la propriété et la responsabilité mutuelle ne compte plus. »

Caritas, l’organisation caritative catholique, s’inquiète quant à elle de la place de la migration dans le projet. Caritas craint particulièrement que la politique de développement soit subordonnée aux inquiétudes européennes sur la gestion de la migration.

>> Lire : La crise des réfugiés chamboule l’aide au développement

L’ONG a souligné que la lutte contre la migration et aux déplacements forcés nécessitait une série de mesures pour réduire la pauvreté, prévenir les conflits, protéger les migrants, promouvoir l’éducation et l’emploi et réinstaller les réfugiés.

Pour Oxfam, qui avait déjà mis en garde contre des « lignes rouges » en matière de financements privés et de migration par exemple, est l’ONG qui a réagi le plus positivement, affirmant que ces lignes rouges avaient été respectées.

« Je suis ravie de voir que la proposition met l’éradication de l’extrême pauvreté et les inégalités au centre de l’action des institutions européennes et des États membres », a déclaré Natalia Alonso, directrice adjointe du plaidoyer de l’ONG. « Les États membres ne doivent pas diluer cette proposition ambitieuse qui reflète l’opinion d’un majorité des citoyens européens : presque trois quarts d’entre eux affirment que s’attaquer à la pauvreté dans les pays en développement devrait être l’une des priorités de l’UE. »

Avis négatifs

Le groupe de coordination le plus radical, SDG Watch Europe, qui avait déjà consulté de précédentes ébauches du plan, s’attendait à ce qu’il soit « extrêmement décevant ».

Le document ne donne presque aucune nouvelle information sur la manière dont l’UE compte faire de l’Agenda 2030 une réalité en Europe ou dans le monde. Il s’agit simplement d’une justification du statu quo, qui ne délivre aucun engagement ambitieux sur la nouvelle stratégie mondiale.

SDG Watch Europe appelle aussi à « un plan clair pour la mise en place d’objectifs et de délais clairs », ce que le document ne semble pas fournir.

Par ailleurs, les textes ne font aucune mention spécifique du Brexit, alors que le Royaume-Uni est l’un des plus gros donateurs de l’UE, et l’un des seuls pays à attribuer 0,7 % de son PIB à l’aide au développement.

Lors de la conférence de presse, Federica Mogherini a souligné que si les 28 États membres suivaient cet exemple, le total des dépenses liées à l’aide au développement pourrait plus que doubler.

Plus d'information

Commission européenne

New European Consensus on Development (en anglais)