L’état de droit décline dramatiquement en Afrique

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En Afrique, la gouvernance ne s’est pas améliorée ces dix dernières années, avec une nette détérioration de la sécurité et de l’état de droit.

Publié le 3 octobre, l’indice Ibrahim sur la gouvernance en Afrique, l’étude la plus complète en son genre, couvre 37 des 54 États africains, soit 70 % de la population du continent. L’étude se penche notamment sur la sécurité, les droits de l’Homme, la stabilité économique et le développement humain, et révèle que depuis 2006, l’état de la gouvernance s’est détérioré en général.

La Mauritanie est première au classement, suivie par le Botswana, le Cap Vert, les Seychelles et la Namibie. Trois des dix premiers pays ont cependant vu leur score dégringoler ces dix dernières années, et tout particulièrement l’Afrique du Sud et le Ghana.

L’indice dévoile par ailleurs une tendance à la baisse inquiétante dans la catégorie de l’état de droit. Ainsi, dans 33 des 54 pays, l’état de droit s’est réduit, une baisse conséquente dans quinze d’entre eux. Des dix premiers pays du classement, six ont chuté dans cette catégorie, C’est l’Afrique du Sud qui enregistre le plus beau déclin. Le pays le plus industrialisé du continent est à la limite de la récession, avec des pénuries chroniques d’électricité et un chômage élevé.

Le Zimbabwe, le Rwanda et l’Éthiopie, où le non-respect des droits de l’Homme et de la liberté d’expression continue d’inquiéter la communauté internationale, se sont néanmoins placés en haut de la liste des pays qui se sont le plus améliorés en termes de gouvernance générale depuis 2006, principalement grâce à des avancées dans le secteur agricole. Malgré cette amélioration, le Zimbabwe (9,7 points de plus qu’en 2006) se situe toujours à la 39ème place sur 54. Le Rwanda (plus 8,4 points) est le seul pays à figurer à la fois dans les dix plus nettes améliorations et dans les dix premiers pays de la liste globale.

La Côte d’Ivoire est l’État qui a le plus progressé en général, avec une amélioration de 13 points, suivie du Togo et du Zimbabwe (9,7). La liste des pays qui se sont le plus améliorés est donc composée de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Zimbabwe, du Rwanda, du Libéria, de l’Éthiopie, du Niger, du Maroc, du Kenya et de l’Angola.

L’indice Ibrahim a été publié pour la première fois en 2007 et évalue tous les ans la gouvernance au sein du continent africain, grâce à différentes sources d’information, dans le but d’encourager les politiques efficaces.

Mo Ibrahim, homme d’affaires spécialisé dans les télécoms et fondateur de la Fondation Mo Ibrahim, a indiqué que les progrès mesurés reflétaient une tendance positive pour les deux tiers des citoyens, mais que la sécurité restait le défi le plus difficile à relever. « Les quatre éléments de la catégorie sécurité et état de droit se sont détériorés […], freinant le progrès du continent, et cela reste le plus grand défi pour l’avenir », a-t-il déclaré.

Le Professeur Ngaire Woods, doyen de l’école Blavatnik de gouvernance, a considéré qu’il était trop facile de dire que les améliorations étaient modestes. « Il y a des avancées, et dans des domaines où nous ne pensions pas qu’il pouvait y en avoir. Il y a dix ans, personne ne pensait que c’était possible », assure-t-il.

Les améliorations concernent notamment le secteur rural, ainsi que la démarginalisation des femmes, bien que cela ne touche pas encore leur pouvoir économique.

« Les deux tendances à la baisse s’inscrivent dans les secteurs de la sécurité nationale et de l’état de droit. Une grande partie de cette chute de sécurité nationale est liée à la Libye. L’implosion de la Libye a déchainé toute une série de conséquences pour le Mali, le Nigéria et le Niger », ajoute le professeur.

L’indice fournit un « tableau de bord » permettant aux gouvernements, citoyens, investisseurs et société civile de voir comment fonctionne leur pays, indique-t-il.

Les trois dégringolades les plus impressionnantes ont été réalisées par la Libye (moins 18 points depuis 2006), Madagascar (-7,6) et l’Érythrée (-5,6). Tout en bout de classement, on retrouve la Somalie, le Sud-Soudan, le Soudan, la République centrafricaine et la Libye (51ème des 54).

Autres tendances troublantes, l’Afrique dans son ensemble perd 10,6 points pour le trafic d’êtres humains et 8,7 points dans les indices de corruption et de bureaucratie. Ces derniers indicateurs sont fournis par la Banque mondiale et mesurent la probabilité de se voir confronté à des fonctionnaires corrompus, ainsi que le volume et le poids de la paperasserie dans les nations. Près de la moitié du continent – 24 pays – ont atteint leur plus bas depuis le lancement de l’indice, avec 15 États perdant plus de 20 points sur ce sujet depuis 2006.

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Fondation Mo Ibrahim