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22/01/2017

A Nairobi, l’aide au développement se penche sur l’enjeu de l’inclusion

Aide au développement

A Nairobi, l’aide au développement se penche sur l’enjeu de l’inclusion

L’Agenda 2030 vise à éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes.

[Anton_Ivanov/ Shutterstock]

3 000 délégués de 150 pays se sont réunis à Nairobi pour partager leur expérience de gestion de la coopération au développement. Pour être efficace, l’aide au développement devrait plus se concentrer sur l’enjeu de l’intégration.  Un article d’EurActiv Allemagne.

Après des sommets à Rome, Paris et Accra (capitale du Ghana), la coopération au développement s’est transformée en 2011 en Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement. La première rencontre de ce partenariat a été organisée à Mexico en 2014. Le Kenya organise actuellement la seconde.

Réunissant des chefs d’État et de gouvernement, des ministres, des responsables d’organisations internationales, des entreprises et la société civile, le forum cherche, au fil des années, à célébrer la réussite de la coopération au développement entre les pays développés et en développement tout en réglant les contretemps vis-à-vis du respect des engagements.

Pousser les pays en développement à s’intégrer à la coopération au développement, se concentrer sur les résultats, et encourager des partenariats inclusifs, de la transparence et de la responsabilité entre les partenaires sont ses objectifs phares.

>> Lire : Premier bilan annuel en demi-teinte pour les objectifs de développement

Tout n’est pas simple puisque le partenariat fait face à des vents contraires, comme les financements tardifs des pays développés et le détournement de fonds par certains secteurs des pays en développement, ce qui a ralenti la réduction de la pauvreté.

Un rapport 2016 de Concord, la confédération européenne d’ONG pour le secours et le développement, indique que l’Union européenne a encore échoué à respecter son engagement de dépenser 0,7 % du RNB dans l’aide au développement. Seuls les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Luxembourg, le Danemark et la Suède ont tenu leurs promesses, laissant ainsi un déficit de 36,9 milliards d’euros d’aide que l’UE a promis aux pays en développement, mais n’a jamais versés. Le rapport montre aussi que 17 % des aides totales de l’UE destinées au développement durable sont finalement utilisés pour couvrir les coûts des donateurs et les paiements d’intérêts.

« Le sommet de Nairobi est l’occasion pour les dirigeants européens d’accélérer et de faire preuve de leadership sur l’efficacité de l’aide et du développement. Mettre en place des objectifs et des plans clairs pour leur mise en application est l’un des meilleurs moyens d’y parvenir – cela permettrait de montrer aux pays partenaires que nous sommes sérieux et que nous tenons nos promesses », a déclaré Izabella Toth, membre de la direction de Concord.

La rencontre de cette année est cruciale puisqu’elle a lieu un an à peine après la troisième conférence internationale sur le financement du développement, qui a permis d’exposer certains des piliers sur lesquels se repose la réunion pour mettre en place un partenariat pour le développement.

Elle célèbre également les un an de l’adoption de l’Agenda 2030 par les États membres des Nations unies, qui vise à éradiquer la pauvreté dans toutes ses formes d’ici les 14 prochaines années. La réunion de Nairobi tombe donc à point nommé pour essayer de passer de la théorie à la pratique.

La rencontre a lieu sur deux jours de sessions préparatoires et deux jours de discussions intensives et de haut niveau. Un document final orientera la procédure de mise en place des ODD d’ici à 2030. Il énoncera précisément le rôle de chaque acteur du développement afin de parvenir à un développement durable.

Le forum se déroule sur fond de menaces, comme le changement climatique, qui force des millions de familles à fuir, notamment dans les pays en développement, et fait perdurer le cycle de la pauvreté.

Pour ne pas céder au désespoir, une majorité de gens, surtout les jeunes, cherchent des alternatives précaires, comme la radicalisation dans des groupes extrémistes ou la recherche de meilleures conditions dans les pays développés, ce qui mène à l’actuelle crise des réfugiés.

>> Lire : «800 millions de personnes se couchent le ventre vide tous les soirs»

« Voilà pourquoi ce forum met l’accent sur l’inclusion, pas seulement pour les pays dans le monde en développement, mais aussi pour les femmes et les jeunes, qui sont souvent les plus marginalisés. Cette rencontre permet de nous assurer qu’ils sont au cœur de tout le programme et de tout le processus décisionnel si nous devons actualiser les objectifs de développement durable », a expliqué Violet Muhaso, responsable du plaidoyer sur l’égalité des genres.

« Je suis un leader des jeunes depuis plus de dix ans. J’ai participé à de nombreuses rencontres. Nous entendons souvent que les partenaires pour le développement et les pays développés ont accordé des fonds à des programmes destinés aux femmes et aux jeunes, mais nous sommes toujours dans la même situation, voire pire. Je voudrais d’abord comprendre où se fait la déconnexion dans le versement de l’aide et ensuite proposer une manière plus inclusive d’acheminer cette aide au développement pour faire face à des problèmes majeurs comme la pauvreté », a déclaré Caleb Sihanya, un jeune responsable de l’ouest du Kenya.

Selon lui, des nouveaux programmes plus stricts de responsabilisation devraient être établis et l’aide ne devrait pas seulement passer par les gouvernements, mais plutôt par le secteur privé et les organisations tournées vers la communauté pour réellement voir un changement.

Melissa Rethabile, déléguée d’Afrique du Sud est du même avis. « Nous ne pouvons pas continuer sur cette vieille rhétorique d’aide pour l’Afrique et les pays en développement. La situation n’a pas changé. On reproduit sans cesse la même chose en attendant des résultats différents. Il est temps de repenser l’efficacité de la distribution de l’aide », a-t-elle martelé.

Il y a cependant une lueur d’espoir. L’UE a déjà adopté une position commune pour garantir une mise en place rapide et un impact élevé et qui met l’accent sur l’investissement permettant de changer la vie des personnes les plus pauvres en assurant simplement le développement durable.

« En travaillant avec des entreprises privées pour investir notamment en Afrique, nous nous assurons que leurs investissements contribuent au développement durable de chaque pays. Notre proposition est un plan d’investissement externe de 44 milliards d’euros pour l’Afrique et le voisinage », a déclaré Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE lors de la présentation du nouveau consensus sur le développement.

>> Lire : Réactions mitigées face à la nouvelle stratégie de l’UE pour le développement

Les délégués insistent sur le fait que le sommet de Nairobi permettra de définir le rythme de mise en place de cette coopération. « Les enjeux sont élevés et les délégués ont la responsabilité de trouver des solutions pratiques et structurées pour garantir une mise en application rapide et inclusive des ODD. Cette rencontre est cruciale pour déterminer le rythme avec lequel nous actualiserons et nous réaliserons ces objectifs », a déclaré Patrick Kimuyu, ministre kenyan des Affaires étrangères.