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04/12/2016

Verhofstadt souhaite un nouveau sommet extraordinaire sur l’immigration

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Verhofstadt souhaite un nouveau sommet extraordinaire sur l’immigration

Bruxelles exhortent les États membres à passer à l’action, alors que Guy Verhofstadt demande l’organisation d’un sommet extraordinaire, après une énième catastrophe en Méditerranée.

La Commission européenne a appelé jeudi les dirigeants européens à cesser de « se lamenter » devant le nouveau naufrage meurtrier au large de la Libye et à passer à l’action pour éviter de nouveaux drames.

« Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est du courage collectif de passer des déclarations aux actions concrètes, sinon les mots sonneront dans le vide », a averti l’exécutif bruxellois dans une déclaration commune signée par le vice-président, Frans Timmermans, la haute représentante pour la politique extérieure, Federica Mogherini, et le commissaire aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulmos.

« L’immigration n’est pas un sujet très populaire. Il est plus facile de rester à se lamenter devant son écran de télévision face à de telles tragédies que de prendre ses responsabilités et d’agir », ont ajouté les trois responsables.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait été tout aussi incisif mercredi dans un entretien accordé à l’AFP. « Les ministres ont obligation d’agir », avait-il affirmé.

Dans une lettre adressée au président du Conseil, Donald Tusk, le chef de file des eurodéputés libéraux de l’ALDE, Guy Verhofstadt, a souligné qu’il était « urgent » que l’UE s’adapte à la crise de l’immigration et aux pressions croissantes qui s’exercent aux frontières extérieures du bloc.

>> Lire : Levée de boucliers contre les migrants en Europe

La crise ne cesse de s’accentuer

Plus de 180 000 immigrants ont traversé la Méditerranée en direction de l’Union européenne depuis le mois de janvier. On estime à plus de 2 000 le nombre de décès en mer, un chiffre qui ne cesse d’augmenter étant donné les conditions très précaires de la traversée.

Un sommet européen extraordinaire sur le sujet a eu lieu au mois d’avril, mais la situation continue de dégénérer.

Le 5 août, plus de 360 immigrants ont été secourus au large des côtes libyennes par les garde-côtes italiens après le naufrage de leur bateau. Il y aurait 200 disparus.

Parallèlement, de nouvelles opérations de secours ont eu lieu jeudi, mettant à l’abri plus de 1 130 migrants en détresse sur quatre embarcations différentes.

Lors de l’une de ces opérations, deux bateaux de Médecins sans frontières ont réussi à secourir plus de 600 personnes paniquées massées à bord d’un bateau de pêche similaire à celui qui a coulé mercredi, et qui menaçait lui aussi de se retourner à tout moment.

Une réaction « pitoyable »

« Si nous avions besoin d’un rappel de l’inadéquation du système d’asile et d’immigration européen, les morts de Calais et de la Méditerranée en témoignent », écrit Guy Verhofstadt à Donald Tusk.

L’ancien Premier ministre belge souligne que la seule façon de prendre le dessus de la situation est de mettre en place une « solution efficace paneuropéenne », dans laquelle chaque pays partagerait une part du fardeau. Cette solution doit « aller plus loin que la réaction pitoyable prévoyant la réinstallation de 40 000 immigrés arrivés en Grèce ou en Italie », ajoute-t-il, en référence à la proposition avancée lors du sommet extraordinaire d’avril.

Le dirigeant d’ l’ALDE préconise une plus grande solidarité entre les États membres, des mesures plus fortes pour empêcher l’immigration clandestine, et notamment une politique de retour volontaire renforcée,  et l’ouverture de plus de canaux d’immigration légale.

« Ni les autorités françaises, ni les autorités britanniques ne sont capables de résoudre la crise actuelle à Calais », qui a refroidi les relations entre Londres et Paris, déplore-t-il.

Guy Verhofstadt souhaite également que le règlement de Dublin soit remplacé par un « système d’asile européen centralisé, qui réparti les véritables réfugiés plus équitablement dans les pays européens ».

Le règlement de Dublin prévoit que les demandeurs d’asile introduisent leur demande dans le premier pays européens où ils arrivent. Ils peuvent ensuite être renvoyés vers ce premier pays s’ils tentent de s’installer dans d’autres pays européens. Ce système engendre une pression extraordinaire l’Italie, la Grèce, ou la Hongrie où arrivent énormément de migrants.

Guy Verhofstadt estime également que l’UE doit « s’attaquer aux causes du problème » en exigeant des réformes dans les pays d’origine des immigrants et en fournissant une aide au développement plus efficace.

Rejoignant les propos de Jean-Claude Juncker, qui exhortait les États membres à ne pas céder au populisme, Guy Verhofstadt a enjoint les dirigeants nationaux à ne pas « succomber au nationalisme, à la désignation de coupable et à la construction de barricades ». « Nous, Européens, savons mieux que quiconque qu’ériger des murs ne constitue pas une solution à quoi que ce soit », conclut-il.

La Commission pousse les États à l’action

En avril, la Commission européenne a soumis aux dirigeants européens une série de propositions pour freiner les départs des migrants, empêcher qu’ils ne s’adressent aux passeurs pour tenter une traversée de la Méditerranée parfois mortelle, les sauver, les accueillir, traiter leurs demandes d’asile et renvoyer ceux qui ne peuvent rester dans l’UE.

Un accord a été trouvé entre les 28 pour renforcer les moyens de surveillance des frontières maritimes et terrestres de l’UE et traquer les passeurs. Mais les propositions pour faciliter l’immigration économique dont l’UE a besoin ont été rejetées et les mesures de solidarité entre les États membres pour le traitement des demandes d’asile ont été bloquées.

>> Lire : Le Conseil européen rejette les conseils de Juncker sur l’immigration

Jean-Claude Juncker a dit être déçu par ces échecs, mais a assuré qu’il ne renoncerait pas à défendre ses propositions. « Il n’y a pas de bonne politique en la matière. Il faut essayer de jeter des ponts entre les idées nobles et la réalité des différentes situations politiques dans les États membres », a-t-il souligné.

« Si au lendemain d’un naufrage en Méditerranée, vous saisissez les États membres d’une proposition ambitieuse et que vous leur demandez de décider dans la journée, la décision serait prise », avait-il souligné lors d’un entretien accordé la veille du nouveau naufrage au large de la Libye.

>> Lire : La Commission force les États membres à agir face à la crise de l’immigration

Contexte

En avril, la Commission européenne a soumis aux dirigeants européens une série de propositions pour freiner les départs des migrants, empêcher qu'ils ne s'adressent aux passeurs pour tenter une traversée de la Méditerranée parfois mortelle, les sauver, les accueillir, traiter leurs demandes d'asile et renvoyer ceux qui ne peuvent rester dans l'UE.

Un accord a été trouvé entre les 28 pour renforcer les moyens de surveillance des frontières maritimes et terrestres de l'UE et traquer les passeurs, mais les propositions pour faciliter l'immigration économique dont l'UE a besoin ont été rejetées et les mesures de solidarité entre les États membres pour le traitement des demandes d'asile ont été bloquées.

>> Lire : Le Conseil européen rejette les conseils de Juncker sur l'immigration

Dans un contexte migratoire de plus en plus tendu, et après une énième catastrophe en Méditerranée début août, la question est à nouveau soulevée.

>> Lire : Levée de boucliers contre les migrants en Europe