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30/09/2016

L’Ethiopie ne reçoit aucun argent européen

Aide au développement

L’Ethiopie ne reçoit aucun argent européen

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Le gouvernement éthiopien ne reçoit pas d’argent du Fonds fiduciaire d’urgence en faveur de l’Afrique, a assuré la Commission le 6 septembre, en réponse aux associations de défense des droits de l’Homme qui ont annoncé que plus de 400 personnes ont été tuées dans les confrontations avec le gouvernement.

Le Fonds fiduciaire d’urgence (ETF) a été mis en place l’an dernier, lors du sommet de La Valette sur la migration, dans un effort pour réduire les effets d’attraction à l’origine de la migration incontrôlée de l’Afrique subsaharienne vers l’Europe.

L’Éthiopie et son gouvernement stable et pro-occidental est l’un des principaux bénéficiaires du Fonds fiduciaire qui contribue à l’amélioration des opportunités et du niveau de vie dans certains pays les plus pauvres du monde.

Néanmoins, Addis Abeba a longtemps été pointé du doigt pour le traitement infligé aux Oromos, la population ethnique de la région d’Oromia, qui encercle la capitale.

Depuis novembre 2015, à la signature de l’ETF par le président de la Commission Jean-Claude Juncker, près de 400 personnes ont perdu la vie lors de manifestations sous les coups des forces de l’ordre du gouvernement éthiopien, a rapporté l’ONG new-yorkaise, Human Rights Watch. Des milliers d’autres ont été arrêtées.

 

Vidéo : Human Rights Watch

Amnesty International a d’ailleurs estimé que plus de 100 personnes sont mortes au cours d’une démonstration ayant eu lieu début août.

Cette semaine, la situation a encore empiré : au moins 23 détenus ont succombés dans un incendie qui s’est déclaré dans une prison où se trouvaient vraisemblablement des manifestants.

Les images ont montré la fumée qui s’élève du bâtiment, mais les médias locaux cités par la BBC ont rapporté que des coups de feu provenant de la prison de Qilinto ont été entendus.

Interrogé sur la position de l’exécutif concernant l’agitation de l’un de ses partenaires principaux en Afrique subsaharienne, et si les subventions de l’ETF seraient revues, voire suspendues, un porte-parole de la Commission a répondu qu’Addis Abeba ne recevait aucun argent directement, ainsi qu’aucune agence gouvernementale.

« En ce qui concerne le Fonds fiduciaire d’urgence en faveur de l’Afrique, il est important de retenir que les financements ne passent pas par les structures gouvernementales des États bénéficiaires. Bien sûr, cela vaut également pour l’Éthiopie. », a-t-il déclaré.

>> Lire : L’UE soutient le peuple éthiopien aujourd’hui et demain

L’Éthiopie, allié privilégié de Washington, est entouré d’États en difficulté, comme le Soudan du Sud, la Somalie ou l’Érythrée. Cette année, elle a dû faire face à la sécheresse la plus difficile en 50 ans, bien plus grave que la famine de 1984-1985, exacerbé par le phénomène d’El Niño.

Les relations du pays africain avec les agences d’aide au développement et les ONG majeures sont compliquées. Certaines d’entre elles se plaignent que pour agir au sein du pays, il faut éviter toute critique du gouvernement.

Le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Dessalegn, s’est offusqué à l’annoce des chiffres de Hulan Rights Watch, bien qu’il a admis qu’il y avait eu des morts au cours des démonstrations, précisant que l’agitation était due aux « révoltes illégales et [aux] attaques criminelles ».

Lors du point de presse du 30 août, le Premier ministre a souligné que le gouvernement avait « la responsabilité de maintenir l’ordre et le respect de la loi ».

« Le gouvernement n’abrogera jamais sa responsabilité pour conserver la paix, l’ordre et le respect des lois. Il n’autorisera pas les démonstrations illégales, les conflits violents ou la pauvreté perturbant dans certains pays », a-t-il ajouté.

Hailemariam Dessalegn a également maintenu que les démonstrations pacifique sont autorisées par la constitution éthiopienne, si la durée et la localisation ont été approuvé au préalable et que ces événements restent pacifiques et « ne dérangent pas les activités publique ou civiles ».

Il a en outre critiqué le New York Times et le Financial Times pour des articles publiés récemment qui, selon lui, donnait la part belle aux États-Unis ou dénigrait les capacités économiques du pays.

Bien qu’aucun événement particulier ne semble avoir déclenché les dix derniers mois de manifestation en Éthiopie, les Oromos se sont opposés au projet d’élargissement de la ville et dénoncent le gouvernement, mené essentiellement par le groupe Tigray, originaire d’Éthiopie du Nord, qui les aurait dépossédés.

>> Lire : Mimica : «il faut lier migration et aide au développement en Afrique»

Les Oromos ont été au centre de toutes les discussions cet été, puisque l’athlète Freyisa Lilesa a dépassé la ligne d’arrivée  les bras croisés, en signe de protestation, aux JO, avant de demander le droit d’asile à l’étranger.

Un porte-parole de la Commission a déclaré que « l’UE suit de très près la situation des droits de l’Homme en Éthiopie. Grâce à ses contacts politiques haut-placés, l’UE échange régulièrement avec le gouvernement éthiopien sur ses inquiétudes. »

« Elle fournira également des aides spécifiques pour préserver les droits de l’Homme dans le pays, notammenet grâce au Fonds pour la société civile de l’UE. Nous pensons que la combinaison d’un dialogue constructif et d’une aide au développement ciblée permettra des changements positifs dans le respect de droits de l’Homme en Éthiopie, et dans sa région. », a-t-il ajouté. « Les secteurs-clés qui inquiètent  concernent les droits de l’Homme, la paix et la stabilité au sein du pays, ainsi que les migrations irrégulières et les déplacments. »

Récemment, le gouvernement éthiopien a commencé à augmenter son attractivité en tant que destination touristique internationale.

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