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04/12/2016

Les menaces de Trump sur l’aide au développement des États-Unis inquiètent

Aide au développement

Les menaces de Trump sur l’aide au développement des États-Unis inquiètent

L’aide au développement risque d’être mise sous assistance respiratoire lorsque Donald Trump prendra ses fonctions. [Matt Tempest/Flickr]

[Matt Tempest/Flickr]

Craignant que Donald Trump coupe drastiquement les aides américaines et retire les États-Unis de l’aide au développement mondiale, les ONG se demandent quel sera l’impact de sa présidence. Un article de notre partenaire le Guardian.

Suite à une campagne où le candidat républicain a très peu parlé de l’aide au développement, la promesse « d’arrêter d’envoyer de l’aide aux pays qui nous détestent et d’utiliser notre argent pour reconstruire nos tunnels, nos routes, nos ponts, nos écoles » constitue une des seules indications sur les intentions du président élu.

Le magnat de l’immobilier n’a pas non plus lésiné sur les Américains qui ont attrapé le virus Ebola en soignant des patients en Afrique occidentale. Il leur a déclaré qu’il se pourrait qu’ils ne puissent pas rentrer et a ajouté : « les gens qui partent si loin pour aider sont géniaux – mais doivent en subir les conséquences ! »

Pour certains, Donald Trump à la Maison-Blanche menace l’existence même de l’agence américaine pour le développement international (USAID), l’organisation du gouvernement qui gère l’aide au développement, et qui a bénéficié du mandat de Barack Obama.

« Instinctivement, je crains qu’il existe un risque de voir l’USAID supprimée ou réduite et renvoyée au département d’État », a commenté Alex Thier, ancien fonctionnaire à l’USAID lors du gouvernement Obama et désormais directeur exécutif de l’Institut britannique pour le développement international (ODI).

Selon lui, il a toujours eu un processus de « va-et-vient » dans la manière dont les administrations démocrates ou républicaines donnent des moyens à l’USAID. Néanmoins, cette fois-ci, un facteur déterminant est de savoir qui Trump choisira en tant que secrétaire d’État.

Jusqu’à présent, les noms mentionnés incluent le diplomate Richard Haas ainsi que Bob Corker, président républicain de la commission affaires étrangères du Sénat. D’autres rumeurs parlent de Newt Gingrich, ancien président de la chambre des représentants qui a déjà appelé à l’abolition de l’USAID.

En 2015, l’aide au développement américaine s’est élevée à 29 milliards d’euros, mais cela ne représente que 0,17 % du RNB. Même si elles sont sous le contrôle de l’administration, les dépenses sont fixées par le Congrès. Donald Trump pourrait ne pas résister à l’opportunité de renforcer son électorat, qui, comme l’ont montré les urnes, ne se rend pas compte que l’aide américaine est plus faible que dans bien d’autres pays.

« L’aide internationale a toujours été très impopulaire aux États-Unis, mais Donald Trump ne pourrait pas être plus populiste et de droite », a affirmé Nadia Naviwala, ancienne chargée de mission à l’USAID et représentante de l’institut de paix des États-Unis au Pakistan.

« L’USAID va avoir du mal à le convaincre que l’argent du contribuable devrait être dépensé dans l’aide au développement à l’étranger. Les arguments de sécurité nationale ne marcheront pas aussi bien qu’il y a dix ans. L’aide n’est pas parvenue à rendre les États-Unis plus sûrs, ce qui est la raison d’être d’une grande partie de l’argent versé aux pays comme l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan. »

Certains observateurs ont toutefois détecté des signes de continuité, notamment en Afrique. Pour Malte Liewerscheidt, analyste en chef dans l’entreprise d’analyse des risques Verisk Maplecroft, il y aura peut-être des coupes, mais le rôle de l’Éthiopie, du Kenya, de la Tanzanie en tant qu’alliés régionaux dans la lutte contre le terrorisme pourrait protéger les aides. La même chose s’applique au Nigéria, qui doit recevoir 600 millions de dollars d’aide américaine cette année.

D’autres signes ont montré la disposition relative de Donald Trump à poursuivre certaines aides. « Peut-être que la meilleure manière d’utiliser nos ressources financières limitées est de s’assurer que chaque personne sur cette terre a accès à de l’eau potable », a-t-il déclaré en septembre, alors qu’il s’était déjà engagé à soutenir Pepfar, le plan d’urgence du président contre le SIDA.

Ceux qui espèrent que les coupes budgétaires dans l’aide au développement n’auront pas lieu peuvent aussi trouver un peu de réconfort dans le soutien bipartisan à la politique de développement. Même en temps de récession et avec un congrès républicain, les dépenses en aide étrangère n’ont pas chuté et une initiative a même été adoptée pour électrifier l’Afrique.

Le bilan à plus long terme est aussi rassurant. « Bon nombre de conservateurs sont arrivés au pouvoir avec une attitude hostile envers l’aide au développement, mais ont vite compris qu’il s’agissait d’un outil essentiel et qu’il fallait apprendre à l’apprécier. Ce fut notamment le cas pour Reagan et George W Bush », a ajouté Alex Thier.

« Plus récemment, ce qui est intéressant est cette véritable révolution ces 10 à 15 dernières années dans l’importance de l’utilisation de l’aide publique au développement en tant que levier d’investissements dans le secteur privé et autres institutions multilatérales. C’est le cas dans la construction d’infrastructures. Ce genre d’idée a-t-elle le potentiel, si Trump place les bonnes personnes aux bons endroits, d’attirer celui qui s’autoproclame « le roi de la dette » et qui insiste sur sa carrière dans la construction ? », a-t-il conclu.