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02/12/2016

Les pays en développement misent sur le tourisme pour combattre la pauvreté

Aide au développement

Les pays en développement misent sur le tourisme pour combattre la pauvreté

Les dirigeants mondiaux ont souligné l’importance du secteur touristique pour stimuler l’économie des pays en développement, lors d’une rencontre à Pékin. Un article de notre partenaire El País – Planeta Futuro.

Chaque jour, trois millions de personnes font leur valise et entreprennent un voyage dans un pays différent du leur. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), ce milliard de voyageurs par an a laissé 1100 milliards d’euros dans les pays de destination en 2015.

Cette industrie représente 10 % du PIB mondial, 7 % des exportations internationales et emploie un travailleur sur onze sur la planète. Selon les prévisions, le tourisme prendra de plus en plus de place grâce à la consommation de ces services par la classe moyenne des pays émergents. Si bien que les dirigeants mondiaux de 107 pays rassemblés lors du Forum mondial du tourisme pour le développement, organisé à Pékin cette semaine, voient dans cette activité une opportunité pour éradiquer la pauvreté, ainsi que pour stimuler l’économie des pays en développement, préserver l’environnement et promouvoir la paix.

Ecotourisme

« Bien géré, le tourisme peut créer des emplois décents, offrir des possibilités d’éducation et aider à protéger l’environnement et le patrimoine culturel, et ce, en plus d’une meilleure compréhension des autres cultures », a signalé Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, dans une lettre lue par Wu Hongbo, sous-secrétaire de cet organisme. À Pékin, les dirigeants se sont donc engagés par écrit à prendre des mesures politiques, entre autres, pour favoriser « l’égalité et l’intégration des minorités marginalisées et défavorisées, surtout les femmes et les jeunes », ainsi que soutenir les petits commerces locaux et l’écotourisme.

« Étant donné le faible niveau de développement de la Chine, peu nombreux sont ceux qui peuvent voyager. Certains sont enfermés dans leurs villages lointains. Mais ces dernières années, les conditions de vie s’améliorent, et beaucoup de Chinois voyagent, car le tourisme n’est plus un luxe, mais un produit de consommation courante », a souligné avec véhémence le Premier ministre chinois Xi Jinping. En effet, le pays asiatique est celui qui envoie le plus de voyageurs dans le monde, avec 120 millions de touristes chinois l’année dernière. Et c’est aussi le second pays le plus visité après les États-Unis et devant l’Espagne et la France.

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Le gouvernement chinois considère néanmoins qu’il peut et doit encore s’améliorer pour recevoir plus de touristes, surtout dans les zones rurales. « Il y a encore beaucoup de pauvreté dans les campagnes chinoises. Pourtant, elles ont des ressources naturelles très abondantes et pourraient profiter du tourisme pour transformer leur situation économique, mais aussi élargie leur vision du monde et leur mentalité », a affirmé le dirigeant chinois.

Le pari chinois

C’est pour cela, a-t-il ajouté, que l’investissement de l’État dans la promotion du tourisme a augmenté de 40 % en 2015 par rapport à l’année précédente, pour atteindre 1 milliard de yuans (136,5 millions d’euros). Pour les prochaines années, Li Jinzao, responsable du tourisme en Chine, a annoncé que son cabinet mettra sur pied 50 programmes avec 1 500 bourses pour former du personnel administratif et des guides en langue chinoise pouvant suivre les citoyens lors de leur voyage.

De la même façon, José Gustavo Santos, ministre de ce même secteur en Argentine, a estimé que « le grand avantage du tourisme est qu’il atteint des endroits qu’aucun autre secteur économique ne peut atteindre ». Selon lui, c’est la seule industrie possible pour les populations isolées vivant dans des situations précaires. L’Argentin a pour sa part annoncé un projet de construction d’infrastructures dans le nord du pays, une région « dix fois moins développée que le reste du territoire », pour que les entreprises privées puissent exploiter la zone, pour encourager le tourisme et ainsi contribuer à l’objectif national de pauvreté zéro.

« Mais dans la pratique, comment faire pour que les citoyens et les communautés soient ceux qui bénéficient du profit généré par le tourisme ? », a demandé Martin Barth, président du Forum du tourisme de Lucerne (Suisse). Les dirigeants ont répondu d’une seule et unique voix que la création d’emplois bénéficiait aux populations. « Ce projet doit être endogène », a insisté José Gustavo Santos.

Populations les plus pauvres

« Il ne s’agit pas d’aider les classes moyennes, mais les populations les plus pauvres. La question est de savoir comment va être utilisé le dollar que laisse le touriste. Va-t-il rester dans un hôtel de luxe ou parviendra-t-il à la population ? Utilisera-t-on cet argent pour vacciner par exemple ? », s’est interrogée la Sud-coréenne Dho Young-Shim, présidente de l’organisation ST-EP de l’ONU. « Il faut une redistribution des bénéfices », a-t-elle elle-même répondu. Une tâche qui selon elle, est de la responsabilité des différents niveaux de l’administration via l’imposition de taxes et une législation adaptée.

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Selon la vice-ministre de l’Économie de Géorgie, Ketevan Bochorishvili, il est crucial de promouvoir l’entrepreneuriat. « Il ne s’agit pas seulement de travailler pour les autres, les gens doivent aussi créer leur propre emploi. » Pour cela, elle a appelé à la créativité des institutions publiques pour encourager les communautés à développer leurs propres entreprises. « Jusqu’à présent, nous n’avons pensé qu’à l’innovation pour attirer plus de touristes », a-t-elle critiqué. « Dans mon pays, nous avons des projets de microcrédits pour que les gens puissent créer des petits commerces et services. »

Au-delà des déclarations de bonnes intentions, la nécessité de mesurer l’impact réel du tourisme dans la réduction de la pauvreté a été soulignée. Des emplois dignes et stables ne sont pas toujours créés, et les difficultés sont nombreuses. En 2011, l’organisation internationale du travail (OIT) alertait déjà dans son Guide pratique sur la réduction de la pauvreté grâce au tourisme, des risques de l’extrême dépendance au tourisme pour les populations qui, en cas de chute drastique des voyageurs pour des situations de violence, de terrorisme ou de catastrophes climatiques, se retrouvent démunis.

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Une situation bien connue en Égypte, où l’instabilité et la sensation d’insécurité pour les voyageurs avaient accablé le secteur. Faute de connaître la cause de l’accident de l’avion d’Egypt Air, le tourisme ne risque pas de remonter la pente de sitôt. « Le ministre du Tourisme m’a immédiatement appelé parce que la prochaine réunion du Conseil exécutif de l’organisation mondiale du tourisme aura lieu à Louxor en novembre », a révélé Taleb Rifai, secrétaire général de cet organisme. Face à la peur du ministre égyptien, qui craignait que l’événement soit annulé, Taleb Rifai lui a répondu : « Nous n’annulerons sous aucun prétexte. Nous viendrons et nous dirons au monde : venez. Regardez, nous sommes ici ».

« Aucun pays au monde n’est sûr aujourd’hui. Quand ce genre de choses arrive, il est de notre responsabilité d’aider les pays touchés », a déclaré Taleb Rifai. Pour cela, il appelle les gouvernements à ne pas demander à leurs citoyens de ne pas se rendre dans certains pays, mais au contraire, d’aider à la reprise du tourisme. Une logique qui doit aussi s’appliquer quand les tremblements de terre, les tsunamis ou les ouragans rasent tout sur leur passage dans des pays où l’économie est précaire et hautement dépendante des voyageurs. « La majorité des pays ont des plans de crises, mais n’incluent généralement pas le tourisme dans ce plan. » Or l’OMT et les États doivent changer cela.

El País - Planeta Futuro