G20 : et l’Afrique ?

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[One France]

Très peu représentée au G20 puisque une seul pays, l’Afrique du Sud, en fait partie, l’Afrique devrait être une préoccupation majeure des grandes puissances.

Friederike Röder est directrice de l’ONG One France.

Les dirigeants du G20 se réunissent aujourd’hui pour un sommet extraordinaire à plus d’un titre. Ce sommet s’ouvre sur fonds de divergences politiques et idéologiques sur un nombre anormalement élevé de sujets – climat, énergie, migrations, commerce, famines – autant de tensions accentuées par l’échec du G7 en Sicile.

Mais s’il sort particulièrement de l’ordinaire, c’est aussi car c’est le premier sommet du G20 qui a mis l’Afrique au cœur de son agenda. Très peu représentée dans cette instance internationale – seule l’Afrique du Sud faisant partie des heureux élus – deux de ses plus hauts représentants, Macky Sall, président du Sénégal mais également du Nepad, et Alpha Condé, président de la Guinée mais également de l’Union africaine, ont été invités à participer pour la première fois. Le continent africain tient donc une place d’honneur au sommet, fait extraordinaire s’il en est.

Cette présence ne doit rien au hasard. La population africaine va doubler d’ici à 2050 pour atteindre au moins 2,5 milliards d’habitants, et la moitié de cette population aura moins de 25 ans. L’Afrique est en passe de devenir le continent le plus dynamique et le plus jeune de la planète. Cette explosion démographique représente certes le plus grand défi, mais aussi la plus grande opportunité du siècle. La croissance démographique du continent africain pourrait bien devenir le moteur de la croissance économique et sociale mondiale dans les années à venir – et qui pourrait être mieux placé pour saisir cette opportunité que le G20 lui-même ?

La présidence allemande a fait le premier pas, sans doute le plus important. A travers son « Partenariat avec l’Afrique », discuté lors de la réunion du G20 le mois dernier à Berlin, Angela Merkel, cheffe temporaire du club des puissances mondiales, semble avoir compris qu’une solution à long terme aux problèmes de migrations, de terrorisme et de changement climatique sera introuvable sans un véritable partenariat avec l’Afrique. Aux autres maintenant de suivre, car un partenariat ne serait être efficace si toutes les parties n’y apportent leur contribution et s’il se limite à un coup de com’ d’un jour.

Pour garantir un partenariat gagnant-gagnant comme l’ont demandé les chefs d’Etats africains à Berlin, les investissements publics seront tout aussi cruciaux que les investissements du secteur privé.

Car le dividende démographique qui se dessine en Afrique, pour se réaliser, nécessitera un véritable changement de paradigme dans la relation entre les pays les plus industrialisés et les pays africains. Main dans la main, les dirigeants africains et les dirigeants du G20 doivent avancer vers une véritable alliance en faveur de la jeunesse africaine où la priorité sera mise sur l’éducation, l’emploi et l’émancipation des jeunes. D’ici 50 ans, il y aura plus de jeunes en Afrique que dans tous les pays du G20 réunis, et cette jeunesse ne pourra participer à la construction d’un avenir commun si on ne lui offre aucune perspective. Cette jeunesse a le droit d’aspirer à une vie décente, à une éducation, à une formation, un emploi. Par ailleurs les jeunes ne sont pas seulement des acteurs économiques mais aussi des acteurs de la vie politique qui doivent pouvoir participer à la bonne gestion de leur communauté et leur pays.

Pour cela, le G20 doit proposer un plan concret de 3 ans pour les « Compacts avec l’Afrique » qui devra être mis en œuvre d’ici fin 2017. Ce plan ambitieux doit être étendu et explicitement conçu pour inclure les États fragiles et les pays les moins avancés, où vivent la plupart des populations en situation d’extrême pauvreté et qui font partie des pays où la population connaît la croissance démographique la plus rapide.

Le nouveau partenariat avec l’Afrique doit par ailleurs dépasser les investissements du secteur privé et inclure les investissements publics, y compris les engagements d’aide au développement – plus particulièrement dans l’éducation. Le G20 doit soutenir explicitement le Partenariat mondial pour l’éducation et le fonds « Education Cannot Wait » ainsi que la proposition du Secrétaire général de l’ONU en faveur d’une nouvelle facilité de financement innovante pour combler le manque à hauteur de 9 milliards d’euros pour financer le secteur de l’éducation à l’échelle mondiale.

Enfin il ne peut y avoir de développement sans une lutte accrue contre la corruption et l’évasion fiscale. Le G20 doit permettre aux citoyens de demander des comptes à leur gouvernement et aux entreprises, grâce à la mise en place de registres publics des bénéficiaires des sociétés et des trusts. Si les gouvernements africains doivent intensifier la lutte contre les flux financiers illicites, les pays du G20 ont une responsabilité particulière, car la plupart des sociétés écrans et des trusts utilisés pour le blanchiment d’argent sont situés sur leurs territoires.

Alors que le G20 semble plus désuni que jamais, il ne peut repousser au lendemain ce qu’il doit faire dès aujourd’hui s’il souhaite rester un forum mondial crédible. Il a encore le pouvoir de créer, dès aujourd’hui, les conditions d’un futur commun, juste et partagé, pour l’ensemble de la planète.