L’obésité explose chez les jeunes

La malnutrition mène aussi à l'obésité, un phénomène en nette augmentation chez les jeunes. [Vladimir Konstantinov/Shutterstock]

La sous-alimentation diminue lentement… pour faire place au surpoids.

Une étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet appelle à lutter de front contre les « deux fléaux » de la malnutrition: le surpoids et le sous-poids. Si les tendances observées ces dernières années se poursuivent, l’obésité juvénile surpassera l’insuffisance pondérale d’ici 2022, prédisent les auteurs de cette étude.

En 2016, 124 millions de jeunes de 5 à 19 ans étaient considérés comme obèses, contre seulement 11 millions en 1975, évalue l’étude, conduite par l’Imperial College de Londres et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « En outre, 213 millions étaient considérés en surpoids en 2016 mais restaient en dessous du seuil de l’obésité », constate le rapport

Le phénomène concerne toutes les régions du monde. Les pays les plus touchés sont certaines îles de Polynésie (plus de 30% des 5-19 ans touchés aux îles Cook, par exemple), tandis que ce taux atteint ou dépasse 20% aux États-Unis, en Égypte ou encore en Arabie saoudite.

« Il nous faut les moyens de faire en sorte que les aliments sains et nutritifs soient davantage disponibles, dans les foyers comme dans les écoles, en particulier dans les familles et les communautés défavorisées, et des règlements et des taxes pour protéger les enfants des aliments nocifs pour leur santé », souligne l’étude. L’obésité provoque des risques accrus de maladies chroniques, telles que le diabète, et de maladies cardiovasculaires.

Pour enrayer cette tendance, les chercheurs estiment qu’un effort doit être fourni pour améliorer la nutrition tant à la maison qu’à l’école afin d’éviter que les enfants obèses développent un diabète une fois arrivés à l’âge adulte.

Ils suggèrent notamment que la composition des produits alimentaires soit plus facilement identifiable pour aider les consommateurs à choisir les produits sains. Autre proposition : un marketing plus encadré et des taxes plus lourdes pour les produits associés à la « malbouffe ». L’OMS a déjà recommandé qu’une taxe de 20% soit imposée sur les boissons à forte teneur en sucre.

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Inégalité alimentaire

« Il y a toujours besoin de politiques qui encouragent la sécurité alimentaire dans les pays et les foyers à faible revenu. […] Mais nos données montrent que la transition de l’insuffisance pondérale vers le surpoids de l’obésité peut se produire rapidement », avertit le Pr Majid Ezzati de l’Imperial College de Londres, qui a coordonné leurs travaux.

Le spécialiste de santé environnementale met en garde en particulier contre le risque de « mauvaise transition alimentaire, avec une augmentation des aliments à forte teneur énergétique, mais pauvres en nutriments ».

« Très peu de politiques et de programmes essayent de rendre accessibles aux familles pauvres les aliments sains, tels que les céréales complètes et les fruits et légumes frais », a-t-il déploré, dans un communiqué accompagnant l’étude. Cela entraîne des inégalités sociales face à l’obésité et limite les possibilités de réduire ce fardeau, souligne le chercheur.

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Inversion de la tendance

Si cette prévalence semble plafonner depuis quelques années dans les pays riches, elle continue à grimper dans les pays à revenu faible ou moyen. Ainsi, en Afrique du Sud, en Égypte et au Mexique, où les taux d’obésité étaient dérisoires il y a 40 ans, la proportion de filles obèses est désormais comprise entre 20 et 25%.

« En Asie de l’Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes notamment, les enfants et les adolescents sont rapidement et majoritairement passés de l’insuffisance à l’excès pondéral », font remarquer les chercheurs. « Si cette tendance se confirme, il y aura en 2022 plus d’enfants et d’adolescents obèses qu’en insuffisance pondérale. »

Le sous-poids perd du terrain

Le nombre d’enfants et d’adolescents en insuffisance pondérale diminue lui lentement depuis 2000 – sauf en Asie du Sud et du Sud-Est et en Afrique du centre, de l’Est et de l’Ouest. Une victoire, puisqu’un poids trop faible augmente notamment les risques de maladies infectieuses.

L’an dernier, on comptait encore 192 millions d’entre eux en sous-poids modéré ou sévère, ajoutent les auteurs, qui ont analysé des données portant sur 31,5 millions de jeunes dans 200 pays. Les deux tiers de ces jeunes en sous-poids habitent en Asie du Sud-Est, notamment en Inde.

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