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31/07/2016

Bernard Soulage: « Le plan Juncker marque une petite volonté d’investissement de la part de l’UE »

Bernard Soulage: « Le plan Juncker marque une petite volonté d’investissement de la part de l’UE »

Bernard Soulage, le vice-président de la région Rhône-Alpes estime le plan Juncker peu ambitieux. Il espère voir les régions françaises davantage impliquées dans sa mise en oeuvre.

Bernard Soulage est membre du Comité des régions européen (CoR) et vice-président de la région Rhône-Alpes, cinquième région de l’Union européenne en matière de PIB. C’est également la deuxième région française en termes de population, de PIB et de superficie. 

Les 315 milliards de plan Juncker vous semblent-ils suffisants pour relancer la croissance en UE ?

Ce plan d’investissement marque une “petite” volonté d’investissement de la part de l’Union européenne. Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a très peu d’argent public dans les 315 milliards d’euros. Si ce plan est un bon signal pour l’investissement au sein de l’Union européenne, je pense très honnêtement qu’il aurait pu être plus ambitieux.

Au-delà de l’annonce du plan et de son mécanisme financier,  la confirmation apportée par la Commission européenne que les cofinancements qu’apporteront les États membres dans le cadre du plan d’investissement ne seront pas pris en compte dans le cadre de l’application du pacte de stabilité est une excellente nouvelle. Cela montre une véritable volonté de la part de l’UE de mettre en œuvre les moyens de la relance de l’investissement.

Justement, le fait que les États membres puissent déduire les co-investissements réalisés dans le cadre du plan Juncker ne risque-t-il pas de déshabiller certains investissements de l’État français qui ne bénéficient pas de la même clémence de la part de Bruxelles comme les fonds structurels européens ?

Il est vrai qu’il existe un risque de concurrence entre les deux mécanismes de financements, je ne peux pas dire le contraire. Mais on peut tout de même espérer que les fonds structurels européens continuent de bénéficier des cofinancements de l’État français.

Comment imaginez-vous le rôle des régions françaises au sein de ce plan d’investissement ?

On a une visibilité très réduite sur les perspectives du plan d’investissement, nous sommes pour le moment encore au début du processus.

Pour la première étape, au cours de laquelle le gouvernement français a établi une liste de 32 projets et programme d’investissement étant éligibles au plan Juncker, les Régions françaises n’ont pas été consultées en amont. Je trouve d’ailleurs cela très classique de la part du gouvernement français d’avoir un problème de consultation et d’intégration des collectivités locales dans le processus de décision.

C’est un problème de méthode. Il aurait été logique – par exemple –  d’organiser une réunion avec les présidents des régions de France.  Il y a aussi une Association française des régions (ARF) qui peut jouer un rôle au sein de ce processus. Dans le cadre du dépôt de projets, il faut que le gouvernement entame un dialogue avec les régions.

La région Rhône-Alpes a-t-elle par exemple des projets qu’elle souhaiterait voir financés en partie par le plan Juncker ?

Dans la région Rhône-Alpes, nous avons bien sûr le projet emblématique de la ligne ferroviaire Lyon-Turin. Mais ce projet ne se situe pas sur une échelle de temps compatible avec la mise en œuvre du plan d’investissement de l’UE.

Nous avons par contre d’autres projets, comme le nœud ferroviaire lyonnais ou des projets dans le numérique et dans les énergies renouvelables qui pourraient y prétendre.

De fait, toutes les Régions françaises ont déjà établi des programmes d’investissement souhaitables et utiles (pour l’utilisation des fonds structurels européens sur la période 2014-2020) qui pourraient être réutilisés dans le cadre du plan Juncker !

Le plan Juncker pourrait en tout cas apporter un complément important aux fonds structurels européens, grâce auxquels les régions peuvent d’ores et déjà financer des projets d’infrastructure, car le mécanisme est plus rapide et plus souple.