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03/12/2016

Bruxelles reporte les décisions sur la crise de l’élevage

Bruxelles reporte les décisions sur la crise de l’élevage

Les ministres européens ont reporté à mars la prise de décision sur des éventuelles mesures de soutien en faveurs des éleveurs porcins ou laitiers.

Très attendue en France, la réunion du conseil des ministres européens de l’Agriculture n’a débouché que sur la promesse du Commissaire européen de venir en France pour discuter de la crise avec le gouvernement et des propositions avancées par Paris. Un article de notre partenaire La Tribune.

Douche froide. Ils conviennent que « la situation est grave », mais aucune mesure concrète n’a encore été décidée. Au cours de la réunion des ministres de l’Agriculture réunis ce lundi à Bruxelles, les membres n’ont pas décidé d’un nouveau plan pour soutenir les éleveurs porcins ou laitiers. La Commission renvoie à une prochaine réunion au mois de mars pour trouver un « consensus » entre les membres qui devra tenir compte de son « cadre budgétaire » .

En revanche, Phil Hogan, le commissaire européen se rendra à Paris le 25 février pour discuter de la crise agricole avec le gouvernement. Il a dit prendre en compte les propositions françaises tout en ajoutant que les autres pays membres sont également invités à proposer leurs propres mesures. Concernant le porc en particulier, le commissaire a dit souhaiter « donner une chance » au précédent plan européen.

« memorandum français »

« Les lignes ont bougé », s’est pourtant félicité Stéphane Le Foll dans un tweet. À l’issue de la réunion avec ses homologues européens ce lundi, le ministre français de l’Agriculture a indiqué que le « memorandum français » avait été « salué et soutenu par 10 pays ». Une conférence de presse des responsables de la commission européenne sur les conclusions de cette réunion doit se tenir à 18h15.

Ce conseil était particulièrement attendu à Paris, l’exécutif français ayant plusieurs fois fait entendre qu’il entendait demander une série de mesures pour venir en aide aux éleveurs. « Le 15 février, ça va bouger. Parce qu’on ne peut pas rester comme ça », avait ainsi affirmé le chef d’Etat lors de son allocution télévisée du 11 février. Du côté des éleveurs, certains ont maintenu la pression dans la journée, en bloquant partiellement des voies routières autour de Vannes, en Bretagne.

Relèvement du « prix d’intervention »

Au cœur du problème: les prix du marché du porc et du lait en particulier se situent une fois de plus en dessous du prix de revient pour les éleveurs. La carcasse de porc s’affiche environ 1,11 euro sur le marché de Plérin, alors que son coût de production avoisine plutôt 1,40 euros. Dans le lait, l’écart atteint entre 5 et 10 centimes le litre.

Paris demande donc de relever de quelques centimes le « prix d’intervention »: celui en deçà duquel l’Etat est autorisé à acheter une partie de la production. Cependant, cela ne remet pas pour autant en cause la volatilité des prix. Dans le lait par exemple, même les systèmes de contractualisation entre les éleveurs et les collecteurs ne permettent que de réaliser des prévisions de quelques pas, et n’empêchent pas qu’une part de la production soit soumise en permanence à des baisses de prix.

 >> Lire: Pourquoi une nouvelle crise s’annonce pour les éleveurs laitiers

Le stockage ne serait qu’une mesure de court terme

L’autre mesure attendue consisterait, comme cela a déjà été fait, à proposer des aides pour stocker les produits en surplus. Toutefois, ce type de mesures ne peut avoir d’effet qu’à court terme.

Nouvel exemple avec le lait: seuls les produits en poudre peuvent être stockés, et seulement pendant un temps limité. Lorsque les stocks se retrouveront à nouveau sur le marché, des tensions sur les prix peuvent réapparaître.

Levée d’embargo attendue, mais effets difficiles à prévoir

Une autre solution, particulièrement attendue à la FNSEA notamment, consiste à (re)trouver des débouchés à l’export. À commencer par la Russie et l’embargo alimentaire  décidé en 2014 pour répondre aux sanctions européennes consécutives à la crise ukrainienne. Lors d’une visite à Moscou au mois de janvier, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron a indiqué que la France visait la levée « l’été prochain » des sanctions imposées par les Occidentaux à la Russie.

>> Lire: Les sanctions commerciales contre la Russie seront-elles bientôt levées?

Avant l’embargo, quelque 264.000 tonnes de viande porcine étaient exportées d’Europe en Russie d’après l’agence Agritel. Cette agence experte en cotations agricoles ne donne cependant pas d’évaluation précise de l’impact d’une levée de l’embargo russe sur l’élevage français.

« Quoi qu’il en soit, cela soulagerait le marché. Des pays comme la Pologne ou l’Allemagne étaient d’importants fournisseurs pour la Russie. Or, ce qu’ils n’arrivent pas à exporter se retrouve à bas prix chez nous », constate Michel Portier, directeur général d’Agritel.

Cependant, Moscou n’a évidemment pas attendu qu’une crise agricole secoue l’Europe pour chercher d’autres sources d’approvisionnement. Elle se rapproche par exemple de l’Iran pour négocier l’importation de céréales, de volaille, de boeuf et de sucre, rapportait au mois de janvier l’agence Tass.

En Chine, bientôt une ferme aux… 100.000 vaches !

Par ailleurs, en matière d’exportations, les regards se tournent également vers la Chine, notamment pour le lait. Le ralentissement de la demande en provenance du pays participe en effet aux chutes de prix observées depuis plusieurs mois.

Mais là encore, même si la croissance de la demande chinoise s’accélère, la production intérieure tend à y répondre avec la création de nouveaux outils industriels de très grande taille. Une exploitation de quelque 40.000 vaches a déjà commencé sa production. Un consortium russo-chinois a même entrepris l’an dernier la construction d’une autre exploitation gigantesque, qui elle, devrait compter… 100.000 vaches!

L’étiquetage pour garantir l’origine – et la qualité – des produits ?

Bien loin de ce type d’élevages industriels controversés sur le plan environnemental (tout du moins en France), une autre solution souvent évoquée en Europe concerne la mise en avant de la qualité des produits du Vieux Continent. Celle-ci commencerait par un étiquetage de leur provenance qui devrait également être évoqué à Bruxelles.

Sur ce point, le chemin semble encore long. En France, l‘association de consommateurs UFC Que Choisir  a observé que, sur 245 aliments de consommation courante à base de boeuf, porc et poulet, la mention de l’origine n’était présente que dans un cas sur deux. Pour le poulet, la proportion de produits sans provenance atteint même les 74%.

Les difficiles négociations entre agriculteurs et distributeurs

Quelles que soient les mesures finalement prises lors de ce conseil des ministres, d’autres éléments « locaux » entrent en jeu, notamment le poids des négociations commerciales entre distributeurs et industriels de l’agroalimentaire. Bercy a réuni les représentants de ces derniers le 12 février pour un nouveau rappel à l’ordre le 12 février.

« Il n’est pas acceptable que les négociations commerciales conduisent en 2016 à des baisses de prix pour les filières en difficulté », a  par exemple déclaré Emmanuel Macron.

Ce dernier a en outre annoncé le renforcement des contrôles effectués par la DGCCRF. Cette dernière avait indiqué le 9 février avoir procédé à des perquisitions dans une enseigne. L’intéressée, Carrefour, a confirmé cinq jours plus tard en avoir fait l’objet dans ses locaux de Massy « au sujet de certaines négociations commerciales en cours ».

Les solutions explorées par certaines enseignes pour sortir de l’impasse

Sur cette question sensible des négociations, certaines enseignes tentent de se démarquer. Auchan a par exemple annoncé vendredi la mise en place d’un contrat tripartite, associant des producteurs de porc du Nord/Pas-de-Calais aux discussions avec les industriels pour fixer les prix de la viande fraîche (une partie seulement de la viande commercialisée puisque le reste l’est sous forme transformée).

De son côté, Serge Papin, PDG de Système U interrogé sur Europe 1 ce 15 février, s’est dit favorable à de tels accords associant les agriculteurs. Tandis que Michel-Edouard Leclerc, dans une note sur son blog, défendait plutôt la signature d’une « Charte sur les valeurs laitière » ainsi que l’option du fonds d’aide pour le porc.

Un fonds de soutien… et ses problèmes de concurrence

Car, dernier point en suspens, la création d’un fonds de soutien à la filière porcine de 100 millions d’euros reste à l’ordre du jour. Mais il risque de soulever des problèmes juridiques en matière de concurrence.

Début janvier déjà, il était question d’une enquête de la Commission européenne sur des « des comportements anti-concurrentiels » au cours de tables rondes organisées en France en 2015.

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