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11/12/2016

Croatie: des législatives pour revenir au centre ?

Croatie: des législatives pour revenir au centre ?

Pendant des mois, les Croates ont vu leur pays accusé de « dérive droitière ». Lors de législatives dimanche, ils choisiront entre centre droit et centre gauche, au moment où leur pays connaît un regain de tension avec la Serbie.

Il y a moins d’un an, ils avaient donné de justesse l’avantage au HDZ (droite conservatrice), alors tenu d’une main ferme par Tomislav Karamarko, un ex-espion qui ne répugne ni à la rhétorique nationaliste ni au populisme. Ce fut une victoire à la Pyrrhus.

>> Lire : La Croatie se rend aux urnes avec la crise migratoire en toile de fond

Accusations de révisionnisme sur le régime oustachi allié des nazis, inquiétudes sur des attaques de médias indépendants et des discours hostiles à la minorité serbe, préoccupation devant l’influence de l’Eglise catholique sur les questions d’éducation ou de société: depuis sa formation en janvier, le gouvernement HDZ s’est attiré les critiques de l’opposition et l’inquiétude à l’étranger.

Les relations avec la Serbie se sont détériorées comme jamais depuis le conflit des années 1990. A Belgrade, des responsables, à commencer par le Premier ministre Aleksandar Vučić, ont pris l’Union européenne à témoin, pendant que Zagreb s’employait -en vain- à freiner les négociations d’adhésion de la Serbie avec Bruxelles.

>> Lire : Serbie et Croatie à couteaux tirés

Une semaine avant le scrutin, un tribunal de Belgrade a condamné à trois ans de prison un « espion » qui, selon les médias serbes, travaillait pour la Croatie, laquelle a démenti.

Mais plus que ces controverses, ce sont les disputes intestines au gouvernement et un scandale politico-financier mettant en cause l’épouse de Tomislav Karamarko qui ont eu raison du gouvernement en juin.

À en croire les sondages, la « coalition populaire » menée par le parti social-démocrate (SDP) bénéficie d’une courte avance. Mais peut-être insuffisante pour permettre à Zoran Milanović de retrouver son fauteuil de Premier ministre abandonné en janvier.

Les conservateurs de Most, qui devraient rester la troisième force de ce pays de 4,2 millions d’habitants et retrouver leur position de faiseurs de roi, semblent plus enclins à de nouveau se tourner vers le HDZ, désormais dirigé par Andrej Plenković.

‘Un problème pour l’UE’ ?

Depuis qu’il en a pris les rênes en juillet, ce diplomate policé de 46 ans, ancien député européen, a écarté la posture droitière: « Je suis en train de changer le HDZ (…), je veux qu’il se positionne au centre droit ». Andrej Plenković semble pouvoir compter sur les minorités, qui envoient huit des 151 députés, dont trois pour les Serbes.

Après avoir promis un gouvernement « de progrès et de tolérance », Zoran Milanović, 49 ans, s’est d’ailleurs essayé à la rhétorique antiserbe, espérant attirer une partie de la droite inquiète de la tiédeur de la nouvelle direction du HDZ.

Devant des vétérans des guerres des années 1990, le patron des sociaux-démocrates a expliqué en août que les Serbes étaient une « bande de misérables » et a évoqué le passé de leurs responsables, notamment d’Aleksandar Vučić, qui fut dans les années 1990 un proche collaborateur de l’ultranationaliste serbe Vojislav Seselj.

Milanović ou Plenković, celui qui formera le gouvernement sera un Premier ministre fragile, dans un contexte économique difficile et au moment où l’Europe comme le FMI exigent des réformes profondes.

« Il est difficile d’imaginer une large victoire », commente pour l’AFP Berto Šalaj, professeur à l’université de Science politique de Zagreb. « Un scénario similaire à celui des élections précédentes pourraient se répéter. »

Le gouvernement HDZ n’avait pu être formé qu’en janvier, après deux mois de tractations. Et il avait chuté après moins d’un semestre de luttes intestines et de paralysie.

Malgré le moteur du tourisme, le chômage reste à 13%. Avec près d’un jeune sur trois sans emploi (31,4%), la Croatie est un des très mauvais élèves de l’UE: seules l’Espagne, la Grèce et l’Italie font pire, selon Eurostat. « Si l’instabilité politique se prolonge, on va devenir un problème pour l’UE » rejointe en 2013, prévient Berto Šalaj.