Incertitudes sur le financement de la lutte contre le chômage des jeunes en Europe

ECON EMPL Joint Committee meeting - Exchange of views as part of the structural dialogue with EC Vice President and EU Commissioner for Employment, Social Affairs, Skills and Labour Mobility

La commissaire Marianne Thyssen a défendu le bilan de l’initiative pour l’emploi des jeunes devant les ministres européens le 13 octobre, dans l’espoir d’obtenir un budget de 2 milliards d’euros, pour l’instant bloquée par les États membres.

En 2013, l’initiative pour l’emploi des jeunes était lancée en grande pompe par les dirigeants européens. Trois ans plus tard, l’initiative lancée pour endiguer l’escalade alarmante du chômage chez les jeunes Européens affiche un premier bilan positif.

Le programme « a fait la différence auprès des nombreux jeunes, même si l’on est encore loin de la ligne d’arrivée », a résumé la commissaire européenne Marianne Thyssen lors de la présentation du bilan de l’initiative devant le Conseil des ministres des Affaires sociales et de l’Emploi, le 13 octobre à Luxembourg.

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Selon les données analysées présentées par la commissaire, 14 millions de jeunes ont été enregistrés dans le système au cours des trois dernières années, et 65 % ont accepté une offre d’emploi, de stage ou d’alternance, soit 9 millions de jeunes.

Parmi ces 9 millions, de jeunes réinsérés, 70 % ont accepté des offres d’emploi. Mais si la baisse du chômage des jeunes « a été plus rapide que celle des adultes », a souligné la commissaire, les chiffres demeurent à un niveau alarmant. « Selon les derniers chiffres, on reste à 18,6 %, ce qui est beaucoup trop élevé », a-t-elle expliqué.

Un programme qui a fait ses preuves

Le programme pour l’emploi des jeunes vise à trouver dans un délai de quatre mois après la fin des études ou la perte d’un emploi une solution de reclassement pour les jeunes de moins de 25 ans. Le dispositif a bénéficié d’un budget de 6 milliards d’euros entre 2013 et 2015, dont la moitié prévenait du fonds social européen. Une partie de ces fonds permettaient de concentrer les efforts dans les régions d’Europe ou les taux de chômage des jeunes dépassaient les 25 %.

Et le dispositif a fait ses preuves sur le terrain. En France, la Cour des comptes a récemment déploré dans  un rapport la cacophonie des dispositifs hexagonaux de retour vers l’emploi. Mais la version française de la garantie jeunesse, subventionnée en partie par le programme européen,  a été pointée du doigt comme un des seuls dispositifs efficaces.

Le dispositif affiche effectivement un taux de sorties vers l’emploi de 49,9 %, souligne l’auditeur français.

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Pourtant, en France comme dans la majorité des pays européens, le chômage des jeunes demeure toujours à des niveaux bien plus élevés que le chômage des adultes. En France métropolitaine, le taux de chômage des jeunes culmine toujours à 23,7 %,  contre 9,6 % pour l’ensemble de la population active.

Appel aux bourses

« Nous devons poursuivre l’effort financier et la Commission propose dans le cadre de la révision à mi-parcours du cadre financier multiannuel d’élargir les ressources de cette initiative » a martelé la commissaire Thyssen lors de son passage devant les ministres.

Car malgré le premier bilan positif de l’initiative, le déblocage de fonds pour la poursuite du programme pose problème dans le cadre des négociations budgétaires.

La Commission table sur un budget de 2 milliards d’euros pour la période 2017 – 2020, dont 1 milliard serait prélevé sur le budget du fonds social européen.  Mais cette proposition, déjà jugée peu ambitieuse par rapport aux crédits alloués lors de la période précédente, a été rabotée par les États membres.

>>Lire : Comment l’UE lutte pour l’emploi des jeunes

Dans ce bras de fer budgétaire, le Parlement européen a fait des financements à destination de l’emploi des jeunes une priorité. Le  11 octobre, la commission des budgets a d’ailleurs annulé les coupes effectuées par les États membres et ajouté 1,5 milliard d’euros en crédits d’engagement à l’Initiative pour l’emploi des jeunes à la proposition initiale de la Commission.

« L’Europe doit voir grand à propos de grands problèmes. Par conséquent, nous avons renforcé les lignes budgétaires pour soutenir les emplois et la croissance et annulé les coupes faites par les États membres, qui ont agi contre leurs propres priorités », a déclaré le rapporteur en charge du dossier Jens Geier.

21 milliards nécessaires 

Les tractations autour de l’avenir budgétaire du programme pour l’emploi des jeunes demeurent cependant bien en deçà des besoins identifiés.  Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), ce programme devrait disposer d’un budget de 21 milliards d’euros par an pour être efficace à l’échelle européenne.

Si une telle augmentation du budget n’est pas à l’ordre du jour, les ministres socialistes en charge des affaires sociales et de l’Emploi ont cependant signé une déclaration commune le 12 octobre regrettant le manque de moyens dédiés à l’initiative.

La déclaration a été signée par les ministres du Luxembourg, de la République tchèque, du Portugal, de la Slovaquie, de l’Autriche, de la France et de la Suède.

Prochaines étapes

  • 26 octobre : vote en session plénière du  projet de budget de l’UE pour 2016.

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