L’évaluation coût-bénéfice gagne du terrain dans la gestion des maladies

Cardiovascular disease

Trois décès sur dix sont dus à des maladies cardiovasculaires [Henriette Jacobsen]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Le risque cardiovasculaire.

Soumis à une pression budgétaire constante, les organismes de santé doivent arbitrer pour réduire les coûts. Les évaluations coût-bénéfice sont en train de devenir un outil incontournable, parfois aux dépens de la prévention.

Les dépenses dans les soins de santé devraient grimper en flèche, principalement à cause d’une augmentation des maladies cardiovasculaires et de changements démographiques. Elles passeraient d’une moyenne de 5,7 % du PIB dans les pays de l’OCDE en 2005, à 9,6 % du PIB en 2050, selon des estimations de l’OCDE.

Par ailleurs, la crise de la dette dans la zone euro a obligé certains gouvernements, dont la Grèce, à réaliser des coupes drastiques dans les budgets de santé publique afin de contenir le déficit.

Dans ce contexte, l’économie de la santé – et notamment les analyses coût-bénéfuce– se situe au centre de l’attention des décideurs politiques.

S’exprimant lors du congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) à Londres le 30 août, Robert Califf, commissaire adjoint à la FDA américaine, l’organisme de surveillance des aliments et des médicaments, a souligné les spécificités de l’économie de la santé.

Les docteurs et les patients ne sont pas vraiment conscients des coûts, a-t-il commenté, car en général ils dépensent de l’argent qui n’est pas le leur – soit l’argent du contribuable soit celui des compagnies d’assurance. En revanche, les structures de la santé doivent toujours équilibrer les coûts et la rentabilité de nouveaux traitements ou médicaments, et les comparer avec des alternatives.

« Dans une analyse de coût, le plus important est de collecter les données concernant les résultats cliniques des nouveaux traitements proposés et les comparer aux résultats des anciens traitements », a déclaré Robert Califf, spécialiste des maladies cardiovasculaires et professeur à la Duke University avant d’entrer à la FDA.

Les analyses coût-bénéfice ont pour but de comparer les bénéfices économiques de différentes interventions. Elles s’appuient parfois sur une seule unité de mesure, comme les années de vie gagnées par exemple, ou les morts et crises cardiaques évitées. L’efficacité peut se mesurer en termes de coût par unité.

Remboursements et chaines d’approvisionnement

L’évaluation coût-bénéfice doit aussi prendre en compte d’autres facteurs, comme les remboursements que les compagnies pharmaceutiques peuvent proposer pour certains de leurs médicaments.

Les remboursements, a souligné Robert Califf, peuvent « perturber » l’analyse coût-bénéfice puisqu’ils peuvent être liés à d’autres médicaments ou produits du même fabricant. Cela signifie que certains médicaments peuvent être moins chers que prévu car ils font partie d’un programme de remboursement.

La mondialisation des chaines d’approvisionnement est un autre facteur à prendre en compte. Par exemple, si un site de production affiche une baisse de qualité, cela peut affecter l’approvisionnement dans d’autres parties du monde et « complètement bloquer l’accès à certains traitements ».

Pas qu’une histoire d’argent

Simon Stewart, directeur du Mary MacKillop Institute à Melbourne, a déclaré que les programmes de gestion des insuffisances cardiaques étaient essentiels pour mesurer l’équilibre entre les coûts et les résultats, mais a ajouté que les organismes de la santé devraient prendre en compte l’accès et la qualité.

« Les programmes de gestion des insuffisances cardiaques, pourtant si importants pour les patients et leur qualité de vie, ne sont souvent que des histoires d’argent », a souligné Simon Stewart.

On ne donne pas assez d’importance à la prévention, lorsqu’on parle de rapport coût-bénéfice, a déclaré William Weintraub, cardiologue au Chritiana Care Hospital System aux États-Unis. « Nulle part dans le monde nous ne dépensons assez dans la prévention », a-t-il ajouté.

Selon lui, une partie du problème réside dans le fait que l’évaluation de l’efficacité des campagnes de prévention est un processus très long, ce qui rend très difficile d’évaluer « la valeur de ce que nous économisons ».

Prenant l’exemple de l’hypercholestérolémie familiale, une maladie cardiovasculaire qui se transmet de génération en génération, il a ajouté « si des programmes de dépistage nous permettaient d’étendre l’espérance de vie d’une personne atteinte de cette maladie, de 30-40 ans à 85 ans, nous gagnerions un nombre incroyable d’années de productivité », a commenté le cardiologue. 

Contexte

Le congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) est le plus grand évènement au monde sur les maladies cardiovasculaires. Il permet de présenter et de débattre sur les dernières techniques et recherches en cardiologie, et de la façon dont elles peuvent améliorer la vie des patients.

Cette année, le congrès de Londres s’est penché sur les avancées en termes de prévention, de diagnostic et de traitement des maladies cardiovasculaires.

Prochaines étapes

  • 29 septembre : table ronde de l’institut EURACTIV au Parlement européen, sur le thème « le cholestérol au cœur de la famille ».