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23/01/2017

La micro-assurance protège les agriculteurs du Sud du changement climatique

La micro-assurance protège les agriculteurs du Sud du changement climatique

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Gilles Paire / Shutterstock.com

Les assurances contre les aléas climatiques permettent aux petits agriculteurs des pays du Sud de sécuriser leurs cultures. Elle peinent toutefois à se généraliser, faute de données fiables.  

Assurer les récoltes contre les aléas climatiques qui détruisent régulièrement les cultures des agriculteurs des pays en développement fait partie depuis plusieurs années de l’arsenal de lutte contre la pauvreté, principalement en Asie et en Afrique où vivent 400 à 500 millions d’agriculteurs à faibles revenus.

Ce système, qui repose sur une indemnité liée aux indices climatiques, permet aux petites exploitations familiales d’assurer leur récolte ou une partie de leur récolte contre des pertes qui peuvent parfois ruiner une exploitation.

>>Lire : L’ONU appelle à un plan de sécurité alimentaire mondial

Concrètement, l’assurance indicielle agricole permet d’indemniser l’ensemble des assurés d’une région en cas d’incident . Mais surtout, elle est accessible aux petits agriculteurs, exclus des régimes d’assurance classique.

« Au Kenya par exemple, nous sommes capables avec le projet Kilimo Salama d’assurer un capital de 10 dollars seulement », détaillait Olga Speckhardt, directrice pour les solutions mondiales d’assurance à la Fondation Syngenta pour une agriculture durable lors d’une table ronde organisée au Forum Convergences le 9 septembre à Paris. 

La gestion du risque agricole

Et les résultats sont immédiats. Le projet Kilimo Salama, lancé en 2009 au Kenya, Rwanda et en Tanzanie comptait en 2013 près de 190 000 assurés. « Et nous visons le million d’ici l’année prochaine » affirme Olga Speckhardt.

Assurés contre les sécheresses, les précipitations excessives ainsi que les maladies pour un coût variant de 5 à 25% de la valeur assurée, les agriculteurs qui souscrivent ont ensuite les moyens d’obtenir des prêts et d’investir davantage dans leur exploitation.

« Les agriculteurs qui ont souscrit à l’assurance indicielle agricole ont pu augmenter leur investissement dans leur exploitation de 10% » souligne Olga Speckhardt.

Le mobile comme relais du paiement

Le développement de l’assurance agricole a aussi été rendu possible grâce aux nouvelles technologies. Souvent exclus du système bancaire, les petits exploitants ne disposent pas d’accès rapide à un système de transfert d’argent traditionnel.

Grâce à la téléphonie mobile, devenue un objet courant en Afrique, « un remboursement peut s’opérer en 7 jours » poursuit Olga Speckhardt. Avec 500 millions d’abonnés mobiles en 2012, l’Afrique affiche un taux de pénétration supérieur à 40%, selon une étude menée par PriceWaterHouseCooper en 2012.

Un système réactif indispensable. « Les agriculteurs doivent pouvoir être remboursés très rapidement en cas d’activation de l’assurance, sans quoi ils ne peuvent pas replanter leur récolte » explique Olga Speckhardt.

 « En Inde, les petits agriculteurs utilisent Whatsapp pour communiquer sur l’état de leur culture en envoyant des photos » explique de son côté Sonu Agrawal, fondateur de Weather Risk Managment services.

Difficulté d’implantation

Malgré l’efficacité prouvée du système, son implantation est complexe. En effet, l’équilibre économique reste précaire pour les assureurs, qui doivent également compter sur un marché de l’assurance locale, relais indispensable auprès des agriculteurs, parfois très erratique.

Autre source de difficulté, l’accès aux données. Pour être rentable et fiable, l’assurance indicielle doit s’appuyer sur 10 à 20 ans de données de production et sur les précipitations.

« La fiabilité des données reste un problème pour le développement des assurances indicielles dans les pays en développement » a expliqué Gilles Galludec, directeur Global Index Insurance Facility à la Banque mondiale. « L’utilisation de données satellitaires permet de pallier en partie à ce problème, qui reste toutefois un des principaux freins » explique-t-il.

La démarche de l’assurance n’est pas toujours naturelle pour les agriculteurs des pays en développement.

«Nous avons des difficultés à vendre ces produits aux agriculteurs et surtout à les expliquer » reconnait Gilles Galludec, directeur Global Index Insurance Facility à la Banque mondiale. « La culture de l’assurance dans les pays en développement reste un véritable problème. C’est un peu ésotérique pour les agriculteurs » poursuit-il.

Défi alimentaire

L’activité agricole est soumise à de nombreux risques, en particulier les aléas climatiques toujours plus nombreux et la volatilité des prix sur les marchés.

>>Lire : L’Europe se régale et l’Afrique jeûne

Des circonstances qui rendent particulièrement vulnérables les petits agriculteurs des pays en développement, dont l’agriculture représente souvent le seul moyen de subsistance et l’unique revenu, et qui devront également répondre à la demande alimentaire grandissante du continent africain.

>> Retrouver l’interview de Phil Hogan : « Il est crucial d’encourager les agricultrices dans les pays en développement »

« Le continent africain bénéficie de 60% des arables non-cultivées de la planète et pourrait produire suffisamment de nourriture, non seulement pour répondre à ses propres besoins, mais aussi pour l’exportation » a rappelé l’ancien secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan dans un discours lors du forum Afrique qui s’est déroulé à Berlin le 9 septembre 2015. « Pourtant, des centaines de millions de personnes souffrent de la faim » a-t-il poursuivi.

 « Chaque année, l’Afrique dépense 35 milliards de dollars dans les importations de denrées alimentaires », a rappelé Kofi Annan. Un chiffre qui pourrait exploser dans les années à venir sous la pression d’une démographie galopante. En effet, la population africaine devrait doubler d’ici 2050 et tripler d’ici la fin du siècle. 

Contexte

L’agriculture est la principale source de revenus et d’emplois pour 70 % de la population mondiale pauvre vivant en zones rurales. Malgré cela, l’Afrique dépense chaque année 35 milliards de dollars dans les importations de denrées alimentaires.

L’épuisement et la dégradation des terres et l’aggravation du réchauffement climatique menacent la production alimentaire des pays en développement, pourtant exposée à une forte demande locale entretenue par une natalité forte.