Les candidats à la Commission s’affrontent lors d’un débat décevant

European Commission President candidates ahead of the presidential debate in Maastricht

Le premier débat présidentiel dans le cadre des élections européennes a eu lieu le 28 avril à Maastricht. L’échange de vues a davantage relevé de l’échauffement pour les confrontations à venir.

Moins d’un mois avant les élections, qui auront lieu du 22 au 25 mai prochains, les têtes de liste des différents partis européens pour la présidence de la Commission européenne se sont confrontées hier à Maastricht lors du premier débat présidentiel.

Retransmis par Euronews, en partenariat avec EURACTIV et le Forum européen de la Jeunesse, entres autres, le premier débat n’a pas été à la hauteur des attentes.

« Il y a eu peut-être quelques points communs entre les différents candidats, et pas tant de différences dans leur position politique. Mais au moins, vous avez vu les différents candidats – les visages humains derrière la campagne – et je pense que c’est important », a expliqué le professeur Thomas Christiansen de l’Institut européen des politiques institutionnelles de Maastricht et aussi membre du comité de pilotage du débat, rebaptisé depuis « le débat de Maastricht ».

Dans le passé, le président de la Commission était nommé lors de négociations à huit clos entre les gouvernements des États membres. Pour la première fois, cinq partis européens ont désigné une tête de liste pour la campagne électorale, les fameux « Spitzenkandidat » en allemand, qui en outre se présentent pour succéder à José Manuel Barroso.

En « mettant un nom sur un visage », les campagnes paneuropéennes ont pour objectif d’augmenter le taux de participation chez les électeurs, chez qui le taux d’abstention est en constante progression.

Un show politique bien terne

Cependant, malgré la nouveauté de l’exercice, les candidats n’ont pas réussi à marquer les esprits. « Pour les électeurs ordinaires, bien des points sont restés obscurs », a indiqué Thomas Christiansen.

« Il s’agit avant tout d’un show politique – d’une certaine façon, il s’agit d’un divertissement. Mais [ces élections] n’influenceront pas l’intégralité des politiques européennes. Ce n’est pas comme ça que l’UE fonctionne. Les gens doivent accepter le compromis. Ce qui peut être dommage et pourrait générer des déceptions par après », a-t-il ajouté.

Le débat a tourné autour de thèmes qui intéressent pourtant directement les électeurs: emploi, politique extérieure et sécurité énergétique, mais les différences entre les quatre candidats n’étaient pas flagrantes.

« Je me présente pour une Europe qui crée de l’emploi et de la croissance sans dépenser pour autant de l’argent que nous n’avons pas », a déclaré Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre luxembourgeois, qui représente le Parti populaire européen (centre-droit), parti qui a une légère avance sur les sociaux-démocrates européens (centre-gauche).

Le candidat luxembourgeois, qui a été président de l’Eurogroupe et a modéré les réunions des ministres des Finances durant la criserôle pour lequel il a fait l’objet de nombreuses critiques -, a essayé de clarifier son action politique durant cette période et a assuré qu’il ne souhaitait pas imposer une politique d’austérité.« Je suis pour des finances publiques saines, car il n’y a pas de croissance possible sans finances publiques saines », a-t-il asséné.

Le président du Parlement européen, l’Allemand et social-démocrate Martin Schulz, a demandé davantage de fonds pour aider les jeunes à trouver des emplois, et plaide pour un programme de financement qui permettrait aux entreprises d’employer des jeunes. Un projet que partage l’Allemande Ska Keller, âgée de 32 ans seulement, et qui affirme que les investissements dans l’économie verte représentent un moyen d’assurer une reprise économique.

« Il ne s’agit pas seulement d’emploi, a-t-elle dit, l’emploi est très important, mais il s’agit de la façon dont les gens sont entendus », a-t-elle expliqué.

Malgré leur volonté de se démarquer, les candidats n’ont pas réussi à rassurer, ou à véritablement s’attaquer à la question du chômage endémique en Europe. « La question cruciale, la première question, sur le chômage des jeunes, m’a déçu. Je m’attendais à un peu plus qu’à un récital de ce que contiennent leurs programmes », a confié à EURACTIV le secrétaire général du Forum européen de la jeunesse, Giuseppe Porcare.

Le grand gagnant est :« l’Europe intégrée » de Guy Verfhofstadt

Certes, aucun candidat ne s’est vraiment démarqué durant le débat, si ce n’est le candidat libéral et ancien premier ministre belge, Guy Verhofstadt, qui a exposé le plus clairement ses ambitions pour l’Europe.

« J’ai été plutôt impressionné par Guy Verhofstadt et son plaidoyer sans fard en faveur d’une Europe fédérale », a poursuivi Thomas  Christiansen.

plusieurs reprises, Guy Verhofstadt a assuré qu’il était nécessaire d’avoir une Europe plus intégrée, sans pour autant parler de « super-Etat ». Faisant un appel du pied à l’électorat de centre droit, il a ainsi déclaré :« Nous avons besoin de moins de réglementation sur le marché unique, mais en même temps nous avons besoin de plus de politiques communes », et a énuméré comme exemples, l’Union bancaire, la communauté de l’énergie ou encore la politique commune de défense.

Dans sa conclusion, Jean-Claude Juncker, qui était en retrait durant tout le débat, a réaffirmé sa volonté de réunifier l’Europe en conférant une dimension sociale plus importante au marché unique et à l’union monétaire.

Martin Schulz, quant à lui, s’est dit vouloir être le président des citoyens européens et non des gouvernements européens. Il a par ailleurs souligné la nécessité d’inverser la tendance des politiques de droite, en vigueur depuis cinq années, qui ont contribué à ses yeux à la montée du populisme en Europe.

Un débat expédié ?

Après le débat, les candidats se sont plaints du format adopté pour le débat, expéditif et contraignant, ce qui ne leur a pas permis de développer leur vision comme ils le souhaitaient.

« J’ai regardé ce qui a été dit sur les médias sociaux [après le débat] et il semble que les gens ont regardé et écouté le débat, et compris le cœur du message », a indiqué le président du Parlement européen à EURACTIV.

« Nous avons abordé les questions de politique extérieure, d’énergie, d’immigration. Parfois, le débat était vif. Vous devez débattre afin que l’audience ne s’endorme pas. Je ne pense que les deux candidats des deux partis traditionnels [Martin Schulz et Jean-Claude Juncker] ont réussi à passionner leur audience – je ne pense pas que le public soit resté éveillé », a ajouté pour sa part, Guy Verhofstadt.

Le prochain débat présidentiel aura lieu à Florence le 9 mai prochain.

Réactions

Guy Verhofstadt, leader du groupe ADLE et candidat à la présidence de la Commission européenne, a affirmé : « Si les chefs d’État choisissent quelqu’un d’autre, je dirai : impossible. Nous fermerons le Parlement européen si ça arrive. Ça ne se passera pas.

 « Dans les dix dernières années, les leaders politiques n’ont pas proposé l’Europe [comme solution] aux propos des eurosceptiques. Les politiques façonnent l’opinion publique : quand ils y parviennent, ils gagnent les élections, sinon ils perdent »

 « J’ai attaqué Jean-Claude Junker [sur le fait que Berlusconi soit membre du groupe PPE] car je l’aime bien. Je suis d’accord avec lui, mais son parti regroupe la famille politique de Berlusconi qui est contre l’euro et Orban qui change la constitution toutes les cinq minutes. Après, c’est difficile de venir et de dire que tu es sérieux à propos de l’Europe. Et je crois que les gens doivent le savoir »

 « Ce que j’essaye de dire, c’est que les conservateurs et les socialistes n’ont plus de vision pour l’Europe. Mon programme affirme que nous n’avons pas besoin de nouvelles dettes, mais que nous avons besoin de plus d’intégration dans le marché bancaire, le marché financier, le marché énergétique et le marché des services numériques. »

Ska Keller, la candidate des Verts, a ajouté : « Je ne pense pas qu’il y ait un consensus sur les droits numériques. Tous les autres partis veulent conclure l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis, le TTIP. Même s’ils sont prudents dans ce débat, si vous regardez leur vote, ils soutiennent fortement cet accord. Et ils ne mentionnent pas le scandale d’espionnage de la NSA.

 « À propos de l’Ukraine, c’est important que nous ne lancions pas une campagne entière. La situation est très sérieuse et je suis heureuse que chacun d’entre nous affirme que la paix et le dialogue sont les enjeux principaux. Ces derniers devraient vraiment être le cœur de notre politique étrangère »

Julian Priestley, conseiller de campagne de Schulz, a affirmé : «  La précédente Commission [si elle avait été présidée par Martin Schulz] aurait été beaucoup plus sensible aux conséquences sociales et n’aurait pas permis que la troïka poursuive une politique de réduction des dépenses publiques, que ce soit bien ou mal.

 

Contexte

Les candidats à la présidence de la prochaine Commission des partis européens s'affronteront lors de débats télévisés quelques semaines avant les élections européennes des 22 et 25 mai.

Outre Martin Schulz et Jean-Claude Juncker, Guy Verhofstadt, les deux candidats verts, Ska Keller et José Bové, ainsi que le candidat de Gauche européenne, Alexis Tsipras, devraient également participer aux débats.

Un débat en particulier devrait attirer l'attention sur les partis traditionnels et augmenterait peut-être le taux de participation.

Prochaines étapes

  • 29 avril : débat radio sur euranet au Parlement européen à Bruxelles
  • 8 mai : duel entre Martin Schulz et Jean-Claude Junker à Berlin, retransmis par ORF et ZDF
  • 9 mai : débat sur l'état de l'Union à Florence, retransmis sur RailNews24
  • 15 mai : débat présidentiel au Parlement européen à Bruxelles, retransmis par l'UER
  • 20 mai : débat entre Martin Schulz et Jean-Claude Juncker à Hambourg, retransmis sur ARD
  • 22-25 mai : élections européennes parmi les 28 États membres de l'Union européenne

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