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04/12/2016

Les Vingt-Huit conditionnent leur aide au retour des migrants africains

Les Vingt-Huit conditionnent leur aide au retour des migrants africains

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L’UE va passer des accords prévoyant des financements pour 5 pays africains en contrepartie d’une amélioration de la surveillance de leur frontière et de leur politique de retour, afin de lutter contre les migrations illégales.

L’accord entre l’UE et la Turquie a fait des émules. Le 20 octobre, les chefs d’États et de gouvernement des 28 États membres ont décidé de mettre en œuvre des accords migratoires similaires avec 5 pays d’Afrique.

Dans les conclusions, les dirigeants européens appellent ainsi à «  redoubler d’efforts pour endiguer les flux de migrants en situation irrégulière, en particulier en provenance d’Afrique, et pour augmenter les taux de retour ».

En mars dernier, un accord controversé mis en place avec Ankara a permis de réduire drastiquement les arrivées de migrants sur les îles grecques. « Les arrivées se poursuivent dans les îles grecques, mais au rythme de 100 à 150 personnes par jour. Cela n’a rien à voir avec ce que l’on a connu l’automne dernier » détaille un diplomate.

À l’inverse, les arrivées en provenance d’Afrique ont, elle, augmenté. « Sur cette route, la situation est loin d’être stabilisée » reconnait un diplomate.

5 pays prioritaires

« Nous avons constaté que les accords avec la Turquie ont eu leur effet. Il y a un processus qui est aujourd’hui, autant qu’il est possible, maitrisé  », a rappelé le président François Hollande à l’issue du Sommet. Une réussite qui a encouragé les 28 à demander la mise en œuvre rapide des nouveaux accords avec l’Afrique

avec le Nigéria, le Niger, l’Éthiopie, le Sénégal et le Mali, l’UE devra donc rapidement négocier des accords migratoires assortis de financements conséquents. En contrepartie, ces pays d’origine de migrants ou transit devront accepter la mise en place d’une politique de retour efficace.

«  Nous avons confirmé les programmes à l’égard de l’Afrique pour ces 5 pays prioritaires. Il y aura également la mise à disposition des fonds prévus au sommet de la Valette pour les pays Africains (2 milliards d’euros). » a détaillé François Hollande.

Pour encourager les pays africains à mettre en place des politiques adaptés, les États membres vont mettre la main à la poche, et comptent conditionnaliser les financements à l’objectif migratoire. Une première dans la politique européenne.

«  L’objectif est d’obtenir des résultats concrets et mesurables en ce qui concerne la prévention de la migration illégale et le retour des migrants en situation irrégulière » souligne les vingt-huit dans les conclusions, appelant à « créer et mettre en œuvre les moyens d’incitation nécessaires […] y compris le développement et le commerce ».

Vers des quotas de réadmission

Les chefs d’État ont appelé à une mise en œuvre rapide des pactes migratoires. Ainsi, la haute représentante, Federica Mogherini, devra présenter une première évaluation des 5 pactes lors du Conseil de décembre, et notamment « les premiers résultats obtenus en ce qui concerne les arrivées et les retours ».

À ce moment, plusieurs autres pays pourraient entrer dans cette liste, notamment l’Égypte, mais aussi le Pakistan, l’Afghanistan et le Bangladesh, dont provient une partie importante des migrants qui n’obtiennent pas le droit d’asile en Europe.

Conditionnalité de l’aide

Le plan européen, qui devrait être étendu en décembre, va marquer un véritable tournant dans la politique d’aide de l’UE, jusqu’ici reposant sur le principe de conditionnalité de l’aide.

>>Lire : L’aide européenne veut renforcer son influence sur les droits de l’homme

Selon le cadre de coopération entre l’UE et les pays en développement, l’aide européenne est conditionnée à certains grands principes tels que le respect des droits de l’homme, le maintien de l’État de droits, etc., qui a régulièrement poussé l’UE et certains États membres à suspendre l’aide destinée à des régimes autoritaires ou en cas de rupture de l’ordre démocratique, comme récemment au Burundi

La crise migratoire pourrait rapidement remettre en cause ce principe, face à la nécessité de convaincre les partenaires africains d’améliorer leur politique de réadmission. « Le sujet de la conditionnalité est dépassé »,  a d’ailleurs reconnu un diplomate en amont du Sommet, précisant que les priorités de l’Europe en la matière « n’étaient pas forcément les mêmes que celles des pays partenaires ».

La stratégie du pacte migratoire, si elle s’est avérée payante en Turquie, pourrait s’avérer plus complexe à mettre en œuvre en Afrique, où certains régimes avec lesquels l’UE compte établir un pacte migratoire sont très loin de respecter les grands principes de conditionnalité de l’aide.

>>Lire : L’Ethiopie ne reçoit aucun argent européen

Ainsi, le régime éthiopien,  un des partenaires de ces premiers contrats migratoire, entouré d’États en difficulté, comme le Soudan du Sud, la Somalie ou l’Érythrée, demeure très critiqué notamment sur le front des droits de l’homme.

L’Érythrée, un des Etat les plus autoritaires du monde, pourrait également faire partie des États bénéficiaires d’un contrat migratoire.

L’orientation donnée par les chefs d’État a d’ores et déjà été critiquée par le président du Parlement européen, Martin Schulz, en amont de la réunion. «Il n’est pas utile de lier l’aide au développement à la politique migratoire, je pense qu’il demeure beaucoup plus pertinent de la lier aux principes tels que le respect des droits de l’homme ou la lutte contre la corruption » a-t-il regretté.