L’Europe reste accessoire dans le débat présidentiel

Lors du débat sur TF1, le 20 mars

Hamon, Mélenchon, Fillon, Macron et Le Pen ont déroulé leur programme durant 3 heures lors d’un débat télévisé. L’Europe et les questions internationales ont à peine été abordées durant le dernier quart d’heure.

Les cinq principaux candidats à la présidentielle ont débattu, mardi soir, sur TF1, alors que les plus petits candidats, exclus, protestaient de cette éviction.

En l’absence d’intervention des journalistes, les candidats ont surtout déroulé leur programme.

Après avoir rapidement décrit leur projet, les candidats ont évoqué l’école, la sécurité, l’immigration, la laïcité, des grands thèmes de la droite choisis par TF1 comme étant prioritaires. Sur un débat de trois heures, les questions économiques ne sont apparues qu’après 22h30. Pire, les questions internationales ont été repoussées en toute fin de soirée.

Les candidats se sont donc largement exprimé sur des questions de mœurs assez vagues, avec des positions sans surprise : Marine Le Pen a appelé à des peines pénales plus lourdes, plus de places de prison, alors que François Fillon tentait également de faire peur en citant des attentats récents.

« En 10 ans nous avons voté 15 lois sécuritaires, il faudrait faire un bilan » s’est agacé Jean-Luc Mélenchon.

Le débat s’est un peu animé autour de la question de la laïcité, lorsque Marine Le Pen a clairement visé le communautarisme et l’Islam, suscitant de vives réactions de la part d’Hamon, Mélenchon et Macron, qui l’ont appelée à ne pas diviser la société en stigmatisant les quatre millions de personnes de religion musulmane. En revanche, la candidate a montré du doigt le « flux ininterrompu » de l’immigration, sans susciter de réaction.

Une assertion pourtant étonnante : la France a accueilli nettement moins que les 30.000 réfugiés qu’elle s’était engagée à accueillir dans le cadre de la relocalisation, alors que l’Allemagne dans le même temps accueillait plus d’un million de réfugiés.

En matière économique, les candidats sont restés enfermés sur leurs propres idées, sans vraiment échanger. Sur la question du travail, Macron a proposé d’assouplir, branche par branche, l’application des 35 heures, alors que François Fillon veut supprimer la limitation légale du temps de travail, comme au Royaume-Uni.

Marine Le Pen a insisté sur l’ultra-libéralisme qui détruit des emplois, et développé le thème du patriotisme économique, tout en évoquant les travailleurs indépendants, et en accusant enfin l’Europe « d’empêcher de parler français sur les chantiers français ». Là encore, personne ne l’a reprise, alors que l’UE ne s’est pas prononcée officiellement sur la légalité de la clause Molière. La commissaire européenne à l’Emploi, Marianne Thyssen, a cependant laissé entendre que la clause lui semblait être une discrimination contraire à la législation européenne.

Europe à minuit moins le quart

Après 2h15 de débat, la discussion s’est finalement orientée sur le sujet de l’Europe, lorsque François Fillon a attaqué Marine Le Pen sur son projet de sortie de l’euro, estimant qu’il mettrait en péril toutes ses mesures économiques.

« On ne sort pas de la monnaie européenne, on ne sort pas de la BCE. Cela entrainerait la ruine des épargnants et des détenteurs de dette ». Un point de vue partagé par Emmanuel Macron, qui a renchéri sur le thème du Brexit, rappelant que ceux qui avaient appelé au Brexit s’étaient aujourd’hui « carapatés ».

En matière d’énergie, Hamon s’est prononcé pour mettre un frein au nucléaire, alors que Fillon préfèrait se concentrer sur les engagements de la COP21, en proposant un prix de la tonne de CO2 à 30 euros. Macron a de son côté opté pour réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique.

A quelques minutes de la fin du débat, soit à 11h42, le débat s’est finalement intéressé au reste du monde, et les candidats ont abordé la question de la défense.

@benoithamon : « Moins d’Etats-Unis, ça devrait vouloir dire plus d’Europe pour la défense » #LeGrandDebat.

Trois candidats sur cinq pour laisser la Crimée à la Russie

« C’est une vue de l’esprit que de penser que l’Europe va étendre son parapluie nucléaire sur 28 pays » a de son côté jugé Mélenchon, tout en soulignant qu’il fallait remettre la question des frontières sur la table, et en estimant qu’il voyait des similitudes entre la Crimée et la Russie.

« Nous-mêmes nous avons modifié des frontières » a renchéri François Fillon, citant l’exemple du Kosovo. « Il faut prendre en compte le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » a assuré François Fillon, donnant à demi-mot son blanc-seing à l’annexion de la Crimée par la Russie. Une position a priori partagée par Marine Le Pen, très proche de la Russie, qui ne s’est toutefois pas exprimée lundi soir.

« On a peu parlé d’Europe » a regretté Emmanuel Macron à 5 minutes de la fin du débat. « On a beaucoup parlé de cadeaux, et c’est plus facile de faire de cadeaux que de tenir des engagements » a-t-il assuré, avant de garantir qu’en tant que président, il aurait pour mission de garantir l’indépendance de la France, au sein de l’Union européenne.

Autre grand absent du débat, la question de la mise en examen de François Fillon ou des affaires financières dans lesquelles Marine Le Pen est mise en cause. Ces sujets qui ont principalement monopolisé le débat sur l’élection présidentielle jusqu’ici, n’ont cette fois pas été abordés, ni par les journalistes ni pas les candidats.