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30/09/2016

Marine Le Pen, persona non grata au Royaume-Uni pour les partisans du Brexit

Marine Le Pen, persona non grata au Royaume-Uni pour les partisans du Brexit

Marine Le Pen

[Shutterstock]

Le camp favorable au Brexit a demandé à la ministre britannique de l’Intérieur Theresa May d’interdire d’entrée au Royaume-Uni la présidente du Front national français Marine Le Pen, selon une lettre officielle envoyée par la responsable de « Vote Leave ».

Dans cette lettre, dont l’existence a été révélée dimanche par la BBC et dont l’AFP a obtenu une copie, Gisela Stuart, la coprésidente de la campagne officielle « Vote Leave » en faveur du vote pour une sortie de son pays de l’Union européenne (UE) au référendum du 23 juin, demande à la ministre de « refuser l’entrée » de la dirigeante du parti français d’extrême droite, du fait de « ses opinions extrémistes ».

Elle évoque à cet égard une visite prévue pour « mai » de Mme Le Pen.

Interrogé par l’AFP, le numéro deux du Front national Florian Philippot a indiqué que Mme Le Pen avait été « sollicitée pour aller soutenir le camp du Brexit » et « étudie l’opportunité d’un tel déplacement ».

>>Lire : Les Écossais ne veulent pas être exclus de l’UE contre leur gré

« Le Royaume-Uni est un État de droit et une démocratie avancée et donc une Française, de surcroît élue, peut parfaitement y circuler librement », a-t-il ajouté.

Soutien au Brexit

La visite de Mme Le Pen « permettrait aux Britanniques qui souhaitent sortir de l’Union européenne de savoir qu’il y a des responsables européens de premier plan qui les soutiennent », a souligné M. Philippot.

Mme Stuart explique sa requête en écrivant que Marine Le Pen « a tenu dans le passé nombre de propos clivants et incendiaires, notamment en comparant les musulmans priant dans la rue à l’occupation nazie en France ».

« La présence de Madame Le Pen au Royaume-Uni ne contribuerait pas à l’intérêt général », poursuit-elle.

>>Lire : Le Brexit pourrait gauchiser l’UE

« Par conséquent, je vous exhorte à exercer vos pouvoirs, en vertu de la législation sur l’immigration, pour refuser son entrée dans le pays dans le cas où elle tenterait de se rendre au Royaume-Uni », conclut Gisela Stuart, qui est également députée travailliste.

Interrogée dimanche sur cette lettre au cours d’une interview sur la BBC, Theresa May a refusé de dire quelle suite elle allait lui donner, rappelant qu’elle ne s’exprimait pas « sur des cas individuels ».

Contrôle des frontières

« Je pense que le fait qu’elle (Mme Stuart, NDLR) m’a écrit pour empêcher quelqu’un d’entrer dans le pays suggère que nous avons le contrôle de nos frontières », a cependant déclaré la ministre, connue pour son euroscepticisme, mais qui a néanmoins rejoint le camp du Premier ministre David Cameron, militant du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

L’un des principaux arguments des partisans d’une sortie de l’UE est la reprise du contrôle des frontières et de l’immigration.

>>Lire : Une majorité de Suédois veut quitter l’UE en cas de Brexit

Le chef du parti europhobe et anti-immigration Ukip Nigel Farage a, quant à lui, déclaré sur Sky News qu’il ne pensait pas qu’une intervention de Marine Le Pen serait utile à la campagne en faveur du Brexit, mais il s’est opposé à ce qu’elle soit interdite d’accès au territoire britannique.

Samedi, Marine Le Pen a plaidé pour que chaque pays puisse, comme la Grande-Bretagne, décider s’il veut ou non rester dans l’Union européenne, au cours d’une conférence à Sinaia, dans le centre de la Roumanie.

Contexte

En 2015, pendant sa campagne de réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les conditions d'adhésion du pays à l'UE et d'organiser un référendum pour que les Britanniques décident s'ils souhaitent rester dans l'union ou en sortir.

Après un sommet lors duquel il a obtenu des concessions des 27 autres États membre, David Cameron a confirmé qu'il ferait campagne pour que le Royaume-Uni ait un avenir européen.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l'UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l'interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l'UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l'investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

La campagne sera rude dans ce pays de tradition eurosceptique et doté d'une presse de droite très hostile à l'UE. Les sondages indiquent que la course sera très serrée.

Prochaines étapes

  • 23 juin : Référendum britannique sur le Brexit.
  • 27-28 juin : Sommet européen.
  • Juillet-décembre 2017 : Le Royaume-Uni sera à la présidence tournante du Conseil de l'UE.