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30/09/2016

Le parlement britannique veut interdir les microbilles dans les cosmétiques

Le parlement britannique veut interdir les microbilles dans les cosmétiques

Les microplastiques étouffent les océans.

L’utilisation des microbilles de plastique dans les exfoliants, dentifrices et autres cosmétiques devrait être interdite, afin de limiter la pollution marine, selon certains députés britanniques.

Des milliers de milliards de minuscules particules de plastique s’accumulent dans les océans, les lacs et les estuaires du monde entier, avec des conséquences dramatiques pour la vie marine et la planète, puisqu’elles sont à présent présentes dans la chaine alimentaire. Les membres du comité dédié à l’environnement au parlement britannique ont donc appelé à l’interdiction de l’utilisation des microbilles de plastique dans les cosmétiques. Ils voudraient que cette interdiction soit mise en place dans les 18 mois à venir. À eux seuls, les exfoliants utilisés au Royaume-Uni sont responsables du déversement de 86 tonnes de microbilles de plastique dans la nature tous les ans.

La pollution aux microplastiques provient à la fois de la fragmentation de plus grands morceaux de plastique, de petites fibres synthétiques vestimentaires et des microbilles utilisées dans les cosmétiques et autres produits courants. Les microbilles présentes dans les exfoliants, les gels douche et les dentifrices sont autant de facettes facilement éliminables du problème de la pollution à grande échelle. Mary Creagh, présidente du comité, souligne qu’une seule douche peut être responsable du rejet de 100 000 particules plastiques dans les océans.

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« Nous devons mettre en place une interdiction complète, de préférence au niveau international, puisque la pollution et ses conséquences ne s’arrêtent pas aux frontières », a-t-elle ajouté. « Si cela n’est pas possible étant donné notre vote pour une sortie de l’UE, le gouvernement devrait introduire une interdiction nationale. La meilleure façon de limiter ce type de pollution est d’empêcher que le plastique atterrisse dans l’océan. »

Microbilles de plastique

Nombre de grands fabricants de cosmétiques se sont engagés à éliminer progressivement l’utilisation de microbilles d’ici 2020. Les parlementaires estiment pourtant qu’il serait préférable d’interdire leur utilisation, si possible dans les 18 mois à venir, pour des raisons de confiance, d’universalité et de cohérence, à la fois pour les consommateurs que pour l’industrie. Le comité souligne qu’il s’agit d’un problème écologique d’ampleur, qui est pourtant évitable. S’y attaquer montrerait la volonté de Londres de limiter le problème, plus large, des microplastiques.

La toute petite taille de ces particules signifie qu’elles peuvent être ingérées par les animaux marins et peuvent donc transférer des substances chimiques de et vers l’environnement marin.

Nos vêtements étouffent les océans et la chaine alimentaire

Entre 80 000 et 219 000 tonnes de microplastiques entre l’environnement marin européen tous les ans. Il est nécessaire de limiter le volume de plastique qui arrive dans les mers, mais aussi d’étudier davantage les possibilités de captation des microplastiques par des systèmes de filtration et d’améliorer les processus de traitement des eaux usées.

« En mangeant six huîtres, on ingère probablement 50 particules de microplastique », souligne le comité parlementaire, qui appelle à davantage de recherches. Or, il n’existe pas énormément de recherches sur l’impact de cette pollution sur la santé humaine ou l’écologie marine.

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Si l’on pèse les débris polluant les océans, la plus grande partie est constituée de grands morceaux, comme des accessoires de pêche, des bouteilles ou des sacs plastiques. Pourtant, en quantité, les microplastiques sont plus importants. On estime qu’entre 15 et 51 milles milliards de particules microplastiques se sont accumulées dans les océans. Ces particules sont présentes à la surface de l’eau et sur les côtes partout dans le monde, notamment dans les endroits très isolés, comme les bas-fonds marins profonds ou la glace de mer arctique.

« Les microbilles des produits cosmétiques sont une source éliminable de pollution microplastique. Une interdiction serait donc bienvenue », confirme Richard Thompson, directeur de l’unité internationale de recherche sur la pollution marine de l’université de Plymouth.

Une opinion partagée par Tamara Galloway, de l’université d’Exeter. « La pollution aux microbilles est un problème réellement mondial. Les marées et courants peuvent transporter ces particules à travers les océans, vers des pays très éloignés de l’endroit où elles ont été déversées dans l’océan », explique-t-elle. « Dans l’idéal, toute législation réduisant leur utilisation devrait être élaborée à un niveau international. »

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Contexte

Les Pays-Bas, l'Autriche, la Belgique et la Suède militent pour l'interdiction des micro-plastiques utilisés dans les détergents et les cosmétiques, afin de protéger les milieux marins - et les fruits de mer.

L'élimination des micro-plastiques de produits tels que les détergents et les cosmétiques « est extrêmement urgent », exhortent les pays dans leur déclaration commune.

Les microplastiques sont des morceaux de polyester et d'acrylique plus petits que des têtes d'épingle. Des scientifiques ayant étudié leur présence dans les aliments mettent en garde contre leurs conséquences sur la santé humaine quand ils contaminent la chaîne alimentaire.

La Haye est particulièrement inquiète, puisque les fruits de mer, et donc les moules produites aux Pays-Bas, pourraient être contaminés par les micro-plastiques.

Un document de la consultation publique de la Commission européenne (le livre vert), publié en mars 2013, identifie les microplastiques comme un des défis en matière de politiques publiques sur le plastique. Le sujet n’a cependant pas encore été abordé au niveau européen.