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26/09/2016

La transformation vers une économie verte reste difficile

La transformation vers une économie verte reste difficile

En décembre dernier, les négociateurs de 195 pays s'étaient réunis à Paris.

En décembre dernier, les dirigeants du monde entier se sont accordés sur un accord historique pour lutter contre le réchauffement climatique, accord décrit comme le début de la transition vers une économie à faible carbone.

Limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C ne sera cependant possible que grâce à une modification radicale de la culture d’extraction et de consommation qui prédomine depuis la révolution industrielle.

« Regardez-nous aujourd’hui », a intimé Maroš Šefčovič, commissaire à l’union de l’énergie, aux représentants présents à la conférence sur la transition vers une économie verte, qui a eu lieu à Bratislava la semaine dernière. « La transition vers une économie verte est omniprésente dans notre diplomatie, notre culture populaire, l’évolution de nos industries, menée par les technologies novatrices. Ce qui a commencé par un mouvement pionnier a réussi à gagner les cœurs et les esprits de millions de citoyens partout dans le monde. »

Une fois les festivités de la COP 21 terminées, les décideurs politiques se sont penchés de plus près sur les engagements pris par les 195 pays participants. Or, passer d’une infrastructure et d’une économie fondées sur le modèle traditionnel du 20e siècle à une nouvelle société verte ne sera possible que grâce à un investissement phénoménal et à une modification de nos attitudes.

« Chez certains d’entre nous », a continué le commissaire, « l’idée de cette nouvelle économie s’accompagne d’une impression d’aventure, mais pour d’autres, elle peut sembler intimidante, mais faites-moi confiance, c’est le seul moyen d’aller de l’avant. Et c’est aussi la seule façon de faire à nouveau de l’Europe un moteur de croissance mondial. »

Cet objectif n’a rien d’évident après des années de récession –qui ont contribué à la réduction des émissions – dans un monde encore largement influencé par les fluctuations du prix du pétrole,  et qui s’appuie lourdement sur les combustibles fossiles.

« C’est de transformation, et non de transition, qu’il faut parler », estime Cristiana Pasca Palmer, responsable de l’environnement au sein du gouvernement roumain.

>> Lire : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Cette transformation touche un éventail extrêmement large de secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, comme le transport, l’agriculture, l’énergie, et même les services financiers, et entrainera des actions sur les politiques à tous les niveaux, de l’ONU à la collecte locale des déchets.

Les renouvelables doivent être intégrées aux réseaux interconnectés existants en Europe, la fameuse union de l’énergie. L’objectif ultime de la Commission est de remplacer le gaz, le combustible le moins émetteur de gaz à effet de serre, qui servira d’énergie de transition, par les énergies renouvelables.

Pour ce faire, il faudra mettre en place des initiatives dans des domaines divers, comme les décharges, la rénovation des bâtiments, les feux de circulation ou encore les programmes sociaux ou d’appels d’offres publics, afin de limiter les pertes d’emplois liées à la fermeture des industries polluantes.

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Cette année, le jour de surconsommation de la Terre était le 8 août. Depuis cette date, l’humanité consomme plus de ressources que ce que la planète peut produire naturellement. En continuant comme cela, en utilisant tous les ans 1,4 fois les ressources produites par la Terre, nous fonçons vers une pénurie grave.

Les conséquences de notre incapacité à tenir compte du changement climatique se ressentent déjà en Europe et dans le reste du monde, a rappelé Maroš Šefčovič. « Cette dernière décennie a vu bien trop de désastres météorologiques. Les États-Unis ont été frappés par des ouragans, l’Asie par des typhons, et l’Europe par des inondations destructrices, dans presque tous les États membres », insiste-t-il. « Nous réalisons enfin que le changement climatique est là, et qu’il constitue un danger imminent. »

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L’Union européenne doit à présent élaborer une nouvelle série de législations encadrant la transition à une économie verte. Avant d’être adoptées, les propositions législatives sont débattues par le Parlement européen et le Conseil, qui représente les États membres.

La Slovaquie assurera la présidence de l’UE pour les six mois à venir. Les diplomates slovaques devront donc s’efforcer de faire convaincre les 28 de ratifier officiellement l’accord de Paris, ainsi que d’atteindre un consensus pour le moins incertain sur le paquet controversé de l’économie circulaire, sur les déchets et le recyclage.

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Un paquet législatif sur la question était à l’étude, mais a été enterré par la Commission Juncker, qui a présenté de nouvelles propositions cette année. Le nouveau paquet se concentre davantage sur la création de marchés et la conception des produits, avec moins d’attention aux décharges.

Les objectifs climat et énergie pour 2030 de l’UE, qui encouragent la réduction des émissions et d’augmentation de la part des renouvelables, doivent encore être transposés dans la législation européenne. Ces objectifs ont constitué le point de départ de la position européenne lors de la conférence de Paris sur le climat.

Le système d’échange des droits d’émission (ETS) européen, le plus grand marché de carbone au monde, doit également être réformé. Les prix actuels sont en effet tellement bas qu’ils ne représentent aucun incitatif à un abandon des énergies fossiles.

Les secteurs non couverts par l’ETS, comme les transports et l’agriculture, sont également dans le viseur des législateurs européens. Le transport représente par exemple un quart des émissions de gaz à effet de serre du continent et devrait donc être plus réglementé.

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Résistances

Le Parlement et le Conseil européens doivent tous deux soutenir chacune de ces politiques pour qu’elles soient appliquées au niveau national. Or, chaque proposition fera l’objet d’une opposition opiniâtre par les groupes qui ont intérêt à prolonger un système non durable, et les allégations selon lesquelles des lois plus vertes nuiraient à la compétitivité de l’UE peuvent saper la volonté politique.

C’est pourquoi la Commission a à cœur de mettre en avant la dimension économique, malgré les accusations qui en résultent et selon lesquelles l’exécutif européen favorise les entreprises au détriment de l’environnement.

« La transition énergétique a beaucoup de sens du point de vue économique », assure Maroš Šefčovič, qui souligne que 9 millions d’Européens travaillent déjà dans des industries vertes. Ce nombre devrait doubler d’ici 2030.

« Cette transition sera perturbatrice », poursuit-il. « Pas dans le sens qu’elle ralentira notre production économique, mais parce qu’elle la transformera et la rendra plus intelligente. »

L’investissement privé stagne depuis la crise financière. Convaincre les investisseurs de délier leurs bourses est essentiel pour lancer de nouveaux projets, restaurer la confiance et généraliser l’économie verte.

Le plan Juncker, qui utilise l’argent public pour garantir les risques des investisseurs privés, a permis à des projets plus écologiques de prendre de l’ampleur. L’annonce de la prolongation du programme devrait être faite lors du discours de l’état de l’union à Strasbourg cette semaine.

>> Lire : Berlin s’irrite du possible prolongement du plan Juncker

La Commission européenne ne peut cependant pas tout faire toute seule. Elle dépend en effet des dirigeants européens, nationaux et locaux. Elle a également besoin que le secteur privé soit convaincu par sa vision, et que les citoyens soient prêts à modifier leurs comportements.

La volonté politique est davantage au rendez-vous depuis l’accord de Paris, qui vient d’être ratifié par la Chine et les États-Unis, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. « Pour que cette transition ait lieu, nous devrons tous nous remonter les manches », assure Maroš Šefčovič.