Le noyau dur de l’UE appelle à une nouvelle dynamique politique

Mariano Rajoy, Angela Merkel, François Hollande et Paolo Gentiloni, le 6 mars à Versailles - Euractiv.fr

Réunis à Versailles lundi 6 mars, Angela Merkel, François Hollande, Mariano Rajoy et Paolo Gentiloni ont chacun à leur façon tenté de relancer une dynamique politique autour de l’Europe, quelques jours avant un sommet européen à 28, mais aussi avant la célébration des 60 ans du traité de Rome, le 25 mars prochain.

« Versailles est un lieu chargé d’histoire » a rappelé François Hollande, évoquant le traité de Versailles en 1918, lorsque les pays européens s’étaient retrouvé après la Première guerre mondiale.

Une façon d’insister sur le fait que l’heure était grave, comme semblait le rappeler la pompe déployée pour l’occasion, des ors du chateau à la fanfare de  la garde républicaine.

 

La cour de marbre, où le président français a accueilli les chefs d’Etat

« Nous ne pouvons pas simplement commémorer, nous devons réaffirmer ensemble un engagement pour l’avenir » a insisté le président, soulignant que des choses que l’on croyait établies depuis 60 ans, comme la paix et les droits de l’homme, étaient aujourd’hui remises en cause.

Le président sortant a aussi tenté de prendre du recul, en tançant les forces centripètes. « L’Europe doit être capable de vivre à 27, il n’y pas de capacité à pouvoir influencer si la division s’installe » a-t-il averti.

Le jour-même, il avait, dans une interview à 6 journaux européens, précisé le contour de sa propre approche.

« L’Europe à 27 ne peut plus être l’Europe uniforme à 27. Longtemps, cette idée d’une Europe différenciée, avec des vitesses différentes, des rythmes distincts pour progresser, a suscité beaucoup de résistance. Mais aujourd’hui, c’est une idée qui s’impose. Sinon, c’est l’Europe qui explose » estime le chef d’Etat français.

Cette vision, qui correspond peu ou prou à celle de l’Allemagne et au scénario 3 décrit dans le livre blanc de Jean-Claude Juncker, doit encore convaincre un certain nombre de pays européens réticents.

Versailles, un sommet pour redorer l'image de l'Europe

Les chefs d’Etat de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et de la France se retrouvent lundi 7 mars dans le chateau du Roi-Soleil pour redonner foi en l’Europe.

Elle a en tout cas été clairement endossée par Angela Merkel, lundi soir.

Consensus autour des coopérations différenciées

« Nous devons avoir le courage d’accepter que certains pays aillent de l’avant, qu’ils puissent avancer plus rapidement que d’autres. Ces coopérations peuvent rester ouvertes à ceux qui ont pris du retard.

Nous avons besoin d’une Europe plus cohérente, plus forte, a ajouté la chancelière, avant de détailler les sujets à ses yeux prioritaires pour la déclaration de Rome en préparation pour le 25 mars prochain, date des 60 ans du Traité de Rome.

Comme le président Hollande, elle a insisté sur l’enjeu de la défense, l’économie, la sécurité et l’immigration, insistant sur l’Afrique « dont le développement a été insuffisant ces dernières années ».

Mariano Rajoy s’est fendu d’une vibrante déclaration europhile, déclarant que l’Union européenne était un succès, grâce à 60 ans de paix et de liberté, un record pour le Vieux Continent.

« Ce qui me plait c’est l’option qui vise à davantage d’intégration. L’UE doit regarder vers l’horizon le plus lointain » a assuré le premier ministre espagnol, qui semble ainsi opter pour le scénario 4 du Livre Blanc de la Commission européenne. Une vision ambitieuse, qui nécessiterait un changement des traités, ce qui explique que l’Allemagne et la France ne la soutienne pas : les opinions publiques française et allemande ne sont pas prêtes pour cela.

Le nouveau président du Conseil des ministres italien, Paolo Gentiloni, a clos le débat en invitant l’UE à développer l’Europe sociale.

« S’il n’y avait pas l’UE nous en ressentirions le manque ! » a-t-il plaidé, assurant que son objectif, à Rome fin mars, était de regarder « très loin en avant ». « Nos pays doivent opérer des choix, sans quoi nous risquerions de mettre en difficulté l’UE » a-t-il aussi ajouté, précisant : « nous avons besoin d’une UErope sociale, qui s’attarde sur la croissance et les investissements », n’hésitant pas à préciser que l’Europe est la plus première « superpuissance commerciale »

Le chef du gouvernement italien a enfin souscrit à une vision d’une Europe plus intégrée, où « l’UE donne des réponses différentes à des projets différents »

A part l’Espagne, qui n’a pas insisté sur le sujet, le quatuor semble donc convaincu de cette Europe à plusieurs vitesses, un projet sur lequel elle tente d’embarquer les 23 autres pays.

Car pour les europhiles convaincus, cette position ne souffre pas de débat. « Ou bien on fait différemment, ou bien on ne fera plus ensemble » estime François Hollande.

En France, la droite est tombée d’accord sur cette approche. L’eurodéputé Philippe Juvin, proche de François Fillon, a ainsi salué cette approche en cercles concentriques pour le futur de l’UE.

Un sommet de facto discret

L’élu a toutefois regretté le peu de communication fait autour de l’événement. Mais plutôt d’un manque de communication, et alors que le château de Versailles récemment redoré offrait tout le décorum nécessaire à un sommet particulièrement solennel, le sommet a souffert d’un manque d’intérêt des médias français. T

Obnubilés par les circonvolutions de la droite et des hésitations de ses candidats, les médias grand publics ont fait peu de cas des discussions entre les chefs d’Etat sur le futur de l’Europe.

Réactions

"Il faut oser une Europe à plusieurs vitesses pour sauver l'Europe" a déclaré Philippe Juvin, porte-parole Europe pour Les Républicains