En 2049, aurons-nous fondé l’Europe de Victor Hugo?

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L'Europe va-t-elle dans le bon sens?

En 1849, Victor Hugo appelait de ses vœux une Europe unie et fraternelle. L’UE parviendra-t-elle à concrétiser cette idée pour 2049, s’interroge Mac Humbert. Une opinion recueillie par notre partenaire, Ouest-France.

Marc Humbert est professeur d’économie politique à l’Université de Rennes 1.

Une série de révolutions, en 1848, a fait basculer l’Europe, qui dominait encore la planète, en un ensemble de nations peu à peu démocratiques.

Jusqu’alors, le continent avait été le théâtre, depuis la chute de Rome, de conflits entre chefs d’État, empereurs, monarques, qui embarquaient leurs sujets dans toutes sortes d’aventures. Désormais, les peuples devenaient souverains et entendaient accorder les limites territoriales à une nationalité, à un système de lois démocratiques et non à la compétition entre les volontés de puissance des chefs.

Cette division de l’Europe en nations paraissait déjà dépassée à Victor Hugo. Il clamait dès 1849 : « Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne. »

Où en serons-nous deux siècles après, en 2049 ? Aurons-nous accompli le vœu formulé par Hugo ? Un premier pas a été fait après 1945 : les grandes nations, celles citées par Hugo, ont cessé de se faire la guerre. D’autres avancées ont suivi. En mettant en commun le charbon et l’acier, ces clés de la reconstruction économique du moment. En assurant la fin des pénuries alimentaires avec la Politique agricole commune (PAC). Avec une vraie coopération entre les nations dont les peuples sentaient l’importance dans leur quotidien.

Les 27 tentent de renouveler le projet européen

Le jour du 60e anniversaire de l’UE, qui semble dans une très mauvaise passe, les dirigeants européens ont adopté la déclaration de Rome. Une vision à dix ans visant à renouveler le projet des pères fondateurs de l’union.

Services publics européens

Et puis tout cela s’est délité avec la mondialisation. Les agriculteurs sont mis en concurrence et sommés d’être compétitifs sur le marché mondial, sur une planète où les questions d’environnement sont devenues majeures. Le charbon et l’acier ont laissé le leadership aux nouvelles technologies. Mais nous n’avons mis en place ni Communauté européenne de l’Informatique et des Télécommunications. Ni Communauté européenne de la Transition écologique.

Il faut y venir, ne pas se fier aux lois de la compétition sur les marchés, ne pas abandonner la coopération constructive. Une monnaie et un marché uniques n’ont de sens que si la « fraternité européenne » est établie. Les libres marchés en sont incapables, la convergence exige que chaque nation se soucie de l’autre, sachant qu’elles ont des intérêts différents. Cela ne passe pas par la seule relation entre chefs d’État. Il faut une assemblée européenne des nations de l’UE. Où siégeront des représentants de chaque assemblée nationale pour l’Europe. Chaque Européen se sentira concerné si dans son pays, une assemblée nationale pour l’Europe discute des négociations à mener avec les autres nations, dans un respect des nations les unes à l’égard des autres. C’est un schéma proche de celui imaginé pour la zone euro par l’économiste Thomas Piketty.

Et il est nécessaire de construire ensemble notre avenir en commun. En particulier dans les réseaux de hautes technologies, dans la fourniture d’énergies renouvelables, qui écrivent le XXIe siècle. Comment faire ? Par exemple en mettant en place des services publics européens, dans ces domaines, financés par des impôts de tous les citoyens de l’UE, par des emprunts auprès des Européens.

De cette façon nous amorcerons la formation de citoyens nationaux, constructeurs d’Europe. Des constructeurs « d’européanité », outrepassant la nation sans la nier, et, par là même, initiateurs d’une véritable fraternité européenne.

Selon Piketty, Macron, c'est «l'Europe d'hier»

L’économiste Thomas Piketty, conseiller du candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon pour les questions européennes, juge qu’Emmanuel Macron représentait « l’Europe d’hier, l’Europe du traité budgétaire de 2012, qui a échoué ».