La menace d’une sortie de l’UE, une erreur écologique

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.com PLC.

Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin

Le programme de Jean-Luc Mélenchon peut paraître ambitieux pour l’environnement et le climat. Sébastien Mabile et Matthieu Orphelin partagent son constat sur l’urgence d’agir, mais estiment que ce projet est porteur d’une incohérence grave sur la question européenne.

Sébastien Mabile est avocat et maître de conférences à Sciences Po. Matthieu Orphelin est ancien porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

Jean-Luc Mélenchon ne s’en cache pas : au motif que « l’Europe, on la change ou on la quitte », une sortie de l’Union est clairement envisagée. Or, les conséquences sur l’environnement et le climat d’une sortie de l’Union, dont le Traité prévoit que ses politiques visent « un haut niveau de protection élevée »[1] seraient catastrophiques.

Fondée sur les principes de prévention, de précaution et du pollueur-payeur, la réglementation environnementale européenne s’est développée dans tous les domaines : information et participation des citoyens, prévention des dommages environnementaux, protection des milieux naturels, gestion des déchets ou lutte contre le changement climatique. C’est près de 80 % de la réglementation environnementale de chacun des pays membres qui découle aujourd’hui de « l’acquis communautaire », formé par plus de 700 directives ou règlements.

L’exemple britannique devrait pourtant conduire tout écologiste à écarter le risque d’une sortie de l’Union. Dans ce pays, l’ensemble de la communauté environnementale était favorable au « remain », et pour cause : « enfant sale » de l’Europe dans les années 1970, les politiques communautaires ont permis au Royaume-Uni de devenir leader en matière de qualité des eaux ou de développement des énergies renouvelables. Les risques d’un dumping du Royaume-Uni au niveau des normes environnementales et d’un affaiblissement de la politique climatique européenne sont déjà dénoncés et les inquiétudes des écologistes britanniques vont grandissantes.

Une sortie de la France de l’Union assènera un coup peut-être fatal en conférant un poids majeur à la Pologne et ses alliés, partisans des gaz de schistes et des énergies fossiles, menaçant le respect fragile des objectifs de l’Accord de Paris. Rappelons à cet égard que sans le poids diplomatique d’une Union européenne à 28 États, l’issue de la COP 21 n’aurait certainement pas été la même.

Alors que M. Mélenchon était encore un fervent productiviste, l’Union développait déjà à la fin des années 1980 ses premières actions en faveur de la baisse des émissions de gaz à effet de serre[2]. Depuis, son rôle n’a cessé de s’amplifier, jusqu’à l’adoption du paquet « climat énergie » qui prévoit en 2030 une baisse des émissions européennes de gaz à effet de serre de 40 % par rapport à leur niveau de 1990, et un développement massif des énergies renouvelables[3].

Le projet écologique de la France insoumise, dans la perspective d’une sortie de l’Union européenne, nous apparaît une erreur écologique. Dans sa vision la plus optimiste et la plus utopique, il permettra à la France de devenir le Costa Rica de l’Europe. Un pays certes exemplaire, mais dont le poids et l’influence sur les changements globaux de la biosphère sera marginal. Dans sa version la plus pessimiste, un « frexit » renforcera les lobbys les plus productivistes, aujourd’hui incarnés par François Fillon, qui n’ont de cesse de critiquer le poids des normes environnementales européennes. Dénonçant souvent à dessein le dumping social européen, comment imaginer qu’une Europe des Nations ne soit pas celle d’un nouveau dumping environnemental ?

Quand M. Mélenchon se dit prêt à quitter l’Union européenne, nous affirmons au contraire qu’il faut la renforcer, notamment sur le plan énergétique et climatique. On ne peut à la fois prétendre défendre l’écologie et prendre le risque de tirer un trait sur 50 ans de politique européenne en matière d’environnement.

C’est la raison pour laquelle nous pensons que seul le projet européen d’Emmanuel Macron est à même de mener la transformation écologique que nous appelons de nos vœux.

[1] Article 191 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

[2] Résolution du Conseil du 21 juin 1989 concernant l’effet de serre et la Communauté.

[3] Objectifs 2030 en matière de climat et d’énergie en faveur d’une économie de l’UE compétitive, sûre et à faibles émissions de carbone.