Signature de l’Accord de Paris : l’UE peut-elle rester leader ?

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Teresa Ribera

Teresa Ribera [IDDRI]

L’Accord de Paris devrait recevoir plus de 140 signatures à New York ce vendredi 22 avril. Cela représente une large majorité des nations du monde entier et reflète, une fois de plus, l’engagement politique dans la lutte contre le changement climatique.

Teresa Ribera est directrice de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI).

Paris a été une réussite parce que la coopération et l’action ont remplacé le jeu à somme nulle. Cette réussite est liée au fait que l’accord est parvenu à combiner dynamisme et apprentissage avec confiance et détermination à agir, équité et développement durable.

La COP Climat de Paris a modifié les attentes et la façon dont les acteurs évaluent les possibilités. Les entreprises et les investisseurs posent un regard différent sur leurs programmes stratégiques et les citoyens ont davantage confiance dans la capacité des sociétés à transformer leur avenir. Cependant, il reste à prouver qu’il s’agit d’un véritable succès.

Une entrée en vigueur rapide de l’accord contribuerait à assurer la crédibilité du système et exercerait une pression supplémentaire pour accélérer la mise en œuvre de la réglementation et de politiques coordonnées. Elle permettrait également d’appuyer les efforts des entreprises qui déterminent leurs business models et leurs investissements dans l’innovation en fonction de la lutte contre le changement climatique. Enfin, elle contribuerait à améliorer les modèles de développement pour qu’ils soient plus cohérents et équitables, reposant sur la solidarité et sur une intégration intelligente de l’agenda du développement durable partout dans le monde.

C’est dans ce contexte que l’Union européenne doit démontrer sa capacité réelle à mener une « coalition de grande ambition » pour l’économie réelle. Aujourd’hui, cependant, des doutes subsistent quant à la volonté de l’UE d’approfondir son action climatique. Le processus de ratification est ralenti par la faiblesse des intérêts nationaux chargés des politiques énergétiques et d’atténuation et il semble que les positions traditionnelles en matière de sécurité restent prédominantes dans l’élaboration de la stratégie d’action extérieure de l’UE.

Toutefois, 2016 offre une formidable opportunité. Les institutions européennes vont discuter des principaux piliers manquants de leurs politiques en matière de changement climatique, d’union énergétique et de leur stratégie d’action extérieure. L’Europe reste confrontée à de grands défis, tant au niveau interne qu’international, qui ne pourront être correctement abordés sans vision nouvelle. Sans changement profond dans notre manière d’aborder la réalité climatique, il sera impossible de garantir une reprise économique de longue durée, une réponse appropriée à la crise douloureuse des migrations et réfugiés, et une union engagée politiquement des États membres européens.

Par conséquent, nous pourrions – au moins – concentrer nos efforts sur les priorités suivantes :

1. Adopter rapidement des mécanismes de tarification du carbone à la fois aux niveaux européen et national : une version révisée et efficace de l’ETS ; dans les secteurs non couverts par l’ETS, la tarification du carbone doit envoyer les bons signaux pour les émissions liées au secteur des transports ; et assurer une utilisation intelligente des ressources mobilisées pour répondre aux préoccupations des groupes sociaux les plus vulnérables. En outre, une réforme de grande envergure du marché de l’énergie est nécessaire pour permettre une pénétration efficace des énergies renouvelables et un retrait intelligent des capacités de production excédentaires, peu flexibles et polluantes. L’ensemble des mesures devant être adoptées ces prochaines années pour mettre en œuvre la contribution de l’UE doivent être aussi ambitieuses que possible.

2. Proposer des stratégies de développement nationales à faibles émissions afin qu’un débat éclairé puisse être engagé au niveau national puis au niveau de l’UE sur les différents moyens d’atteindre l’objectif de zéro émission d’ici 2050 dans chaque État membre, puis dans l’Union européenne dans son ensemble ; il s’agit notamment d’élaborer des stratégies de sortie des énergies fossiles offrant des options alternatives pour un avenir prospère aux régions pouvant se retrouver en situation difficile en raison de la nécessité de passer rapidement à un avenir sans carbone.

3. Considérer le changement climatique comme une priorité géopolitique et géoéconomique de la stratégie d’action extérieure qui sera présentée par Mme Mogherini dans les prochaines semaines, et non plus comme un multiplicateur de menaces comme ce fut le cas dans la précédente stratégie de Solana, et assurer la bonne approche pour réévaluer les politiques et créer des opportunités et des alliances.

4. L’UE doit être prête pour l’exercice de bilan (« stocktaking ») de 2018 prévu par l’Accord de Paris. Premièrement, elle doit être en mesure de démontrer d’ici 2018 qu’elle a fait des progrès significatifs dans la mise en œuvre de sa contribution au titre de l’Accord de Paris ; l’UE doit aussi donner le coup d’envoi de la discussion sur la révision à la hausse de sa propre contribution dès 2018. Deuxièmement, l’UE doit façonner l’exercice de stocktaking proprement dit. Ce bilan doit examiner les progrès réalisés par tous les pays en termes de mise en œuvre de leurs contributions, présenter les moyens d’accroître l’ambition dans chaque secteur, et indiquer les avancées dans la coopération internationale en matière d’innovation technologique, de financement et d’élaboration des politiques.