Pulse of Europe: l’Europe est une question de guerre ou de paix

Grâce à l'initiative Pulse of Europe, de plus en plus de citoyens s'intéressent aux questions européennes. [Martin Kraft/ Flickr]

L’initiative #PulseofEurope fait descendre des milliers d’Européens dans les rues tous les week-end pour défendre l’UE. Son fondateur, Daniel Röder, explique sa démarche à  Euractiv Allemagne.

Daniel Röder, avocat de profession, a cofondé le mouvement Pulse avec Europe avec sa femme, Sabine, fin 2016.

Quels sont les avantages de l’UE?

C’est une question facile. Europe ou pas Europe, c’est avant tout une question de guerre et de paix. L’UE joue un rôle fondamental dans le maintien de la paix, comme l’histoire nous le montre. Et il est impossible de résoudre des problèmes internationaux tels que le changement climatique et l’immigration au niveau national. La croissance et la prospérité économique sont également des facteurs importants.

Les différends concernant la répartition des réfugiés et le remboursement de la dette grecque témoignent d’un manque de solidarité. De nombreux États membres de l’UE ont l’impression que les décisions européennes sont en réalité guidées par les désirs de pays tels que l’Allemagne ou la France. L’Europe manque-t-elle d’un « code de conduite » pour résoudre ces problèmes?

Il est certain qu’avec 28 pays, il est souvent difficile d’aboutir à une position commune, puisque tous les Etats membres ont des intérêts différents. Avec la crise des réfugiés par exemple, nous avons vu ce qu’il se passe quand un pays, l’Allemagne, choisit sa voie et que les autres doivent suivre. Si les pays avaient pris des décisions de manière plus unie, il aurait été plus facile de répartir les réfugiés.

La société civile devrait se demander quel genre d’UE elle veut. Et les gouvernements nationaux tels que la Pologne qui n’ont pas l’intention de suivre les règles feraient bien de se demander s’ils veulent vraiment appartenir à une communauté de valeurs.

Un code de conduite pourrait être utile. Cela impliquerait un débat sur des réformes, ce que la Commission européenne a tenté de lancer avec son récent Livre blanc sur l’avenir de l’Europe. Certes, le livre blanc a été vivement critiqué. Mais nous sommes toujours convaincus que cette contribution est importante, y compris d’un point de vue politique. L’initiative Pulse of Europe entraîne un débat passionné, et c’est exactement ce que nous voulons promouvoir, ce dont nous avons manqué pendant des années.

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Vous dites que votre mouvement n’est pas guidé par un certain romantisme européen, mais qu’il émane d’une volonté de réformes. Qu’est-ce qui vous déplaît dans l’UE actuelle?

Les États membres placent toujours leurs intérêts nationaux en priorité ! Il est incohérent de soutenir des décisions au niveau européen pour ensuite les critiquer. Les États membres doivent prendre leurs responsabilités pour une Europe unie. Or en Allemagne, l’Europe n’a pas réellement de place dans les programmes des partis politiques.

Martin Schulz est fraîchement arrivé de Bruxelles pour se lancer dans la politique allemande et ne parle déjà plus d’Europe. Angela Merkel parle quant à elle d’Europe à deux vitesses sans réellement préciser ce qu’elle veut.

C’est en réalité la plus grande faiblesse de l’Union européenne. La disposition naturelle de l’Europe et la puissance du Conseil européen y sont pour quelque chose. Une réforme institutionnelle semble donc nécessaire. L’union a réellement besoin d’une plus grande cohésion. Mais par les temps qui courent, personne n’ose proposer la création d’États-Unis d’Europe.

Les Néerlandais ont voté, les Français et les Allemands se rendront aux urnes bientôt. Le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), le Front National et le PVV de Geert Wilders ont tous tenté d’exploiter la crise des réfugiés et la question de l’immigration dans leurs campagnes politiques. Nombreux sont ceux qui souhaitent revenir à un certain protectionnisme, à l’État-nation, afin d’échapper aux complexités du monde…

Tout d’abord, je suis convaincu que le nationalisme n’est pas un problème qui concerne seulement l’UE. On l’a bien vu avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Mais effectivement, on assiste en Europe à un certain repli nationaliste. Nous avons besoin d’un débat honnête. Notre réalité est plus complexe et difficile.

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Mais qu’adviendra-t-il si les nationalistes, comme Marine Le Pen, prennent le pouvoir ? L’Europe ne sera-t-elle pas menacée dans ce contexte?

Je pense que Marine Le Pen arrivera au second tour des élections. Si elle remporte l’élection, je pense qu’elle tentera de quitter l’UE. Mais la France est un membre fondateur de l’UE. Je crains donc que le bloc ne s’effondre complètement. Cependant, même dans un scénario catastrophe de ce genre, il faut rester optimiste. Nous pouvons bâtir une nouvelle structure, même à partir de vestiges. Donc même après le Brexit et un potentiel « Frexit » (qui selon moi n’aura pas lieu), il y aura toujours un successeur à l’UE. Difficile toutefois de dire comment cette structure fonctionnera avec les membres actuels de l’UE.

Certains États d’Europe de l’Est pourraient ne pas suivre le mouvement?

Je resterai prudent sur le sujet. L’Europe de l’Est n’est pas une seule entité. Les manifestations massives en Roumanie ont eu lieu sous la bannière de l’UE, et nombre de citoyens s’opposent au parti polonais Droit et justice (PiS).

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En tant qu’avocat, vous êtes spécialisé en commerce international et en droit des contrats. Les accords de libre-échange tels que le TTIP ont-ils ruiné la réputation de l’UE auprès du grand public?

Ils ont certainement joué un rôle important. Les débats concernant les accords tels que le TTIP et le CETA se sont concentrés sur la transparence des institutions. Mais il faut reconnaître que les discussions ont été complexes et ont entraîné un certain nombre de quiproquos.

Outre les rassemblements qui ont déjà eu lieu, envisagez-vous de mettre en place d’autres actions?

Nous ne pensions pas organiser de mouvement citoyen, mais d’après  nous, les manifestations sont un outil important pour donner une voix aux europhiles qui soutiennent la démocratie. Le week-end dernier, 25 000 citoyens se sont rassemblés dans la rue. Ils devraient être encore plus nombreux au prochain rendez-vous.

Par ailleurs, nous nous déplaçons à présent dans les écoles pour aborder certaines questions avec les élèves et organiser des forums de discussion. Nous recrutons également de nouvelles personnes dans notre équipe de Francfort.