A Berlin, cérémonie des adieux avant l’arrivée de Macron

Angela Merkel accueille François Hollande à son arrivée à la chancellerie à Berlin. [@EPA/CLEMENS BILAN]

Angela Merkel a reçu François Hollande le 8 mai à Berlin pour la dernière rencontre du couple français-allemand. Un article de notre partenaire Euroefe, en direct de Berlin.

« Même si nous venons de familles politiques différentes, nous avons bien travaillé ensemble »,  a affirmé la chancelière allemande, interrogée sur sa rencontre avec François Hollande, lors d’une conférence de presse au siège de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le parti qu’elle préside depuis 2000.

Quelques heures avant l’arrivée de François Hollande, Angela Merkel a souligné le soutien reçu du socialiste français durant les cinq années de son mandat pour le leadership européen, pierre angulaire de la politique extérieure allemande et a souhaité au président sortant « le meilleur pour l’avenir ».

François Hollande est arrivé pour une réunion, puis pour un dîner en tête en tête avec la chancelière, dernier chapitre pour un duo qui, même s’il a fonctionné,  n’est  pas parvenu à prendre forme comme le couple Merkel-Sarkozy, que certains appelaient même « Merkozy ».

Le dîner rappelle celui qu’elle avait partagé en novembre avec le président américain sortant, Barack Obama, quelques jours après la victoire de Donald Trump, à la seule différence que la relève de l’allié français a été remportée par le candidat désiré par Berlin.

La présence d’Angela Merkel devant les médias devait se concentrer sur le triomphe de la CDU aux élections régionales ayant eu lieu le 8 mai dans le « Land » de Schleswig-Holstein (près de la frontière avec le Danemark), mais la majorité des questions ont porté sur le nouveau chapitre s’ouvrant avec la victoire d’Emmanuel Macron.

Nouveau couple

« Je n’ai aucun doute sur le fait que nous allons continuer à travailler ensemble et bien, comme jusqu’à présent », a-t-elle répondu à la question insistante de l’avenir de l’axe franco-allemand avec l’arrivée d’Emmanuel Macron, qu’elle assure devoir rencontrer « très bientôt » à la chancellerie.

Emmanuel Macron est le quatrième président français qui partagera le duo avec Angela Merkel, après Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et le socialiste François Hollande.

Le président élu est un responsable politique qui a donné espoir à des millions de Français et à de nombreux Allemands et Européens, a souligné Angela Merkel, qui avait déjà reçu Emmanuel Macron en mars dernier à Berlin, alors qu’ils ne font pas partie de la même famille politique.

Emmanuel Macron fait la cour à Berlin

Le candidat le plus ouvertement pro-européen a engrangé le soutien de Sigmar Gabriel, ministre allemand social-démocrate aux Affaires étrangères, mais a aussi rencontré la chancelière Angela Merkel lors d’une visite à Berlin.

Le soulagement face à la victoire du candidat d’En marche ! fait suite à de nombreux messages de soutien de la part de Berlin, qui a clairement affirmé qu’Emmanuel Macron était l’alternative au coup de massue qu’aurait supposé une victoire du Front national.

Quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote en France et après les premières prévisions, le porte-parole du gouvernement, Steffen Seibert, a publié un tweet pour féliciter le vainqueur. Deux heures plus tard, un communiqué a été publié informant du premier appel d’Angela Merkel au nouveau président.

Entre temps, le ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a fait une déclaration qui a été liée en Allemagne avec la campagne électorale actuelle. Le ministre a défendu la nécessité pour Berlin de soutenir Emmanuel Macron, d’en finir avec la rigueur de l’austérité et de l’orthodoxie budgétaire, et de cesser de « montrer du doigt » pour mettre en place une stratégie d’investissement franco-allemande.

« Je ne vois pas de raison de changer notre politique », a affirmé Angela Merkel après avoir souligné qu’elle n’avait entendu « aucune critique » de la part d’Emmanuel  Macron sur le Pacte de stabilité et que les partenaires européens avaient déjà fait preuve par le passé de souplesse envers la France.

« Ce dont a besoin la France, ce sont des résultats », a continué la chancelière, estimant qu’il fallait attendre que le président présente son programme de réformes et qu’à ce moment-là « nous saurons comment les soutenir ».

Les 4 chantiers européens d’Emmanuel Macron

L’Europe est le sujet qui a le plus influencé les électeurs de Macron à l’élection présidentielle. Ce qui met les réformes européennes sur la liste des chantiers prioritaires du nouveau président.

Quant aux critiques prononcées durant la campagne par le nouveau président élu sur l’excédent commercial de l’Allemagne, Angela Merkel a rappelé que le moteur économique du pays était la consommation interne et s’attend à ce que cet excédent, qui répond  « en partie à la qualité de nos produits », baisse dans les prochaines années.

Des sources du ministère des Affaires étrangères ont clarifié le fait que la proposition de Sigmar Gabriel de créer un fonds d’investissement franco-allemand provenait du ministre et non du gouvernement.

En tant que membre du SPD, Sigmar Gabriel a renoncé à sa candidature dans la course à la chancellerie face à Angela Merkel pour laisser la place à l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, mais le ministre est toujours très actif dans la campagne.