La vision du futur de l’UE de Juncker diverge de celle de la France

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Lors de son troisième discours sur l’État de l’Union, Jean-Claude Juncker a présenté son scénario du futur pour l’Europe. Une vision peu compatible en pratique avec celle d’Emmanuel Macron.

À l’occasion de son discours annuel sur l’état de l’Union, Jean Claude Juncker a détaillé, face au parlement européen de Strasbourg, sa vision du futur pour l’Europe. Les deux hommes forts de l’Union disent certes avoir les même objectifs, soit la reconstruction d’une Europe « solidaire » et leurs visions « démocratiques » de l’Union convergent en partie. En pratique, les objectifs sont assez divergents.

Juncker ok pour plus de contrôle sur les investissements étrangers

« Nous ne sommes pas des partisans naïfs du libre-échange. Nous devons veiller à protéger nos intérêts en Europe » a affirmé Jean-Claude Juncker dans un français impeccable, tout en assurant qu’il voulait multiplier les accords de libre-échange. Le président de la Commission a épousé la position d’Emmanuel sur la protection face aux investissements étrangers sur le sol européen. « L’Union est ouverte au commerce, mais réciprocité il doit y avoir [avec les pays tiers] » a-t-il ainsi rappelé, tout en pointant l’importance d’un débat démocratique autour des questions commerciales : « les négociations des accords commerciaux doivent se faire dans la transparence et être débattues ». Cet objectif de contrôle des investissements étrangers était une promesse du candidat Emmanuel Macron, formulée dès janvier 2016. Le président de la République jugeait nécessaire d’établir une instance de contrôle des investissements, notamment américains et chinois sur le sol européen, afin de garantir une équité concurrentielle entre les parties. Il ne suit néanmoins pas Macron lorsqu’il propose une préférence européenne pour les investissements sur le sol européen.

Juncker peu en phase sur le travail détaché

Macron qui s’est lancé le 22 août dans un marathon diplomatique pour convaincre le groupe de Višegrad de la pertinence de ses propositions sur le travail détaché, s’oppose au texte proposé par la Commission, très libéral. Certes, Juncker affirme que « ceux qui effectuent le même travail au même endroit doivent obtenir le même salaire » : une formule rapide qu’il a toujours prononcé. Mais sur les détails concrets, les positions divergent singulièrement. Sur le transport, la Commission veut toujours exclure totalement le secteur de tout contrôle. Durant son discours, Juncker a soutenu l’idée de la création d’une autorité de controle européenne des travailleurs, initialement formulée par Marianne Thyssen puis soutenue par Macron. Mais sur le fond, la France s’oppose totalement aux propositions de l’exécutif.

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L’éternel question du sursaut démocratique 

« L’avenir de l’Union ne peut être dicté par le haut ». Jean-Claude Juncker a fait du respect des valeurs démocratiques le fil rouge de son discours, même s’il s’agit d’une antienne assez traditionnelle. À plusieurs reprises, le locataire du Berlaymont épouse les idées du Président Macron. Avec les élections européennes du 23 mars 2019 en ligne de mire, Jean-Claude Juncker se positionne en faveur de « listes transnationales » afin d’éviter « des campagnes réduites à […] des propositions électorales nationales ». Il l’affirme : « l’Union européenne mérite mieux ». Juncker emprunte une autre idée à Jupiter : organiser des conventions démocratiques « dans toute l’Europe en 2018 ». Emmanuel Macron avait introduit le concept de ces conventions lors de sa campagne présidentielle. L’idée est de faire remonter les avis des citoyens européens afin de les prendre en considération à Bruxelles et Strasbourg. Les modalités concrètes de ces conventions demeurent floues.

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Un euro pour tous, donc pas de budet de la zone euro

« Le parlement de la zone euro, c’est ce parlement » scande Juncker aux députés réunis, dans un discours qui résonne aussi à l’Élysée. Le président de la Commission révèle un profond désaccord avec Emmanuel Macron, qui s’est montré favorable à l’idée de créer un nouveau parlement de la zone euro. Défendant l’idée que l’euro avait vocation à devenir « la monnaie de tous les États membres », Jean-Claude Juncker s’est opposé à l’idée d’une scission démocratique au sein de l’Union européenne. Il s’est toutefois prononcé en faveur de la création d’un ministre européen des finances, qui aurait pour mission « d’accompagner les réformes structurelles dans nos États membres » et qui serait également vice-président de la Commission. L’idée d’un budget spécifique de la zone euro ne plait pas davantage au Président Juncker. Il a précisé que si le budget de la zone euro devait être « conséquent », il ne pouvait être séparé du budget global de l’Union européenne : « nous n’avons pas besoin d’un budget de l’euro distinct », a-t-il posé sèchement.