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26/08/2016

Le groupe de Visegrad dos au mur sur l’accueil des réfugiés

Avenir de l'UE

Le groupe de Visegrad dos au mur sur l’accueil des réfugiés

Le groupe de Visegard pourrait finir par participer à l’effort commun d’accueil de réfugié, malgré son opposition aux quotas.

[Rebecca Harms/Flickr]

Plusieurs pays européens opposés aux quotas de réfugiés ont changé leur fusil d’épaule. Certains,  notamment à l’Est, restent hostiles à la proposition de Jean-Claude Juncker, mais pourraient céder face à la pression politique. 

Le gouvernement espagnol a annoncé qu’il acceptait le quota proposé mercredi 9 septembre par la Commission européenne pour la répartition des réfugiés fuyant notamment le conflit en Syrie.

 « Le président du gouvernement a déjà dit que l’Espagne assumerait le chiffre proposé par la Commission européenne. La volonté du gouvernement est d’assumer ce chiffre », a déclaré la vice-présidente Soraya Saenz de Santamaria à la presse mercredi.

>> Lire aussi : France et Allemagne font volte-face en réclamant des quotas de réfugiés

Le changement d‘attitude de l’Espagne reflète l’attitude d’un certain nombre de pays européens, très réticents avant l’été à un système obligatoire de répartition des réfugiés au sein de l’Union européenne.

Accélération de la crise migratoire

Mais l’accélération de la crise migratoire au cours des dernières semaines a forcé plusieurs capitales européennes à assouplir leur position et à se prononcer en faveur du plan de répartition de 160 000 réfugiés présenté le 9 septembre par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union.

>>Lire : Juncker veut relocaliser d’urgence 160.000 réfugiés

Du côté de la Pologne, qui devrait figurer parmi les principaux pays d’accueil des 160 000 réfugiés en raison de sa taille, la question de la répartition est également envisagée.

Le premier ministre polonais Ewa Kopacz a indiqué que son pays étudiait la possibilité d’augmenter le nombre de migrants qu’il était prêt à accepter tout en demandant à pouvoir choisir ceux qui accèderont au statut de réfugié.

>>Lire : Le groupe de Visegrád rejette les quotas de migrants

« Nous avons initialement annoncé que nous accepterions 2.000 migrants », a dit Ewa Kopacz. « Nous envisageons maintenant de revoir ce nombre à la hausse. Nous voulons que la Pologne puisse contrôler qui arrive, en quelle quantité et quand. Les négociations sont en cours », a-t-elle ajouté.

À l’Est, la question de la répartition des réfugiés soulève toujours de nombreuses réticences.

« Je suis convaincu que l’Europe n’a pas besoin de nouveaux plans pour résoudre cette crise », a affirmé le premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka dans un communiqué.

>> Lire : Hollande tance l’attitude de l’Europe centrale vis-à-vis des migrants

« Il est temps de passer de la table des négociations à l’action et de travailler dur sur les mesures que nous avons approuvées avec les autres dirigeants de l’UE au cours des derniers mois », a-t-il ajouté, réaffirmant son opposition aux quotas.

Le premier ministre slovaque Robert Fico a une nouvelle fois refusé mercredi 9 septembre les quotas de migrants proposés par la Commission européenne indiquant ne pas vouloir « se prosterner » devant l’Allemagne ou la France.

>> Lire : La Hongrie s’exempte des règles européennes sur l’accueil des réfugiés

« Lorsque l’Allemagne ou la France disent quelque chose, nous ne devons pas nous prosterner (devant eux) et répéter la même chose. Nous avons notre propre opinion », a déclaré M. Fico à la presse en référence aux propositions faites quelques heures plus tôt par le président de la Commission européenne.

« Le gouvernement slovaque est prêt à contribuer à la protection des frontières extérieures de l’Union européenne, soit par le financement, soit par les forces militaires ou par un autre type d’assistance », a-t-il précisé.

>>Lire : L’UE choquée face au souhait de la Slovaquie de n’accueillir que des migrants chrétiens

Fléchissement des pays de Visegrad

Pour autant, la position des pays de Visegrad (la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, et la Slovaquie), pourrait s’infléchir sous le coup de la forte pression politique en faveur d’une gestion commune de la crise migratoire, notamment de la part de l’Allemagne.

« Je ne vois pas comment les pays du groupe de Visegrad pourront résister longtemps à la pression politique incroyable en provenance du reste de l’Europe, et notamment de l’Allemagne », a souligné l’eurodéputé français Alain Lamassoure (PPE), à l’issue de l’annonce de Jean-Claude Juncker le 9 septembre.

« D’autant plus que la Pologne a déjà infléchi sa position » a poursuivi l’eurodéputé, qui estime que ces pays finiront par participer à l’effort commun soit par l’accueil de réfugié, soit par une participation financière aux centres d’accueil dans les autres pays européens.

Divorce Est/Ouest ?

Pour autant, l’accueil de réfugiés à l’Est de l’Europe pourrait poser de réels problèmes politiques et pratiques. « L’Est ne veut pas de quotas » a rappelé l’eurodéputée française Pervenche Berès (S&D). « À travers cette crise migratoire, le divorce entre l’Est et l’Ouest de l’Europe est de retour ».

En pratique, les conditions d’accueil des réfugiés dans les pays du groupe de Visegrad pourraient également ne pas être au niveau. « Nos collègues polonais nous ont dit qu’ils voulaient bien accueillir des réfugiés, mais dans quelle condition ? » explique Pervenche Berès. « Aujourd’hui, seule l’Allemagne a le pouvoir de dégager des marges budgétaires pour faire face à l’accueil du flux de réfugiés ».