Le parlement catalan déclenche le duel avec Madrid

Le Parlement de Catalogne, dominé par les indépendantistes, a adopté mercredi soir une loi organisant un référendum d’autodétermination, un affront sans précédent à Madrid qui dénonce un « coup de force ».

Cette loi précise que le peuple catalan est un « sujet politique souverain » et qu’elle « prévaut sur toutes les normes ». Elle a été adoptée avec 72 voix pour et onze abstentions.

Il n’y a pas eu de voix contre, car les élus opposés au scrutin ont refusé de voter et quitté l’hémicycle, laissant derrière eux des drapeaux catalans et espagnols côte à côte.

Ensuite, dans une assemblée à moitié vide semblant incarner la division de la région en parts presque égales entre indépendantistes et partisans du maintien en Espagne, les indépendantistes ont entonné l’hymne de la Catalogne.

Ce chant, Els Segadors, qui fait référence au soulèvement populaire contre le roi d’Espagne Felipe IV en 1640, a été entonné à l’issue d’une séance très houleuse de près de onze heures.

Par tous les moyens, l’opposition a tenté de freiner les séparatistes majoritaires au parlement depuis septembre 2015.

Le gouvernement indépendantiste de Catalogne devrait désormais signer rapidement, sans doute dans la soirée, le décret convoquant le référendum pour le 1er octobre, en dépit de son interdiction par la Cour constitutionnelle.

La Catalogne convoque un référendum sur son indépendance

Le gouvernement catalan a annoncé le 9 juin sa volonté de convoquer de manière unilatérale un référendum le 1er octobre. L’indépendance de la communauté autonome de 7,5 millions d’habitants représente un sujet brûlant en Espagne. Un article d’Euroefe.

À peine trois semaines après les attentats des 17 et 18 août qui ont fait 16 morts et plus de 120 blessés en Catalogne, l’Espagne est ainsi confrontée à une de ses pires crises politiques en 40 ans, dans cette région du nord-est.

« C’est un coup de force contraire à la démocratie », avait dénoncé en milieu de journée la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria.

Les personnes « qui sont aux commandes du Parlement et du gouvernement de Catalogne se rapprochent davantage des régimes dictatoriaux que d’une démocratie », a-t-elle lancé, annonçant la saisine de la Cour constitutionnelle pour tenter de faire annuler les débats, puis le vote de la loi.

La Cour n’examinera pas cette demande avant jeudi 10h00 (8h00 GMT), a précisé une porte-parole de la juridiction.

Le président de la région, le séparatiste Carles Puigdemont, a au contraire reproché à la vice-présidente du gouvernement espagnol d’être dans le registre de « la menace et de l’insulte à l’égard de tous les Catalans qui veulent voter ».

Les séparatistes veulent consulter les Catalans pour déterminer si leur région de 7,5 millions d’habitants – 16 % de la population espagnole – doit devenir « un État indépendant sous forme de République » et quitter le Royaume d’Espagne, quarante ans après le retour complet à la démocratie.

Si les indépendantistes remportaient le référendum, ce territoire grand comme la Belgique et pesant 20 % du PIB espagnol chercherait à se séparer de l’Espagne, mais sans consentement mutuel.

Attentats à la voiture bélier en Espagne: 13 morts, 5 « terroristes présumés » tués

A van ploughed into crowds of pedestrians on Barcelona’s most popular street in broad daylight yesterday (17 August), killing 13 people in an attack claimed by the Islamic State jihadist group.

Sentiment d’injustice

Au Parlement catalan, l’opposition aux séparatistes a aussi dénoncé le fait que ce texte de loi ait été examiné en « urgence », sans possibilité de recours devant l’organe chargé de contrôler la légalité des lois avant leur adoption.

La Catalogne vit une poussée de fièvre sécessionniste, en partie alimentée par la crise, mais aussi le sentiment d’être maltraitée par l’État central.

Le détonateur de la crise avait été, en 2010, l’annulation partielle par la Cour constitutionnelle du nouveau « Statut d’autonomie de la Catalogne », à la demande du parti du chef du gouvernement Mariano Rajoy. Le texte adopté en 2006 par le Parlement espagnol accordait des compétences élargies à cette région et la définissait comme étant une « nation » à l’intérieur de l’État espagnol.

Après avoir remporté les élections régionales en septembre 2015, les séparatistes ont promis de chercher à conduire à l’indépendance la Catalogne, qui a une langue et une culture propres.

Lavage de cerveau

Deux ans ont encore filé, sans véritable évolution du camp de M. Rajoy. En dépit d’une proposition de « dialogue » et d’investissements, il n’a pas cédé sur l’essentiel : l’exigence d’un référendum et de compétences renforcées.

Une partie de l’opinion publique régionale est lasse de ce débat. Plus de 70 % des Catalans souhaitent une consultation qui réglerait la question.

L’Union européenne observe et a fait savoir qu’elle ne reconnaîtrait pas un État catalan.

Le gouvernement central a promis que le vote du 1er octobre n’aurait pas lieu… sans dévoiler son plan.

Une Catalogne indépendante serait en dehors de l'UE, mais pas de l'euro

Jordi Sànchez, le président de l’Assemblée nationale catalane (ANC), a reconnu que si la Catalogne obtenait son indépendance, elle se trouverait « officiellement » en dehors de l’UE, mais pas de l’euro. Un article d’EURACTIV Espagne.