L’inquiétant retour du nationalisme sans frein en Pologne

Andrzej Duda,le président polonais, lors d'une conférence de presse à Varsovie le 25 septembre. [Radek Pietruszka/ EPA]

Des slogans fascistes ont été scandés samedi 11 novembre en marge d’une manifestation à Varsovie. La radicalisation du régime polonais est pointée du doigt. Un article de notre partenaire Ouest France.

Les slogans néofascistes de la manifestation de samedi à Varsovie confirment l’inquiétante dérive ultranationaliste du pays. Au moment où l’homme fort du parti au pouvoir, Jarosław Kaczyński, réclame de l’Allemagne qu’elle paye des réparations de guerre.

Le 11 novembre est une date particulière pour les Polonais. Ce fut, en 1918, celle de la renaissance du pays. Mais pour les démocrates polonais inquiets par la dérive autoritaire dont le parti Droit et Justice semble friand, ce 11 novembre 2017 restera celui de la résurgence du catho-fascisme. En toute impunité. 60 000 personnes ont en effet défilé samedi dans les rues de Varsovie, à l’appel d’une organisation d’extrême-droite. Il y avait des extrémistes cagoulés, mais aussi des familles. Ce qui a fait dire aux militants nationalistes, et aux membres du gouvernement, qu’il s’agissait d’une manifestation patriotique, avec quelques excités en plus.

Des slogans racistes, antisémites, suprématistes

En réalité, et les journalistes des grands médias internationaux qui étaient sur place ont pu en témoigner, la teneur des slogans prononcés par les manifestants rappelait les heures sombres de la Pologne des années 1930. Des slogans invoquant la pureté ethnique de la Pologne, le « sang propre » et le suprématisme « blanc ». On a pu entendre « Une Pologne pure, une Pologne blanche, une Europe blanche »… « Du sang propre »… Ou encore ce slogan aux accents de croisade : « Prions pour un holocauste musulman ».

La complicité du pouvoir

« Cette manifestation patriotique est organisée chaque année, mais ce qui était différent samedi, c’est le soutien, la bienveillance et la protection dont ces extrémistes ont bénéficié de la part du pouvoir », s’indigne Jaroslaw Kurski, rédacteur en chef de Gazeta Wyborcza, le principal quotidien de l’opposition. Un journal né dans le sillon du grand mouvement Solidarnosc, avec la démocratie retrouvée en 1989 à la chute du communisme. « Ce ne sont pas les extrémistes qui lançaient des slogans antisémites, racistes, qui ont été arrêtés, mais les citoyens qui s’y opposaient ».

Hormis le ministre de la Culture, qui a qualifié ces slogans d’inacceptables tout en considérant la manifestation un formidable événement patriotique, le gouvernement n’a pas condamné cette marche. Ni l’Église d’ailleurs. Pire, la télévision publique, reprise en main par le pouvoir, a tranquillement tendu le micro à des propos antisémites caractérisés. Comme ceux de ce manifestant affirmant en direct : « Il faut chasser le judaïsme des couloirs du pouvoir ». Dans un pays où 90 % de la communauté juive d’avant-guerre a été exterminée par les nazis.

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