Pourquoi Juncker ne veut pas de Parlement pour la zone euro

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, préfère aller doucement que diviser l'UE

Dans son discours sur l’état de l’Union, Jean-Claude Juncker a insisté sur l’extension de la zone euro, mais pas sur son approfondissement. Il craint l’Europe à deux vitesses défendue par Emmanuel Macron.

Le président de la Commission européenne a appelé, lors de son discours sur l’état de l’Union, à réunir les postes de Président de la Commission européenne et de président du Conseil européen, afin que l’Europe ait un seul capitaine. Une réforme qui vise à donner plus de visibilité, selon lui, aux institutions européennes.  Mais qui n’est pas bouleversante non plus. Cette proposition de réforme a minima vise à contrecarrer les objectifs plus ambitieux pour la zone euro que suggèrent quelques pays, dont la France, et qui suppose de facto une union à deux vitesses.

Surfer sur la vague Macron tout en contrant ses idées

Le paradoxe c’est que Juncker s’engage dans cette direction parce qu’il identifie une période favorable pour le faire : l’économie européenne va mieux, mais surtout le sentiment pro-européen se porte bien. Notamment grâce à la France où il a fortement progressé, et porté un pro-européen au pouvoir.

La popularité de l'Europe remonte chez les Français

Les Européens, et plus particulièrement les Français, sont favorables à une réponse européenne commune pour surmonter les défis mondiaux actuels, d’après la dernière enquête de l’eurobaromètre. Une position qui se traduit par de fortes attentes pour l’année 2017.

Pourtant, Juncker s’oppose à la vision de l’Europe du premier président français ayant fait campagne sur l’Europe. Ainsi, il s’oppose frontalement à un Parlement de la zone euro, appelé de ses vœux par la France de longue date, et par le nouveau président français encore la semaine dernière à Athènes.

« Je n’ai pas de sympathie pour l’idée d’un Parlement spécifique de la zone euro. Le Parlement de la zone euro est le Parlement européen » a assuré le président de la Commission.

Crainte de division est-ouest

L’idée de Juncker d’étendre la zone euro aux pays qui n’ont pas encore la monnaie unique n’est pas nouvelle. De fait, le traité de Lisbonne stipule que tous les pays ont vocation à un jour faire partie du projet de monnaie unique.

Mais surtout, il identifie un risque dans le fait que certains pays avancent, et d’autres non.  «Son but premier est de préserver l’unité à 27. Il craint surtout une division est-ouest » estime Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacque Delors.

La position de la France qui s’est braquée sur le travail détaché creuse déjà un fossé entre l’Est et l’Ouest. Pour le président de l’exécutif européen, l’accalmie sur le plan économique et politique devrait au contraire permettre de créer de nouvelles passerelles. « La fenêtre d’opportunité actuelle permet de structurer des avancées pour la zone euro, en facilitant la mise en place d’instruments de pré-adhésions, notamment sur les transferts ou la gouvernance » souligne Charles de Marcilly, responsable du bureau de Bruxelles de l’institut Schuman.

Mais les déboires de la zone euro n’ont pas tellement convaincu les pays en dehors de la zone-au contraire. Les Danois ont de toute façon négocié un opt-out qui les préserve de la monnaie unique. Les 7 autres pays (Croatie, Pologne, Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Roumanie et Suède) sont dans des situations diverses : certains souhaitent rentrer dans la zone mais ne remplissent pas les critères nécessaires, d’autres n’en ont pas du tout l’intention, comme la Pologne, la Hongrie ou la Suède. Il faudra pour les convaincre un peu plus qu’une situation économique apaisée.

« La position de Juncker sur la zone euro témoigne d’un dossier encore en cours de progression, où les divergences sont réelles pour le futur de la zone. Nous avons nous même des propositions que le president va exposer bientot. Un des fondements c’est que le renforcement de la zone euro doit aller de pair avec un plus grand controle democratique et parlementaire» assure Nathalie Loiseau, la ministre en charge des Affaires européennes, de Strasbourg.

Pour Guillaume Balas, eurodéputé socialiste, la position de Juncker montre les fractures au sein de la droite européenne, alors que la gauche et les Verts proposent des solutions claires.

Comme en réponse au discours du Juncker, la France devrait annoncer ses propres propositions pour la réforme de l’UE le 26 septembre, deux jours après les élections allemandes, selon une source diplomatique citée par Reuters. Que le meilleur gagne.