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28/08/2016

La République tchèque n’envisage pas de sortir de l’UE

Avenir de l'UE

La République tchèque n’envisage pas de sortir de l’UE

Bohuslaw Sobotka [Conseil]

Le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, a réfuté les rumeurs « infondées et dangereuses » selon lesquelles le Brexit ouvrirait la voie à une sortie de l’UE pour la République tchèque. Un article d’EurActiv République tchèque.

Le Premier ministre britannique a obtenu la promesse d’une modification des traités et un compromis sur les prestations sociales versées aux travailleurs européens et leurs enfants vivants au Royaume-Uni. Le référendum britannique sur l’UE aura lieu le 23 juin. Selon les derniers sondages, le camp du Brexit dispose d’un léger avantage.

>> Lire : Cameron arrache un accord sur l’adhésion du Royaume-Uni

« Le Royaume-Uni a été et continue d’être un partenaire solide. Nous souhaitons qu’il reste membre de l’UE. J’estime que l’accord conclu sur les réformes du statut britannique permettront au Royaume-Uni de poursuivre leur chemin dans l’union », a déclaré Bohuslav Sobotka à EurActiv République tchèque.

Avant cette déclaration, il avait prévenu que les nationalistes et extrémistes de droite dans des États membres, et notamment de République tchèque, s’empareraient d’une sortie britannique de l’UR. « Nous ne pouvons sous-estimer les dangers qu’engendreraient une sortie du Royaume-Uni de l’UE  une vague de mouvement nationaliste et séparatiste partout en Europe », a-t-il répété dans une déclaration écrite à EurActiv.

Ces propos sur l’impact possible d’un Brexit sur certains États membres ont été interprétés par certains médias comme une indication que Prague se préparait à son propre débat sur la question.

« Je dois insister encore une fois : toute suggestion que la République tchèque pourrait quitter l’UE est infondée et dangereuse », écrit-il.

Aucun parti sérieux ne souhaite une sortie de l’UE

Une sortie de l’UE n’est envisagée par aucun des partis au gouvernement, le CSSD, l’ANO et le KDU-CSL, ni par les principaux partis représentés au parlement. Même le parti communiste (KSCM), qui avait voté contre l’adhésion à l’union, et le parti d’opposition Démocrates civiques (ODS), considéré comme eurosceptique, ne défendent pas cette option. « Notre appartenance à l’UE est une garantie de notre prospérité et de notre sûreté. C’est une confirmation de notre identité européenne et une conséquence importante de l’orientation occidentale et démocratique prise par la République tchèque après 1989 », a-t-il souligné après le Conseil sur le Brexit.

« Cela ne devrait pas finir par une sortie de l’UE pour le Royaume-Uni, mais si cela ouvre la porte à des modifications de l’architecture de l’union, c’est certainement une bonne chose », estime Jan Zahradil, vice-président d’ODS et eurodéputé.

« Je pense en effet qu’une sortie du Royaume-Uni encouragerait les opposants à l’UE en République tchèque de lancer le débat dans le pays. Nous avons toutefois vu ces dernières années qu’aucun parti important, qui serait en mesure d’imposer cette idée, ne promeut une sortie de l’UE », indique Vladimír Bartovic, directeur d’EUROPEUM, l’institut de politiques européennes.

Les seules entités qui parlent ouvertement de quitter l’UE (ou d’un référendum sur le sujet) sont des groupements marginaux, comme Liberté et démocratie directe de Tomio Okamura, le mouvement Aube allié au bloc anti-musulman, et le parti des citoyens libres de l’eurodéputé Petr Mach.

Les prochaines élections législatives tchèques auront lieu en 2017. Le groupe Liberté et démocratie directe est en chute libre dans les sondages. Le parti des citoyens libres n’a encore jamais réussi à s’imposer lors d’élections nationales.

Le débat sur l’UE est nécessaire

Pourtant, selon le dernier sondage Lord Ashcroft, publié en février, les Tchèques sont les Européens les moins convaincus par leur adhésion à l’UE, encore plus sceptiques que les Britanniques. L’État membre le plus euroenthousiate est Malte, suivi de l’Espagne, de la Pologne, le l’Irlande et de la Lituanie.

« Il est intéressant de noter que les Tchèques ont une attitude plutôt négative vis-à-vis de leur appartenance à l’UE, pourtant, si on leur demande, ils soutiennent davantage d’intégration dans tous les domaines, à l’exception de la zone euro », fait remarquer Vladimír Bartovic.

Ondřej Mocek, analyste à l’association de politique internationale (AMO), est persuadé que le débat sur les conditions d’adhésion du pays va bientôt surgir.

« Le gouvernement devrait encourager un débat sur les avantages et inconvénients de l’appartenance à l’UE. Je ne pense pas qu’il faille dire que l’UE est parfaite, mais il faut montrer que les avantages sont plus nombreux que les inconvénients », assure-t-il.

Vladimír Bartovic partage cet avis. « Le gouvernement devrait davantage communiquer sur l’UE. Tous les sondages indiquent que le public ne comprend pas le fonctionnement de l’UE. C’est la raison pour laquelle ils imputent surtout des aspects négatifs à l’UE, même pour des domaines que l’UE ne peut influencer », affirme-t-il.

>> Lire aussi : Les pays de Visegrád veulent revoir les frontières de l’UE

Contexte

En 2015, pendant sa campagne de réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les conditions d'adhésion du pays à l'UE et d'organiser un référendum pour que les Britanniques décident s'ils souhaitent rester dans l'union ou en sortir.

Après un sommet lors duquel il a obtenu des concessions des 27 autres États membres, David Cameron a confirmé qu'il ferait campagne pour que le Royaume-Uni ait un avenir européen.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l'UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l'interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l'UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l'investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

La campagne sera rude dans ce pays de tradition eurosceptique et doté d'une presse de droite très hostile à l'UE. Les sondages indiquent que la compétition sera très serrée.

>> Lire : En direct: Brexit or no Brexit

Prochaines étapes

  • 23 juin : Référendum britannique sur l'UE.
  • Juillet-décembre 2017 : Le Royaume-Uni sera à la présidence tournante du Conseil de l'UE.