Juncker fait l’éloge de Sofia et de Bucarest

Jean-Claude Juncker et Boyko Borissov [Council] [European Council]

Alors que la Bulgarie et la Roumanie ont occupé une grande partie du discours de Jean-Claude Juncker, la Pologne, l’enfant terrible de l’UE, n’a pas été mentionnée une seule fois.

La Bulgarie et la Roumanie ont de nombreuses raisons d’être satisfaites du discours de Jean-Claude Juncker. Tout d’abord, le président de la Commission a dit qu’il présentait un « sixième scénario » pour l’avenir de l’UE, fondé sur l’idée d’une union d’égalité.

À l’instar des autres pays d’Europe de l’Est, Sofia et Bucarest n’avaient pas vraiment adhéré aux cinq scénarios présentés en mars dernier par Jean-Claude Juncker, qui avait alors révélé qu’il avait un faible pour le scénario numéro 3 : une Europe à plusieurs vitesses.

L'idée d’une Europe à plusieurs vitesses ravive la fracture entre Est et Ouest

Le consensus du sommet de Versailles sur la nécessité d’une Europe à plusieurs vitesses risque de ranimer les tensions entre les pays de l’Europe centrale et orientale et ceux de l’Europe de l’ouest.

Cette fois, le président de l’exécutif a annoncé son « propre » scénario, le numéro six, fondé sur trois principes : liberté, égalité et état de droit.

« L’Europe doit être une union de l’égalité. Égalité entre ses membres, grands ou petits, de l’Est comme de l’Ouest, du Nord comme du Sud. Ne vous y méprenez pas, l’Europe s’étend de Vigo, en Espagne, au port bulgare de Varna », a-t-il commenté.

Le président de la Commission a mentionné la Bulgarie trois fois dans son discours et la Roumanie cinq fois. En comparaison, il n’a pas mentionné une seule fois la Pologne.

« Menace systémique » pour l’UE

La mention à l’État de droit faisait pourtant clairement référence à Varsovie, la Pologne étant actuellement le seul pays de l’UE à être sous le coup du mécanisme de protection de l’État de droit puisque l’érosion de son système judiciaire est perçue comme une « menace systémique » pour l’UE.

La Bulgarie et la Roumanie sont les deux États membres les plus pauvres de l’UE. Ils ont des capacités limitées pour défendre leurs intérêts dans l’Union. Il n’est donc pas surprenant que les deux pays s’inquiètent particulièrement d’une réforme de l’UE qui pourrait les reléguer au second plan.

La Roumanie et la Bulgarie veulent toutes deux rejoindre l’euro, Sofia étant sur le point d’entrer dans l’antichambre de la zone euro, le mécanisme de taux de change (MCE II).

Contrairement aux pays du groupe de Visegrád, la Bulgarie et la Roumanie ne se sont pas opposées à la politique européenne de relocalisation.

Par ailleurs, les deux pays ont été considérés aptes par la Commission à rejoindre l’espace Schengen en 2010. Néanmoins, cette adhésion requiert l’unanimité et des pays comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas y ont fait obstacle.

L’Autriche pas favorable aux projets d’élargissement de Juncker

L’idée d’élargir l’espace Schengen à la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie défendue par Juncker lors de son discours sur l’état de l’Union a fait l’unanimité contre elle en Autriche.

D’un autre côté, les efforts de la Bulgarie pour sécuriser la frontière extérieure de l’UE avec la Turquie sont reconnus par tous. « Si nous voulons renforcer la protection de nos frontières extérieures, alors nous devons immédiatement ouvrir l’espace Schengen à la Bulgarie et à la Roumanie. Nous devrions aussi permettre à la Croatie d’en devenir membre à part entière, une fois qu’elle en remplira tous les critères », a déclaré Jean-Claude Juncker.

La Bulgarie et la Roumanie ont rejoint l’UE en 2007. La Croatie qui est devenue membre de l’UE en 2013, progresse vers l’adhésion à Schengen, mais n’a pas encore reçu le feu vert de la Commission.

La Croatie se rapproche un peu plus de l’adhésion à Schengen

La Commission européenne propose l’intégration progressive de la Croatie dans le système d’information Schengen (SIS), rapprochant ainsi le dernier État membre à être entré d’une adhésion totale à l’espace européen sans frontière.

La Bulgarie sera responsable de la présidence tournante du Conseil à partir du 1er janvier 2018. Quant à la Roumanie, elle assumera la tâche à partir du 1er janvier 2019, période à laquelle le Royaume-Uni est censé quitter l’UE. Jean-Claude Juncker a donc appelé la Roumanie à organiser un sommet extraordinaire le 30 mars 2019.

« Mon vœu serait que ce sommet se tienne dans la magnifique ville antique de Sibiu, que je connais aussi sous le nom de Hermannstadt. Ceci devrait être le moment de nous réunir pour prendre les décisions nécessaires à la construction d’une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique », espère le président de la Commission.