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03/12/2016

À la COP22, l’échéance 2050 joue les cache-misères

Changement climatique

À la COP22, l’échéance 2050 joue les cache-misères

Devant le pavillon France, à Marrakech

22 États et de nombreuses entreprises se sont engagés à proposer leur plan climat 2050. Mais à court terme, aucune ambition n’a été relevée.

L’Allemagne a visiblement montré l’exemple à Marrakech, en présentant sa stratégie à 2050. Une échéance lointaine, mais perçue comme pertinente : dans la foulée, une nouvelle « plateforme 2050 » a vu le jour le 17 novembre, à la veille du dernier jour de la COP, avec 22 pays s’engageant à présenter leur programme climat à 30 ans, d’ici 2020. 15 villes, 17 états ou régions, 196 entreprises ont aussi pris part à la coalition. Pour l’Europe, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Suède ont rejoint le projet, mais l’UE en faisant également partie, l’échéance concerne  a priori les 28 états-membres.

« Nous nous attendons à ce que ce nombre progresse rapidement, et que l’échéance 2050 devienne rapidement la norme. Nous espérons aussi que la trajectoire 2050 joue un rôle dans le « dialogue de facilitation » ont précisé les participants de la coalition.

« Les trajectoires à l’horizon 2050 ont un rôle crucial à jouer dans la transition, car s’il ne suffit pas d’avoir un bon plan pour être sûr de réussir, il suffit de ne pas en avoir pour être sûr d’échouer » a déclaré Laurence Tubiana, ambassadrice de la France pour le climat, qui sera en charge de ce nouvel outil.

Les avis sont toutefois partagés sur la rationalité d’une énième plateforme, qui semble une fois de plus démontrer que les progrès de la COP22 se trouvent plus du côté des initiatives locales ou privées, que du côté des gouvernements.

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De nombreuses villes et entreprises y participeront également. « C’est un outil très important, et aussi très complexe. Au niveau européen, nous allons nous appuyer sur les feuilles de route dont nous disposons déjà. Mais il faut aussi soutenir les pays en développement pour qu’ils puissent y prendre part » a souligné le commissaire européen, Miguel Arias Canete.

 

Très enthousiaste, la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a rappelé que la France s’était fixé un objectif 2050 dans sa loi transition énergétique, et avait donc toute sa place sur cette plate-forme de très long terme. En fait, la loi française intègre depuis 2008 l’objectif du « facteur 4 » qui suppose de diviser par quatre les émissions de CO2 d’ici 2050. Mais les conditions concrètes pour y arriver ne sont pas encore précisées : la loi de transition énergétique de 2015 propose seulement une trajectoire 2030.

Nouvelle date plutôt que nouvelle ambition ?

Mais pour un expert du GIEC présent à Marrakech, cette nouvelle plate forme dissimule mal le fait que la COP marocaine, qui aurait pu donner lieu à une première révision à la hausse de l’ambition des pays, a échoué sur ce plan.

L’Allemagne a par ailleurs fait part de son ambition de remplir le vide que risquent de créer les États-Unis, s’ils se retirent des négociations climatiques. « Je suis sûre que l’UE peut combler le vide créé par les États-Unis » a assuré la ministre de l’Environnement, Barbara Hendricks, à des journalistes.

Mais au niveau européen, le commissaire Canete a refusé de s’engager sur le même thème. « Ce que je peux dire, c’est que nous ferons un maximum pour la transition énergétique » a assuré le commissaire.

« C’est assez lamentable, au niveau européen, l’UE n’est plus capable de se mobiliser. On a divisé par deux l’effort à 2030, par rapport à ce qu’on a fait entre 2010 et 2020 » regrette le député européen Yannick Jadot, qui aurait souhaité que l’UE grave par exemple dans le marbre son succès dans la réduction d’émissions de CO2, puisque l’objectif de 2020 va être largement dépassé, soit une réduction plus proche de 30 % que de 20 %.

La discrétion de l’UE lors de la COP de Marrakech a aussi été remarquée, et serait notamment due à la faible motivation de la présidence slovaque, censée fédérer la position des États membres à Marrakech.

Petite consolation, les deux prochaines Conférences des Parties (COP) sur le climat devraient se tenir en Europe. En 2017, les négociations internationales seront organisées par les îles Fidji, mais à Bonn en Allemagne. Et pour 2018, la Pologne s’est de nouveau proposée pour accueillir les négociateurs.

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