Violeta Bulc s’attaque aux émissions des transports

Violeta Bulc

La commissaire chargée du transport a mis sur la table des propositions visant à réduire les émissions du secteur, dont les émissions n’ont cessé de grimper. .

En juillet, Violeta Bulc a publié un projet de réduction des émissions de carbone du secteur des transports qui a refroidi l’industrie automobile et donné espoir aux eurodéputés et ONG environnementales qui souhaitent imposer des mesures de limitation de la pollution, et notamment un plafond sur les émissions des camions.

Le projet présenté par la commissaire au transport inclut une série de détails qui pourrait radicalement modifier le secteur. L’exécutif européen entend ainsi promouvoir l’utilisation de carburants plus propres pour les types de transport et des véhicules moins polluants, comme les voitures électriques ou à hydrogène.

Certaines des idées de la commissaire entraineront des bouleversements importants dans les entreprises des transports, et forceront les législateurs à revoir les textes de loi. Violeta Bulc a notamment défendu les technologies de véhicules connectés et sans conducteur.

Ce week-end, la commissaire a à nouveau exprimé son soutien à ces technologies lors de la rencontre des ministres des Transports du G7, qui se déroulait au Japon. En novembre, elle publiera un projet détaillé pour leur généralisation en Europe.

Moins 60 % d’émissions d’ici 2050

La Commission est sous pression au sujet des émissions des transports depuis un moment déjà. Il y a cinq ans, l’exécutif a promis une réduction de 60 % des émissions du secteur d’ici 2050, par rapport aux niveaux de 1990.

Alors que d’autres secteurs, comme le bâtiment, ont réussi à réduire leurs émissions, les transports, et particulièrement l’aviation et le transport routier, émettent de plus en plus de gaz à effet de serre, estiment les eurodéputés.

« Le secteur des transports réduit à néant tous les efforts réalisés, grâce à l’argent des taxes, dans d’autres domaines », souligne Michael Cramer, président de la commission parlementaire sur le transport et le tourisme.

Le projet de Violeta Bulc se concrétisera petit à petit dans les trois années à venir. La semaine prochaine, elle sera à Montréal pour représenter l’UE à une réunion de l’OACI, un organe de l’ONU dédié à la réduction des émissions de l’aviation.

Nombre de défenseurs de l’écologie ont réagi de manière positive au projet, même si certains estiment que la commissaire est encore trop peu exigeante.

Depuis la présentation des objectifs de la Commission, en juillet, d’autres industries se sont empressées de mettre en avant les progrès qu’elles ont faits pour réduire leur utilisation de carburant ou produire moins de gaz à effet de serre.

L’industrie automobile a de son côté fait pression pour éviter une des bombes de la présentation de juillet : une limite contraignante pour les émissions des camions dans l’UE. Violeta Bulc a annoncé qu’elle proposerait de nouvelles normes pour les camions d’ici la fin de son mandat, en 2019. Des normes existent déjà dans certains pays hors-UE, comme les États-Unis, le Canada et le Japon.

>> Lire : Bras de fer sur la réduction des émissions des transports

Une approche équilibrée

Quand Violeta Bulc a annoncé ses intentions, l’association de représentation de l’automobile, l’ACEA, a appelé à « une approche plus équilibrée », qui partage plus équitablement les efforts entre le transport routier et les autres.

Erik Jonnaert, le secrétaire général de l’ACEA, trouve le programme européen « très ambitieux », mais insiste que l’industrie « ferait sa part pour continuer à réduire les émissions de CO2 pour tous ses véhicules, de la voiture de passagers aux bus et camions ».

À des degrés divers, les différentes industries du secteur (transport routier, aviation, transport maritime) sont en concurrence pour acheminer passagers et marchandises. Toutes ces industries attendent avec impatience les premières propositions.

La stratégie de décarbonisation de la Commission spécifie que les décideurs politiques devront tender d’« encourager une transition vers des modes de transport à plus faibles émissions », comme le transport fluvial, le transport maritime sur petites distances et le transport ferroviaire. De futures règles européennes devraient modifier le fonctionnement du secteur ferroviaire, afin de « rendre les voies ferrées plus compétitives et attirantes pour les passagers et marchandises », selon la stratégie.

Le 27 septembre, Violeta Bulc fera une annonce enregistrée lors d’une conférence rassemblant des représentants de différents secteurs pour qu’ils réfléchissent à l’initiative.

La fin d’une ère pour le transport routier

Le fret routier, qui achemine plus de marchandises que tout autre moyen de transport en Europe, se prépare à un changement drastique.

Une nouvelle série de règles devrait être présentée au début de l’année prochaine, quand la commissaire européenne communiquera ses propositions sur les taxes imposées aux camions et les travailleurs détachés du secteur routier.

Les eurodéputés ont demandé à la Commission d’envisager un système de péages encourageant les moteurs plus propres, en imposant des prix en fonction des taux d’émissions de CO2 ou de l’efficacité énergétique.

À l’heure actuelle, les voies ferrées et le transport routier sont soumis à des droits très différents. Un système « complètement injuste », selon Michael Cramer. « Cent pour cent des voies ferrées sont soumises aux péages, alors que seulement  1% du réseau routier l’est », a-t-il souligné.

>> Lire : Le Parlement tacle les négociations sur les émissions du transport aérien

Contexte

Un quart des émissions de gaz à effet de serre de l'UE est généré par le secteur des transports, qui se classe donc juste derrière celui de l'énergie en termes d'émissions.

À lui seul, le transport routier émet un cinquième du total des émissions de dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre, de l'UE.

Si les émissions des autres secteurs sont dans l'ensemble en train de diminuer, celles des transports ont augmenté jusqu'en 2008, avant de commencer à baisser suite à la hausse du prix du pétrole, à l’efficacité des voitures et à une croissance amoindrie du secteur.

Les camions, les bus et les autocars sont responsables d'un quart des émissions de CO2 issues des transports routiers dans l'UE, et de 5 % du total des émissions de gaz à effet de serre de l'UE, une part plus grande que celle de l'aviation ou du transport maritime.

Malgré certaines améliorations dans l'efficacité énergétique, les émissions de CO2 des poids lourds ont augmenté de 36 % entre 1990 et 2010, notamment à cause de la hausse du transport de marchandises par route.

En mai 2014, la Commission européenne a mis en place une stratégie pour limiter les émissions de CO2 des poids lourds dans les années à venir. C'est la première initiative européenne dans ce domaine.

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