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29/08/2016

La majorité rêve Paris en capitale du climat

Changement climatique

La majorité rêve Paris en capitale du climat

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A quelques jours de la conférence de Varsovie, l'ambassadeur français en charge des négociations sur le climat explique l'ambition et les méthodes françaises pour les négociations. Le soutien de l'Union européenne sera crucial.

« On a le droit de rêver d'un succès diplomatique après tout ». Alors que la cote de popularité du président François Hollande est au plus bas, avec 26 % des français conservant une bonne opinion de leur dirigeant, un député de sa majorité ne peut s'empêcher d'y croire en ces termes.

Malgré un historique lourd en échecs, de Copenhague à Durban en passant par Doha, le sujet climat a été choisi comme un vecteur d'optimisme politique par le gouvernement français qui organisera la conférence que l'on appelle déjà « Paris 2015 ».

Une première en forme de date butoir

C'est la première fois qu'une « conférence des parties » ou COP se passera en France, alors qu'elles ont lieu chaque année depuis 21 ans. Pour le ministre des Affaires étrangères actuel, Laurent Fabius, le sujet est suffisamment sérieux pour qu'une réunion interministérielle se tienne chaque mois jusqu'à décembre 2015 sur le sujet, avec le ministre de l'Environnement, Philippe Martin et le ministre adjoint au Développement, Pascal Canfin.

Les enjeux sont importants : le protocole de Kyoto étant arrivé à échéance, les États se sont engagés à organiser sa suite au plus tard en 2015, qui représentent une date butoir.

L'Assemblée nationale va aussi se pencher sur le sujet.

« Une mission d'information sur le changement climatique et l'adaptation va être lancée », a annoncé mercredi le président de la Commission développement durable de l'Assemblée nationale, Jean-Paul  Chanteguet, qui insiste sur le fait que les députés «ne doivent pas être laissés de côté sur la question du climat».

La commission auditionnait Jacques Lapouge, l'ambassadeur de la France pour les négociations climatiques, qui est déjà dans les starting-blocks pour 2015.

Pour 2015, l'objectif de la France tient en trois points :

  • définir un accord applicable à tous
  • adopter un texte juridiquement contraignant
  • viser un accord ambitieux pour contenir la température en dessous des 2 °

« Ce doit être une conférence des solutions, qui fédère l'ensemble des initiatives publiques et privées qui œuvrent pour le climat. Nous devons imposer un changement de discours : lutter contre le changement climatique, ce n'est pas seulement partager un fardeau, c'est aussi investir pour le futur" assure le diplomate en charge des négociations. Selon lui, les milliards d’investissements actuellement fait du Nord vers le Sud doit pouvoir être réorientés vers un développement propre.

Appel à une position claire de l’Europe pour 2020

Reste que le volontarisme ne suffit pas. Pourquoi la France parviendrait-elle à un accord là où le Danemark et une ribambelle d'autres pays ont échoué ?

« Il faut saisir une opportunité. Nous avons la chance d'avoir vu l'administration américaine évoluer sur le sujet, et John Kerry, qui est en charge de ces questions, est clairement en faveur d'un accord. La Chine s'est aussi emparée du sujet, et y travaille sérieusement ne serait-ce que pour maintenir la paix sociale dans le pays », selon l'ambassadeur.

Les deux puissances les plus émettrices de la planète ( elles émettent à elles deux près de la moitié des gaz à effet de serre) se sont déjà mises d'accord en juin dernier pour réduire les « super gaz à effet de serre », ou gaz HFC. Leur projet qui consiste à réduire de 90 milliards de tonnes d'équivalent carbone d'ici 2050 a été ratifié par le G20 fin aout.

L'ambassadeur estime aussi que l'Europe conserve « un rôle moteur » dans les négociations, mais rappelle que la Commission européenne devrait se prononcer aux plus vite sur ses engagements chiffrés. « Il faut que l’on ait une position claire sur l’objectif 2020, qui est tout proche, à mi-2014 au plus tard » assure Jacques Lapouge.

Des forces contraires s’affrontent aujourd’hui à la Commission entre les partisans du secteur de l’énergie, qui plaident pour un maintien de l’objectif actuel (-20 % de Co2 d’ici 2020) et un durcissement, soit -30 % d’ici 2020.

Un conseil européen se tiendra en mars 2014, et représente une date clé dans la préparation de la conférence. Selon le Commissariat général à la stratégie et la prospective, qui a publié le 30 octobre un rapport sur le sujet, un « compromis-socle » devrait être adopté lors de cette réunion.

La conférence de Varsovie, première étape

Première étape du long chemin vers un accord, la conférence de Varsovie qui démarre le 11 novembre en Pologne devrait préciser les chances d’un accord. Pour cela, il faudrait déjà obtenir des réponses fermes des grands pays sur la question du financement, qui conditionne la participation des pays du Sud à la suite des négociations.

Pour l’instant, les promesses semblent fonctionner même si des points d’interrogation demeurent sur les méthodes de calcul.  En juin 2013, le programme d’investissement Fast Start avait déjà collecté 39 milliards d’euros dont 3 milliards de source privée, selon la revue Policy Brief. Mais en l’absence d’engagement clair, il semble que les investissements ralentissent.

Ensuite, il faudrait que chaque pays commence à formuler un objectif chiffré de réduction de ses émissions. « Entre maintenant et 2015, il va falloir enregistrer les engagements, les vérifier, et faire le total, ça prend du temps » remarque Jacques Lapouge.

Une conférence attractive selon les statistiques de fréquentation

Les chances d’aboutir de la conférence de Paris s’expliquent aussi par une raison statistique. Selon Till Neeff, financier et expert du climat, la conférence parisienne devrait statistiquement attirer autant de participants que celle de Copenhague en 2009.

Le spécialiste a en effet analysé les taux de fréquentation qui ont tendance à progresser depuis la création des conférences, mais selon un schéma cyclique. Selon l'UNFCCC, le bras armé de l'ONU sur le climat, 33.526 participants avaient participé à la COP de Copenhague, contre 11.000 pour la COP de Bali en 2007.

Or la motivation des participants reflète aussi la mobilisation de l’opinion publique. Selon Eurostat, le changement climatique demeure une des principales inquiétudes de l'opinion publique européenne, 89 % d'entre eux le qualifiant de "problème grave".

Aux États-Unis toutefois, le sujet n'apparaît pas comme une priorité absolue. Selon le Pew Center, seulement 28 % des américains estiment que le climat devrait être une des priorités du Président Barack Obama, et 40 % d'entre eux estime que le changement climatique représente une menace majeure. Et l'opinion publique chinoise considère le climat comme une menace à 39 %. Des paramètres qui risquent de peser dans la balance en 2015.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

La COP 19 aura lieu à Varosovie fin novembre 2013, tandis que le Pérou se charge de la 20 ième conférence, à Lima, fin 2014.

Paris organisera la 21ième conférence, au Bourget

Prochaines étapes

11 au 22 novembre 2013 : COP 19 à Varsovie

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